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Libye : La France va-t-elle se décider à envoyer le Charles de Gaulle ?

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Libye : La France va-t-elle se décider à envoyer le Charles de Gaulle ?

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Mais qu'attend la France pour déployer son groupe aéronaval au large de la Libye ? C'est la question que l'on peut se poser au regard de l'évolution de la situation de l'autre côté de la Méditerranée. Sur place, les violences continuent entre les insurgés et les forces fidèles au colonel Kadhafi, totalement isolé sur le plan international et qui ne contrôle plus qu'une partie réduite du pays. Alors que les affrontements ont fait des centaines, et peut-être même des milliers de morts, les réfugiés se massent en nombre à la frontière tunisienne, où la situation devient tendue.
Politiquement, le contexte est très clair. A l'image de la grande majorité de la communauté internationale, la France condamne les violences et souhaite le départ du dictateur libyen. L'essentiel des ressortissants français ayant été évacué la semaine dernière, les risques de représailles sont désormais très limités pour les expatriés. Et, depuis hier, des avions chargés d'aide humanitaire sont envoyés par la France à Benghazi, région tenue par les opposants au régime et point de départ de la révolte contre le colonel. Paris apporte donc directement son aide, même si elle n'est qu'humanitaire, aux insurgés libyens dont le mouvement est durement réprimé par Mouammar Kadhafi. Dans ces conditions, il paraitrait logique que la France déploie au large des côtes libyennes le porte-avions Charles de Gaulle, qui pourrait participer à la mise en place d'une zone d'exclusion aérienne, envisagée par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Cela permettrait, notamment, de protéger les convois humanitaires et la population d'éventuelles frappes. Car les forces de Kadhafi, si elles se sont considérablement réduites, représentent encore une menace. Dans le secteur de Tripoli, le colonel dispose encore de plusieurs milliers d'hommes, des chars et des avions. Les forces loyales au colonel auraient, d'ailleurs, repris ce mercredi le contrôle du terminal pétrolier de Brega, alors qu'une autre ville de l'Est du pays, Ajdabiya aurait subi une attaque aérienne.

Le Charles de Gaulle à quai, hier à Toulon   (© MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)
Le Charles de Gaulle à quai, hier à Toulon (© MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

Envoyer un message diplomatique

Pour la France, qui est passée à côté de la révolution tunisienne, l'occasion se présente de faire taire les critiques sur sa politique arabe et être au premier rang du soutien à l'émancipation du peuple libyen. Cela permettrait, aussi, d'appuyer la nouvelle ligne de sa diplomatie, fixée dimanche dernier par le président Sarkozy. Il y a également là une belle opportunité pour une action européenne. Déjà, plusieurs pays de l'UE ont dépêché sur place des moyens navals, comme l'Italie, l'Allemagne ou encore la Grande-Bretagne et les Pays-Bas. Mais il manque à cette flottille un véritable outil de projection de puissance et de dissuasion, à même d'exercer une réelle pression sur les dirigeants libyens. La France, seule en Europe à disposer d'un porte-avions, peut apporter cette capacité. Car, même s'il ne s'agit pas de partir en guerre contre le régime du colonel Kadhafi, la seule présence au large des côtes libyennes du Charles de Gaulle constituerait un message fort adressé à Tripoli.
Le groupe aéronaval français est d'ailleurs prêt à partir en opération. Rentré le 21 février à Toulon après un déploiement de quatre mois en océan Indien, le Charles de Gaulle, son équipage et son groupe aérien embarqué sont parfaitement entrainés. Capable d'appareiller en moins de 72 heures, le bâtiment pourrait très vite rejoindre les côtes libyennes, où il serait immédiatement opérationnel (le temps de transit depuis Toulon est estimé à un jour et demi).

Le Charles de Gaulle avec des bâtiments américains, en décembre   (© US NAV Y)
Le Charles de Gaulle avec des bâtiments américains, en décembre (© US NAV Y)

Les Américains en route

Alors que les réflexions se poursuivent à Paris, les Américains, eux, ont décidé de passer à l'action. Après avoir observé la situation, les Etats-Unis ont décidé de déployer les grands moyens en Libye. Ainsi, le porte-avions USS Enterprise et le porte-hélicoptères d'assaut USS Kearsarge ont reçu l'ordre de remonter avec leurs escortes la mer Rouge pour gagner en urgence la Méditerranée. Si la France veut, pour une fois, ne pas laisser l'initiative aux seuls Américains, surtout dans sa sphère d'influence immédiate, il faut donc prendre des décisions au plus vite.
En dehors du Charles de Gaulle, on notera que la Marine nationale compte d'autres moyens pouvant intervenir en Libye. Le groupe Jeanne d'Arc, composé du bâtiment de projection et de commandement Mistral, ainsi que de la frégate Georges Leygues, a appareillé lundi de Brest pour rejoindre l'océan Indien. Les deux navires devraient franchir Gibraltar demain, ce qui leur permettrait, en cas de besoin, d'être sur zone en fin de semaine (un bref arrêt sur Toulon est programmé depuis le début de la mission pour récupérer des hélicoptères de l'armée de Terre). La frégate Tourville, qui accompagnait le Charles de Gaulle durant la mission Agapanthe 2010, est aussi très bien positionnée. En effet, le bâtiment a rallié Malte dans le cadre de l'exercice Noble Mariner, qui vise à entrainer la composante navale devant prendre le prochain tour d'alerte de force de réaction rapide de l'OTAN (NRF). Enfin, on notera qu'il est également possible, en accord avec les autorités de La Valette, de déployer des avions à Malte.

Le groupe Jeanne d'Arc à son départ de Brest, lundi   (© MARINE NATIONALE)
Le groupe Jeanne d'Arc à son départ de Brest, lundi (© MARINE NATIONALE)

« Aucune intervention sans un mandat des Nations Unies »

Interrogé hier sur une éventuelle intervention militaire en Libye, Alain Juppé a indiqué que « différentes options peuvent être étudiées, notamment celle d'une zone d'exclusion aérienne ». Toutefois, a déclaré le ministre français des Affaires Etrangères : « Aucune intervention ne se fera sans un mandat clair du Conseil de sécurité des Nations Unies ».
Pour l'heure, les modalités d'une éventuelle intervention font débat entre les différents pays impliqués. Un débarquement de vive force et une opération terrestre paraissent peu probables. Les occidentaux craignent en effet qu'une telle initiative soit considérée comme un acte d'ingérence dans le monde arabe. De plus, les insurgés ne semblent pas favorables à la présence de troupes étrangères sur le sol libyen. La mise en place d'une zone d'exclusion aérienne semble être la piste privilégiée par les anglo-saxons. Cette option, et notamment le recours aux moyens aéronavals, présenterait plusieurs avantages. D'abord la souplesse et la puissance des porte-avions, pouvant opérer au large, à l'abri des coups de l'adversaire et généralement suffisamment dissuasifs pour dénouer des crises sans avoir à entrer en action. Dotés d'appareils capables d'assurer des missions de défense aérienne, d'attaque au sol, de reconnaissance et de contrôle aérien, ces bâtiments peuvent offrir un « parapluie » à la population, sans avoir recours aux unités terrestres. Toutefois, le contrôle du ciel libyen nécessiterait, probablement, de neutraliser les moyens antiaériens dont disposent les partisans du colonel Kadhafi. En clair, des bombardements préventifs semblent nécessaires, mais ces actions peuvent être compliquées et risquées en zones urbaines, comme à Tripoli.
On attend désormais de connaître l'issue des discussions au niveau international, en fonction desquelles les pays impliqués décideront des mesures à prendre.

F/A-18 américains et Rafale français   (© US NAVY)
F/A-18 américains et Rafale français (© US NAVY)

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