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L’industrie nautique dans l’œil du cyclone
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L’industrie nautique dans l’œil du cyclone

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Comme l’automobile et l’aéronautique, l’industrie nautique a souffert dans la tempête Covid-19. Après deux mois d’arrêt, les 5 500 entreprises françaises, dont 1 235 en Bretagne, abordent la saison très fragilisées. Même si une reprise s’amorce en ce début d’été, la filière risque de tanguer encore longtemps.

Des usines fermées, des ports de plaisance inaccessibles, la mer interdite aux usagers… Le confinement a mis à mal tous les acteurs du nautisme, les petites comme les grandes entreprises. Le poids lourd de la filière nautique, le Groupe Bénéteau, a ainsi dû fermer ses 28 sites de production, dont 21 en France. Surtout, cette crise sanitaire est arrivée au plus mauvais moment, juste avant le début de la saison.

Nul ne sait encore exactement quelles vont être les conséquences de la crise sanitaire mais l’ensemble de la filière a encore en mémoire la crise de 2008-2009. Il y a onze ans, elle avait subi une baisse de 50 % de son chiffre d’affaires, entraînant des plans sociaux et la disparition de nombreuses entreprises. Près de 15 000 emplois avaient été détruits. Il aura fallu dix ans à la filière pour revoir un peu de ciel bleu.

« Acheter local »

On s’en doute, quand les temps deviennent difficiles et que le cap est incertain, le premier réflexe n’est pas d’acheter un bateau neuf, de changer le moteur hors-bord du pêche-promenade ou du semi-rigide, ni de commander un jeu de voiles dernier cri pour les régates du coin.

À La Trinité-sur-Mer (56), Frédéric Duthil, figariste de talent, aujourd’hui à la tête de l’un des 21 points du réseau Technique Voile, en sait quelque chose, lui dont la clientèle est constituée de croisiéristes, de régatiers pros et amateurs mais du chantier Bénéteau pour les voiles de série. « Le niveau de commandes ne s’est pas complètement effondré mais je crains que l’effet Covid se fasse sentir dans douze à dix-huit mois pour certains de nos clients », estime Duthil.

Pour la voilerie trinitaine, les pertes sont néanmoins réelles : - 28 % en mars, - 70 % en avril et - 28 % en mai. « C’est arrivé au pire moment, pile poil quand les gens se décident. »

Un sale coup quand on sait que le carnet de commandes était complet jusqu’à fin juin, ce qui promettait une belle saison aux 22 salariés. « Cela ne remet pas en cause notre activité ni nos emplois mais on devine que ce sera compliqué en automne-hiver, notamment sur la partie régate. Il y aura moins de sponsors dans la voile, donc moins de budgets pour les skippers », analyse Fred Duthil, qui compte sur les marins bretons pour « acheter local ».

Cotten n’a pas pris le bouillon

À Trégunc (29), pour la marque au célèbre ciré jaune, la crise a occasionné « un trou d’air », comme le dit François Bertholom, directeur général de Guy Cotten SAS. Pour autant, le fabricant breton, qui habille depuis cinquante-cinq ans les professionnels de la mer et de l’agriculture, semble avoir plutôt bien résisté à la tempête Covid-19. « Nous ne sommes pas cotés en Bourse, nous sommes une société familiale, donc on reste confiant dans l’avenir même si on a pris un coup de mou sur la pêche et l’exportation. »

Le confinement a coûté 30 % du chiffre d’affaires de l’entreprise, à cause de l’export, qui représente 45 % de l’activité. Guy Cotten travaille beaucoup avec le Canada, les États-Unis et le Mexique, pays dont les frontières sont toujours fermées. « Heureusement, c’est bien reparti en mai où on a rattrapé 5 % de nos pertes. »

Plastimo garde le cap

L’industrie nautique, ce sont plusieurs métiers rassemblés sous un même emblème. À bord d’un bateau, on trouve une bonne trentaine de corps de métiers différents. Sur les 600 pages du catalogue Plastimo, société installée à Lorient La Base et spécialisée dans la production d’accastillage et d’équipement, tel que les compas, les gilets ou les radeaux de sauvetage, plus de 11 000 produits sont référencés.

Équipant aussi bien les professionnels que les plaisanciers, Plastimo, qui réalise 50 % de son chiffre d’affaires à l’export, n’a quasiment pas interrompu l’activité, « tout juste une petite semaine », explique Cathy Millien, responsable de la communication. Soit le temps de mettre en œuvre les mesures sanitaires requises.

La mer du vent

Sur le site morbihannais, la production s’est poursuivie à l’atelier et les expéditions ont fonctionné pendant toute la période. Moins connue mais « majeure stratégiquement », l’activité sur les marchés militaires et industriels a également pu se poursuivre quasi normalement. À tel point que Plastimo s’estime en mesure de passer l’écueil sans avoir à réduire la toile. « Nous sommes raisonnablement confiants, mais nous continuons de surveiller le marché de la plaisance avec prudence. »

Prudence, voilà le maître-mot. Car, tous les marins le savent, il y a « le vent et la mer du vent ». Cette mer du vent qui demeure très agitée bien après le passage de la tempête.

Un article de la rédaction du Télégramme