Marine Marchande
L'Ile de Sein baptise son nouveau canot SNSM

Reportage

L'Ile de Sein baptise son nouveau canot SNSM

Marine Marchande

François Spinec connaît chaque caillou du raz de Sein par son prénom. Sur le radar du canot SNSM qu’il patronne, il montre des échos, « ça c’est la pluie ». Le ciel du bout du monde est chargé. La mer n’est pas agitée mais, comme toujours ici, pas vraiment calme. François pousse doucement la manette des gaz, le canot SNSM de l’ile de Sein quitte le port de Sainte-Evette pour rejoindre son quai îlien où l’attendent tous les habitants. Ce vendredi 29 avril est un grand jour : l’Yves et François Oliveau, premier canot tout temps nouvelle génération, va être baptisé. Sorti des chantiers Sibiril Technologies de Carantec fin 2015, c'est le premier d’une série de trois navires taillés pour les conditions de mer musclées. (Voir notre article détaillé sur le CTT NG)

 

François Spinec aux commandes du nouveau canot de l'Ile de Sein (

François Spinec aux commandes du nouveau canot de l'Ile de Sein (© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

 

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(© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

Sur l’île de Sein, il y a une centaine d’habitants et une trentaine de bénévoles à la station SNSM. Personne ne semble tirer la moindre gloire de ce ratio exemplaire. « On est des marins, on l’a toujours été. Déjà au 16ème siècle, quand il y avait des guerres entre les Anglais et les Espagnols, les marins sénans se faisaient recruter par les uns qui remontaient vers le Nord ou les autres qui descendaient vers le Sud », raconte en souriant Jean-Marc, un des bénévoles, pêcheur de profession. Dans les rudes conditions qui sont les leurs, la solidarité des gens de mer est innée. « On a été les premiers à avoir un canot tous temps, il faut dire que c’est quand même toujours un peu sportif par ici ». Et depuis toujours, même avant les canots tous temps, les gars de l’île de Sein sont allés se porter au secours des bateaux pris dans le piège des courants et des cailloux de la pointe Bretagne.

 

Les passes de l'île de Sein (

Les passes de l'île de Sein (© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

En janvier 1978, l’escorteur d’escadre Duperré, de la Marine nationale, s’échoue sur les rochers de La Vieille. Le canot de l’Ile de Sein multiplie les allers-retours pour évacuer une grosse partie de l’équipage dans des conditions hivernales. « Tout le monde s’en est bien sorti, mais notre canot a été sacrément abîmé dans la manœuvre ». Un reportage est diffusé à la télévision, la France découvre ces sauveteurs bénévoles. « La Ville de Paris, dont le maire était Jacques Chirac, a décidé de nous faire un don pour nous payer un nouveau canot ». En 1980, l’Ile de Sein accueille son nouveau canot tous temps, le Ville de Paris. Pendant 35 ans, il a multiplié les sorties, l’Ile de Sein est une des stations les plus sollicitées du littoral, jusqu’à sa récente retraite, plus que méritée. Avec son successeur, une nouvelle page s'ouvre. 

 

Le Ville de Paris (DROITS RESERVES)

Le Ville de Paris (DROITS RESERVES)

 

« Il a du jus, c’est bien. Et puis, il est quand même très stable grâce à sa forme de carène, le rostre et les flaps qu’on peut orienter », sourit Jean-Marc. L’Yves et François Oliveaux taille sereinement sa route, poussé par ses deux moteurs Scania de 650 chevaux, « une belle propulsion, le double de ce qu’on avait, ça change la vie ».

 

Poste de pilotage (

Poste de pilotage (© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Un des deux moteurs Scania (

Un des deux moteurs Scania (©MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

Sur le quai de l’Ile de Sein, il y a tout le monde : 14 vedettes SNSM du Finistère, de l’Ile de Batz jusqu’à Trévignon, sont venues saluer la nouvelle arrivée dans la flottille. Il y a Ambroise Menou, le docteur de l’Ile de Sein et président de la station SNSM, l’évêque de Quimper et Léon ainsi que le (vrai) recteur de l’Ile de Sein, le maire, le président de la SNSM, le préfet maritime, les élus, l’équipage de l’hélicoptère Caïman de la Marine, les enfants de l’école venus chanter en français et en breton pour accueillir leur nouveau bateau. Bien sûr, il y a la marraine, la chanteuse, comédienne et grande défenseure de la langue bretonne Nolwenn Korbell. Un peu de pluie, « parce qu’il faut toujours de l’eau pour un bénédiction ». La bouteille de champagne est cassée, le grain passe.

 

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(©MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Le recteur de l'Ile de Sein, l'évêque de Quimper et le VAE Emmanuel de Oliveira (

Le recteur de l'Ile de Sein, l'évêque de Quimper et le VAE Emmanuel de Oliveira (©MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

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(©MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

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(© LE TELEGRAMME)

 

Devant les passes, la silhouette de l’Abeille Bourbon se dessine. Dans un joli ballet orange et vert, l’Yves et François Oliveaux et ses 14 vedettes invitées, rejoignent le remorqueur brestois, venu lui aussi saluer les marins de Sein. Un nouvel ange gardien veille désormais sur la mer d’Iroise.

 

L'Yves et François Oliveaux et l'Abeille Bourbon venue le saluer (

L'Yves et François Oliveaux et l'Abeille Bourbon venue le saluer (© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

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