Défense
L’Italie lance son premier PPA

Actualité

L’Italie lance son premier PPA

Défense

Le moins que l’on puisse dire, c’est que son design n’est pas commun, avec son étonnant bulbe d’étrave en pointe et sa superstructure haute et massive en forme de tour intégrant un cockpit en guise de passerelle. Samedi, au chantier Fincantieri de Muggiano, dans la baie de La Spezia, s’est déroulée la cérémonie de lancement du Paolo Thaon di Revel, tête de série du programme PPA (Pattugliatore Polivalente d’Altura) de la marine italienne.  

Comme ce nom l’indique, ainsi que son numéro de coque (P 430), ce bâtiment est considéré par la Marina militare comme un patrouilleur hauturier polyvalent. Même si son gabarit comme ses capacités le rangent plutôt dans la catégorie des frégates.

 

Vidéo de la cérémonie de lancement du premier PPA (© MARINA MILITARE)

Le Paolo Thaon di Revel au chantier de Muggiano (© FINCANTIERI)

Le Paolo Thaon di Revel au chantier de Muggiano (© FINCANTIERI)

 

 

Longs de 132.5 mètres pour une largeur de 16.5 mètres, les PPA, dont sept exemplaires ont pour le moment été commandés, auront un déplacement d’un peu plus de 6000 tonnes en charge (et non 4500 comme initialement annoncé). Il s’agit donc de gros bateaux, qui font l’objet d’une conception très originale liée aux exigences particulières de la marine italienne. Afin de remplacer les quatre anciennes frégates de la classe Artigliere (désarmées entre 2013 et 2018) et les huit corvettes de la classe Minerva (dont il ne reste plus qu’une unité en service dans la flotte italienne), celle-ci a en effet voulu une plateforme extrêmement versatile et modulaire. Un bateau déclinable en plusieurs versions afin de répondre à des missions très variées, allant de la simple surveillance maritime aux combats de haute intensité, en passant par les opérations d’escorte de navires marchands et de soutien aux populations en cas de catastrophe naturelle. Avec au final des spécifications très nombreuses et pas toujours évidentes à compiler sur un même navire.

Il en résulte ce que certains considèreront comme un « mouton à cinq pattes ». Toutefois, aux dires de spécialistes français présents à La Spezia en fin de semaine dernière pour la signature de l’accord de coopération entre Naval Group et Fincantieri, ce dernier a réussi malgré un cahier des charges particulièrement complexe et des exigences qui ne se mariaient pas forcément très bien, à concevoir un bateau qui tient la route.

Les PPA seront déclinés en trois modèles. La version de base, dite « Light », destinée aux missions liées à l’action de l’Etat en mer (surveillance et contrôle des approches maritimes et de la ZEE, lutte contre les trafics illicites…) sera, en matière d’armement, équipée de deux tourelles, une de 127mm et une de 76mm, deux canons télé-opérés de 25mm et des mitrailleuses. S'y ajouteront des moyens non létaux, comme des systèmes à ultrasons. 

La version intermédiaire (Light +), destinée aux mêmes missions avec des capacités de combat supérieures, en particulier en matière d’autodéfense, sera dotée en plus de cette artillerie de 16 missiles surface-air Aster 15 et Aster 30, avec la possibilité d’embarquer également des Aster Block 1 pour la défense antimissile balistique.

Quant à la version complète (Full), elle bénéficiera en plus de 8 missiles antinavire Teseo et deux lanceurs triples pour torpilles MU90. S’y ajouteront un sonar remorqué et des lance-leurres.

Un double hangar permettra d’abriter deux hélicoptères AW-101 ou NH90, ainsi que des drones, alors que les PPA pourront mettre en œuvre plusieurs embarcations semi-rigides allant jusqu’à 11 mètres, dont une sur rampe à la poupe pour les versions Light et Light + (cet espace sera occupé par le sonar remorqué sur la version Full).

Les senseurs comprendront notamment un radar multifonctions à quatre faces planes (bandes X/C) dont le développement a été confié à Leonardo, qui se chargera également de fournir un système de combat reposant sur une architecture ouverte, mais aussi un système de communication intégré de nouvelle génération, de nouveaux systèmes électro-optiques et une nouvelle conduite de tir. Pour ces bâtiments, Fincantieri et Leonardo ont aussi développé un concept de « cockpit » avec une nouvelle approche architecturale et fonctionnelle de la passerelle. Ce système doit permettre une gestion intégrée de la conduite de la plateforme et du système de combat, en recourant notamment à la réalité augmentée. Ces technologies doivent faciliter la tenue de situation tout en réduisant le personnel de quart. 

 

PPA (© FINCANTIERI)

PPA (© FINCANTIERI)

 

Conçus pour accueillir en temps normal 171 personnes, les PPA auront une propulsion de type CODAG (combined diesel-electric and gas), avec deux moteurs diesels MTU, deux moteurs électriques de propulsion et une turbine à gaz de la famille LM 2500. S'y ajoutent quatre générateurs du type MAN 12V175D. La vitesse maximale sera de 32 nœuds (un peu plus de 10 nœuds en propulsion électrique) pour une autonomie de 5000 milles 15 noeuds et 30 jours d’opération.

En plus de leurs propres besoins énergétiques, l’usine électrique des PPA est dimensionnée pour délivrer du courant à terre (2000 kW), les bâtiments étant capables également de fournir à l'extérieur de l’eau potable. Des capacités souhaitées par la marine italienne afin de leur permettre de soutenir des opérations humanitaires, en particulier lorsque des catastrophes naturelles touchent les réseaux terrestres de fourniture d’eau et d’électricité. Dans la même idée, les bâtiments sont dotés de deux zones modulaires, au centre et à l’arrière (d’une capacité respective de 8 et 5 conteneurs de 20 pieds), capables d’accueillir différents équipements sous forme conteneurisée: matériel pour les opérations, logistique, logements, soutien médical…  Des moyens de levage permettront une manutention autonome. Les conteneurs pourront par ailleurs servir au transport de drones ou encore de moyens matériels pour des forces spéciales.

Le Paolo Thaon di Revel, qui doit intégrer la clotte italienne en mai 2021, est le premier exemplaire de la version Light du PPA. Il en sera de même pour la seconde unité de la série, prévue pour être livrée en 2022. Le troisième (2023) devrait être du type Light + alors que les deux allant sortir en 2024 seront un Light et un Light +. Il est pour l’heure prévu qu’un Light + suive en 2025 et le premier PPA Full en 2026. Le contrat comprend une option pour trois bâtiments supplémentaires, soit un Full, un Light + et un Light.

 

Fincantieri marine italienne