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Liquidation de l'UNM : Symbole du « malaise marseillais » ?

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Liquidation de l'UNM : Symbole du « malaise marseillais » ?

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Le tribunal de commerce de Marseille a prononcé, hier matin, la liquidation judiciaire de l'UNM, dernière entreprise de réparation navale lourde du port phocéen. Après trois mois de conflit entre syndicats et direction, celle-ci décidait, il y a quelques jours, de jeter l'éponge. Malgré les menaces de cessation d'activité, aucun accord n'a été trouvé avec les grévistes, dénonçant depuis janvier un recours abusif à la sous-traitance. Bilan des courses : La fin de l'entreprise et 130 salariés bientôt au chômage. Jeudi, la société, filiale du groupe espagnol Boluda, se déclarait en cessation de paiement puis lançait une procédure de liquidation. Les salariés, de leur côté, souhaitaient une mise en redressement judiciaire, dans l'espoir qu'un repreneur se manifeste. La CGT, qui veut faire appel de la décision, a réclamé la tenue d'une table ronde sur l'avenir de la réparation navale à Marseille. Le syndicat juge, en effet, « inconcevable » que le port se prive de cette activité.
Reprise par Boluda à l'automne 2006, l'ex-Compagnie Marseillaise de Réparation avait été rebaptisée Union Naval Marseille. Dès 2007, l'UNM voyait son activité se redresser, avec 33 navires traités dans l'année, contre seulement 11 en 2006. Il y avait donc un marché, d'autant que l'entreprise exploitait les formes 8 et 9, longues de 350 et 250 mètres, adaptées aux arrêts techniques des grands navires. L'UNB a, notamment, tenté de se placer sur le segment des navires « à forte valeur ajoutée ». A l'instar de Brest, l'entreprise convoitait les méthaniers, mais aussi les très nombreux paquebots croisant en Méditerranée. Elle pouvait, de plus, compter sur une clientèle captive, composée des compagnies SNCM et La Méridionale, dont les navires effectuaient historiquement leurs arrêts techniques à Marseille (sauf si les formes sont pleines).

Trois mois de conflit

Mais l'UNM devait, malgré ses précieuses infrastructures et un marché potentiel important, faire face à la concurrence d'autres réparateurs, à Malte et en Turquie, sans oublier ses voisins de Barcelone et Gênes. Pour être plus compétitive, la société a tenté d'améliorer sa réactivité en recourant à des fournisseurs spécialisés. C'est, sur ce point, que le conflit a éclaté avec la CGT. Dénonçant un recours abusif à la sous-traitance, le syndicat empêche, en janvier, l'accès de sous-traitants à un navire. Suite à cette action, 7 salariés sont licenciés. Puis, une quarantaine d'autres se voient menacés de sanctions. La CGT dénonce une atteinte au droit de grève alors que l'UNM assigne en justice plusieurs salariés pour entrave à la liberté de travailler. La direction sera déboutée mais le torchon brûle et le conflit, très dur, fini de dissuader les derniers clients du chantier. Même les « captifs » s'en vont. Ainsi, la Méridionale décide d'envoyer le Girolata en arrêt technique à Barcelone (il est parti hier matin, ndlr), alors que le navire mixte effectue habituellement ses entretiens à Marseille. « Fin février, la situation financière de l'entreprise présente un déficit rendant impossible la poursuite de l'activité. En raison de la tension sociale, la plupart des clients d'UNM se sont détournés vers d'autres ports de la Méditerranée. Cette situation critique est malheureusement due à une opposition syndicale radicale ayant entraîné une succession de grèves ces dernières semaines », dénonçait en début de semaine la direction de l'UNM, citée par le journal la Provence. En deux ans, la société aura réparé 80 navires mais, selon le tribunal de commerce, elle affichait début mars un passif de 7 millions d'euros et un carnet de commandes quasiment vide.

Un port « malade de ses grèves et blocages »

Pour manifester leur mécontentement et défendre l'avenir de la réparation navale, les salariés de l'UNM bloquaient, depuis samedi, le départ du Girolata vers Barcelone. Mais, hier matin, le préfet décidait de déloger les grévistes en faisant intervenir les CRS. Suite à cette évacuation, des agents du port, par solidarité, ont organisé le blocus des bassins Est de Marseille. Or, ces mouvements sociaux à répétition exaspèrent les entrepreneurs et les pouvoirs publics, qui les rendent responsables de la mauvaise image de la place. Dans son édition d'hier, la Provence évoquait un port « malade de ses grèves et blocages ». Pour la direction de l'UNM, qui a reçu le soutien des organisations patronales durant le conflit, la CGT (majoritaire dans l'entreprise et au port) est responsable de la situation. « C'est un gâchis énorme. La CGT a poussé tout le monde contre le mur », affirme Ingrid Sanchez, directrice générale de l'UNM. L'accusation est réfutée par les responsables du syndicat, qui font valoir le bien fondé de leur combat et parlent d'un « climat de haine » à leur encontre.
Alors qu'un certain nombre d'agents du port continuent de faire de la résistance face à la réforme, le conflit dans la réparation navale n'a fait qu'attiser les tensions. « Cela fait trente ans que ça dure. Il y a une culture locale du conflit et une certaine résignation face à tout cela », confie un professionnel du port, sous couvert de l'anonymat.

Une lente évolution

Ce dernier relève, toutefois, que la place évolue, même si c'est lentement. « La grève de 2007, qui a vu le blocage du port pendant trois semaines, a quand même marqué un tournant. Après cela, il ne fallait pas espérer que ça se passe dans la douceur ». Pour mémoire, c'est précisément le conflit de 2007 qui a convaincu le chef de l'Etat d'entreprendre la réforme des ports. Face aux résistances rencontrées actuellement à Marseille sur cette question, responsables politiques et entrepreneurs locaux en ont appelé à Nicolas Sarkozy pour faire appliquer la réforme. Toutefois, même si certains déplorent encore un manque d'efficacité, les pouvoirs publics semblent prendre de moins en moins de pincettes. Ainsi, hier matin, le préfet n'a pas hésité à envoyer les CRS pour débloquer le Girolata. Dans le même temps, on aura noté que le blocage des bassins Est, consécutif à l'évacuation du navire, n'a duré que quelques heures.
A Marseille, on fait également remarquer certaines dissensions entre professionnels du port. C'est le cas au terminal conteneurs de Maurepiane, où l'activité est perturbée depuis un mois et demi. Les agents du port dénoncent le versement des activités de manutention aux opérateurs privés, transfert prévu par la réforme des ports.

« On avance »

Mais, chose impensable il y a encore quelques années, la plupart des navires, équipés de grues, se passent des portiqueurs pour charger et décharger. Les dockers poursuivent en effet le travail, marquant ainsi une « scission » avec les agents du port.
Fos, de son côté, a pris beaucoup d'importance. Porté par les grands projets (Fos 2XL et 3XL), le nouveau « temple » marseillais du conteneur connait une vie sociale nettement plus apaisée. De nombreux armateurs y ont transféré leurs activités et jurent de ne plus revenir dans les bassins marseillais. Selon l'un des professionnels de la place, que nous avons interrogé : « C'est vrai que le port a un problème de fiabilité et que de nombreux armateurs sont partis ailleurs. Mais le tableau n'est pas si noir que cela. Les choses évoluent progressivement, portées par les grands projets. Il y a les conteneurs à Fos mais aussi GDF2, qui va bientôt ouvrir, ou Shell qui veut installer un grand terminal méthanier. Il y aura encore, sans doute, quelques soubresauts, mais on avance ».

Port de Marseille