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L'Iran menace de fermer le détroit d'Ormuz

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L'Iran menace de fermer le détroit d'Ormuz

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La tension monte autour du détroit d'Ormuz. Téhéran a menacé, la semaine dernière, de bloquer le trafic maritime entre le golfe Persique et l'océan Indien, au cas où la communauté internationale déciderait de sanctions à l'encontre des exportations pétrolières iraniennes. « L'Iran a un contrôle d'ensemble sur cette voie maritime stratégique. Fermer le détroit d'Ormuz est très facile pour les forces navales iraniennes », a affirmé mercredi dernier l'amiral Habibollah Sayyari, commandant de la flotte iranienne. Cette menace intervient alors que plusieurs pays occidentaux, Etats-Unis en tête, menacent d'accentuer les sanctions économiques sur l'Iran, soupçonné de développer un programme nucléaire à des fins militaires.
Face à la pression internationale, Téhéran a déjà menacé plusieurs fois, ces dernières années, de bloquer Ormuz, un détroit stratégique par où transite environ un tiers de la production mondiale de pétrole (provenant des Emirats, d'Arabie Saoudite, du Koweït et d'Irak). Mais les Iraniens n'ont jamais mis leur menace à exécution, car une telle décision serait très lourde de conséquences. En dehors du fait qu'un blocus entrainerait une explosion du prix du baril, il provoquerait également une grave rupture dans les approvisionnements stratégiques de nombreux pays, notamment en Europe. En quelques semaines, l'essence pourrait venir à manquer, déstabilisant gravement des économies déjà fragilisées par la crise. D'un point de vue militaire, la 5ème flotte américaine, implantée à Bahreïn, serait prisonnière du Golfe, de même que la base navale française d'Abu Dhabi.

 (© : GOOGLE EARTH)
(© : GOOGLE EARTH)

Eviter l'engrenage

Les enjeux sont donc tels qu'en fermant le détroit, l'Iran s'exposerait inévitablement à une réaction très vigoureuse des Etats-Unis et de leurs alliés, à commencer par la France et la Grande-Bretagne. Par le passé, Washington, Paris et Londres ont déjà clairement signifié à Téhéran qu'ils n'accepteraient pas une fermeture d'Ormuz. Pour appuyer cette position face aux menaces iraniennes, plusieurs porte-avions avaient été dépêchés dans la région, calmant les ardeurs iraniennes. Jusqu'ici, cette « politique des gros bras » a bien fonctionné et il n'y a pas de raison de penser que cela puisse changer, les Iraniens n'ayant rien à gagner à provoquer un conflit avec des puissances bien supérieures militairement. Cela dit, les Occidentaux n'ont pas, non plus, intérêt à mettre le pied dans un engrenage qui verrait toute la région s'embraser. Mais, si la tension empire, une surenchère d'actions pouvant conduire à un acte mal compris ou un incident serait à même de provoquer des réactions en chaîne. Un conflit que personne ne souhaite n'est alors pas totalement à exclure, même si les probabilités sont très minces.
Cette nouvelle passe d'armes, pour le moment diplomatique, rappelle en tous cas que la sécurisation du détroit d'Ormuz demeure un vrai problème. En effet, ce passage, large d'une cinquantaine de kilomètres seulement, peut-être bloqué avec quelques mines seulement. Comme tous les détroits et passages, Ormuz est considéré comme une zone d'eaux internationales, qui bénéficie de la liberté de navigation pour tout navire, suivant la convention des Nations Unies de 1982 sur le droit de la mer. Suite aux menaces en provenance de Téhéran, la France a appelé les autorités iraniennes « au respect du droit international et en particulier de la liberté de navigation dans les eaux internationales et les détroits ».

L'USS John C. Stennis  (© : US NAVY)
L'USS John C. Stennis (© : US NAVY)

L'USS Abraham Lincoln (© : US NAVY)
L'USS Abraham Lincoln (© : US NAVY)

L'US Navy et la marine iranienne face à face

Plus directs, les États-Unis ont, pour leur part, affirmé qu'« aucune perturbation du trafic maritime dans le détroit d'Ormuz ne sera tolérée ». Alors que Washington a décidé samedi de renforcer les sanctions envers le secteur financier du pays, l'Iran mène depuis plusieurs jours des manoeuvres navales d'envergure près d'Ormuz. Dans le cadre de ces exercices, un missile surface-air présenté comme de conception et de fabrication iraniennes a été tiré hier. Et, aujourd'hui, la flotte des gardiens de la révolution, qui a affirmé avoir pisté un porte-avions américain croisant dans le secteur, compte tester ses capacités à bloquer la navigation dans le détroit. Face à ces manoeuvres, l'US Navy maintient la pression. Le porte-avions USS John C. Stennis est positionné dans le Golfe avec son escorte (notamment le croiseur USS Mobile Bay ainsi que les destroyers USS Dewey, USS Pinckney et USS Wayne E. Meyer) et ses 70 avions et hélicoptères. Et un autre groupe aéronaval, emmené par l'USS Abraham Lincoln, va quitter le Pacifique pour gagner l'océan Indien et la région du golfe Persique. En parralèle, le Pentagone a probablement laissé fuiter une information très intéressante, à même d'accentuer un peu plus ses mises en garde à l'encontre de Téhéran. Des media américains révèlent en effet que le sous-marin nucléaire lance-missiles de croisière USS Ohio aurait reçu l'ordre de se positionner au large d'Ormuz. Ce mastodonte de 170 mètres et 18.700 tonnes en plongée dispose d'une force de frappe considérable, étant capable de lancer 154 missiles de croisière, s'ajoutant aux dizaines de munitions de ce type embarquées par les bâtiments d'escorte du Stennis.

L'USS Ohio (© : US NAVY)
L'USS Ohio (© : US NAVY)