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Libye : La France accepte la programmation d'une zone d'interdiction aérienne

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Libye : La France accepte la programmation d'une zone d'interdiction aérienne

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Paris a accepté le principe de la mise en place d'une zone d'interdiction aérienne en Libye. C'est ce qu'a indiqué samedi Alain Juppé, lors de son déplacement en Egypte. Le ministre français des Affaires Etrangères précise, néanmoins, que la décision dépendra de l'évolution de la situation dans les prochains jours et ne pourra être prise que si les Nations Unies adoptent une résolution en ce sens. « Dans l'hypothèse où les combats deviendraient plus sanglants, nous devons nous préparer à réagir, et c'est la raison pour laquelle nous avons accepté la programmation d'une zone d'interdiction aérienne au-dessus de la Libye. Pour nous, une telle intervention ne peut se concevoir bien sûr que sous un mandat des Nations Unies et avec la participation de la Ligue arabe et de l'Union africaine », a explique Alain Juppé, dont les propos ont été recueillis par l'AFP. Pour le ministre français, il n'est en revanche pas question de lancer une opération terrestre pour aider les opposants au colonel Kadhafi. A Paris, on considère en effet qu'une telle option serait mal perçue dans le monde arabe et au sein des opposants libyens, car considérée comme une ingérence. « La France, mais aussi plusieurs de ses partenaires, ne sont pas favorables à une intervention militaire occidentale en Libye qui aurait des effets tout à fait négatifs », a-t-il estimé, tout en reconnaissant que la communauté internationale ne pouvait « tolérer la folie criminelle » du régime de Tripoli : « Le colonel Kadhafi et son régime pour nous se sont discrédités et doivent partir ».

Un avion radar Awacs   (© : ARMEE DE L'AIR)
Un avion radar Awacs (© : ARMEE DE L'AIR)

Une opération très complexe

Alors que la France a, officiellement, apporté son soutien au Conseil national libyen, qui dirige l'insurrection contre Mouammar Kadhafi, Paris travaille donc avec ses alliés, notamment la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, sur l'éventuelle mise en place d'une « no-fly zone ». Cette mesure, évoquée dès la semaine dernière, vise à contrôler l'espace aérien libyen et, notamment, empêcher les raids de l'aviation fidèle au colonel. Sur le papier, cela semble simple. Mais, dans la réalité, une opération de cette nature serait très complexe. « La mise en place d'une no-fly zone nécessiterait des moyens très importants et très coûteux, probablement sur une longue période. Une telle décision nécessiterait, de plus, de détruire au préalable les défenses antiaériennes en Libye, ce qui serait très compliqué », explique une source militaire. La tâche serait ardue dans la mesure où une partie des batteries sol-air libyenne serait nichée en zones urbaines et qu'un certain nombre d'équipements est sans doute caché. De plus, des opérations antérieures ont montré que les opérations d'interdiction aérienne n'étaient pas à 100% efficaces. En volant à très basse altitude, des hélicoptères peuvent, ainsi, échapper aux moyens de surveillance et de contrôle.
Mais, ce qui semble le plus inquiéter les responsables militaires, c'est l'ampleur du dispositif à mettre en place. Il faudrait, en effet, déployer en Libye de nombreux appareils de combat, ainsi qu'une imposante force de contrôle aérien (notamment composée d'Awacs et/ou d'Hawkeye) et de ravitaillement en vol. Pour y parvenir, différents moyens sont disponibles. Les plus souples sont les composantes aéronavales, mais cela nécessite le déploiement de porte-avions au large de la Libye. Dans ce cas, seuls les Américains et les Français disposent d'outils adequats. En parallèle, il est également possible (et sans doute impératif compte tenu de la masse des moyens nécessaires) d'utiliser des avions basés à terre. Dans cette perspective, les terrains d'aviation présents à Malte et en Sicile sont, géographiquement, très bien placés.

L'USS Enterprise   (© : US NAVY)
L'USS Enterprise (© : US NAVY)

L'USS Enterprise toujours en mer Rouge

Concernant les moyens aéronavals, le porte-avions américain le plus proche est l'USS Enterprise. En début de semaine dernière, des sources au Pentagone avaient indiqué à la presse américaine que le bâtiment, arrivé récemment en océan Indien, avait reçu l'ordre de remonter vers la Méditerranée. Mais le « Big E » n'a, en fait, pas franchi le canal de Suez et attend toujours ses ordres en mer Rouge. Washington semble, en effet, avoir renoncé pour le moment à dépêcher le porte-avions au large de la Libye, attendant de voir évoluer la situation avant d'envoyer un tel « message » politico-militaire. Seuls le porte-hélicoptères d'assaut USS Kearsarge et le transport de chalands débarquement USS Ponce ont rejoint la Méditerranée. Arrivés en Crête vendredi, les deux bâtiments ont embarqué du matériel, ainsi que 400 marines, avant de mettre samedi le cap sur la Libye. Certes, le Kearsarge est un bâtiment impressionnant, avec ses 40.000 tonnes et son groupe aérien formé d'une quarantaine d'avions et d'hélicoptères. Mais il ne peut guère mener que des opérations amphibies, les capacités de ses avions Harrier n'étant pas suffisantes pour assurer une mission d'interdiction aérienne de cette ampleur. D'où l'intérêt de l'USS Enterprise, avec son groupe aérien de près de 70 aéronefs, composé notamment d'une quarantaine de chasseurs-bombardiers F/A-18 Hornet et Super Hornet, ainsi que de quatre avions de guet aérien E-2 C Hawkeye.

Le Charles de Gaulle   (© : MARINE NATIONALE)
Le Charles de Gaulle (© : MARINE NATIONALE)

Le Charles de Gaulle peut appareiller en moins de 72 heures

Quant à la France, l'action de son armée se limite, pour le moment, au déploiement du bâtiment de projection et de commandement Mistral, accompagné de la frégate Tourville. Le BPC doit arriver aujourd'hui en Tunisie pour évacuer près d'un millier de ressortissants égyptiens vers Alexandrie. Rentré fin février d'une mission de quatre mois en océan Indien, le porte-avions Charles de Gaulle es, quant à lui, à Toulon. Après Agapanthe, son équipage et le groupe aérien embarqué sont parfaitement opérationnels et entrainés. Du côté de la Marine nationale, on se dit prêt, si le pouvoir politique le décide, à entrer en action. « Si le Président dit "j'ai besoin du porte-avions", 72 heures maximum après, il est en mer », explique l'amiral Forissier. Et le chef d'état-major de la marine de préciser que ce délai peut être plus bref : « L'expérience montre que cela peut aller beaucoup plus vite, en 24 heures, tout le monde peut être là ».
Revenu à ses bases de Landivisiau et Lann-Bihoué, le groupe aérien embarqué peut être reconstitué au « coup de sifflet ». Pour mémoire, le Charles de Gaulle met en oeuvre entre 30 et 40 aéronefs. A titre d'exemple, il avait appareillé fin 2010 de Toulon avec 10 Rafale F3, 12 Super Etendard Modernisés et 2 Hawkeye, auxquels s'ajoutaient des hélicoptères. Avions polyvalents, les Rafale peuvent mener des opérations de défense aérienne et d'attaque air-sol ou antinavire. Mais ils sont en petit nombre, le parc de l'aéronautique navale comprenant moins de 20 avions opérationnels. Plus nombreux, les SEM sont exclusivement dédiés aux missions d'assaut. Quant aux Hawkeye, leurs capacités de surveillance et de contrôle aérien seraient très utiles en cas d'instauration d'une no-fly zone, et bien sûr de participation à cette opération du groupe aéronaval français.

Super Etendard Modernisés et Rafale sur le CDG   (© : MARINE NATIONALE)
Super Etendard Modernisés et Rafale sur le CDG (© : MARINE NATIONALE)

Un Hawkeye appontant sur le Charles de Gaulle   (© : MARINE NATIONALE)
Un Hawkeye appontant sur le Charles de Gaulle (© : MARINE NATIONALE)

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