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Libye : une nouvelle mission navale pour faire respecter l’embargo sur les armes

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Libye : une nouvelle mission navale pour faire respecter l’embargo sur les armes

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Lundi 17 février, l'opération Sophia a été définitivement enterrée mais les ministres européens des Affaires étrangères se sont entendus pour relancer une mission aéromaritime au large de la Libye. Cette fois cependant, pas question d’intervenir sur la question des migrants. L’opération sera uniquement dédiée à lutter contre les livraisons d’armes dans le pays, qui est à ce titre soumis à un embargo de l’ONU. Une initiative qui s’annonce bien compliquée actuellement avec l’engagement ouvert de la Turquie auprès du gouvernement d’union nationale (GNA) mené par Fayez al Sarraj. Ce dernier est pour mémoire en conflit avec le maréchal Khalifa Haftar  qui contrôle l’est du pays. Ankara a commencé à envoyer des troupes sur place et livre des armes par voie maritime. Plusieurs cargos suspectés de transporter du matériel ont été repérés ces deux dernières semaines, ainsi que quatre frégates turques dont certaines escortent ces navires. D’un autre côté, Haftar est soutenu par d’autres puissants alliés étrangers, à commencer par les Emirats et l’Egypte.

Que l’Europe redise sa volonté de faire respecter l’embargo sur les armes, ce qu'elle avait entrepris de fin 2016 à début 2019 dans le cadre de Sophia, est un signal politique important. Mais sa mise en œuvre risque d’être problématique, en particulier s’il s’agit d’interférer avec les livraisons aux belligérants de pays avec lesquels les européens sont alliés sur d’autres affaires ou déjà dans une relation tendue, comme c’est le cas avec la Turquie. Il parait d’ailleurs bien peu probable que des bâtiments européens tentent de stopper des convois arrivant de Turquie, surtout s'ils sont protégés par la flotte turque.

Pour mémoire, l’Europe avait lancé en juin 2015 l’opération Sophia avec sa composante opérationnelle, l’EUNAVFOR Med, dans le but de démanteler le modèle économique des passeurs et des trafiquants d'êtres humains dans la partie sud de la Méditerranée centrale. Des moyens navals et aériens avaient été déployés au large de la Libye. A l’été 2018, l’EUNAVFOR Med comptabilisait sur trois ans quasiment 45.000 personnes secourues en mer lors de 312 opérations de sauvetage, 151 passeurs présumés interpellés et transférés à l’agence Frontex ou aux autorités italiennes, ainsi que 551 embarcations neutralisées. Des programmes de formation avaient été mis en place au profit des garde-côtes libyens (plus de 350 ont été formés entre 2017 et 2019), dont l’action, contestée par les ONG, s’est accrue sensiblement à partir de 2018, leur zone d’intervention s’étant étendue très au large. Ce qui avait entrainé un effondrement des sauvetages réalisés par les bâtiments européens. Reste que sous la pression de l’Italie, et de son ministre de l’Intérieur d’alors, Matteo Salvini, l’opération Sophia n’avait plus de bâtiment en mer depuis la fin mars 2019. Seule une surveillance aérienne de la zone était maintenue.

On rappellera de plus, que Sophia avait, à partir d’octobre 2016, intégré une nouvelle mission en participant de manière active à l'embargo sur les armes en Libye. Cela passait notamment par un contrôle accru du trafic maritime en provenance d'autres pays ainsi que des liaisons entre les ports libyens. A cet effet, les unités de la force aéromaritime européenne ont interrogé des centaines de navires et réalisé de très nombreuses inspections via les équipes de visite déployées par les bâtiments présents sur zone. Une action qui permit de conduire plusieurs saisies d'armes et avait, selon les militaires européens, un effet dissuasif important. Ce qui n’est évidemment plus le cas depuis le retrait il y a presqu’un an des dernières frégates et patrouilleurs européens présents en mer.