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L’Italie projette de construire deux croiseurs

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La marine italienne va-t-elle être la première en Europe à faire construire des croiseurs depuis 60 ans ? Un projet en ce sens est bel et bien à l’étude dans le cadre du remplacement des destroyers Luigi Durand de la Penne et Francesco Mimbelli. Mis en service en 1993, ces puissants bâtiments de 147.7 mètres de long pour 5400 tonnes de déplacement en charge sont équipés d’un système surface-air SM-1 MR, un système Albatros, 8 missiles antinavire Otomat, une tourelle de 127mm, trois tourelles de 76mm, de l’artillerie légère et des tubes lance-torpilles. Ils peuvent en outre embarquer deux hélicoptères, y compris des EH-101.

 

Le Francesco Mimbelli (©  MARINA MILITARE)

Le Francesco Mimbelli (©  MARINA MILITARE)

 

Initialement, leur succession devait être assurée par la construction de deux frégates de défense aérienne supplémentaires du type franco-italien Horizon. Les deux premières, les Andrea Doria et Caio Duilio (152.9 mètres, 7050 tpc), dotées notamment de 48 missiles Aster, 8 Otomat, trois tourelles de 76mm et des torpilles, ont été livrées par Fincantieri en 2008 et 2009. Elles ont succédé aux anciens destroyers Audace (1972) et Ardito (1973).

 

L'Andrea Doria (©  MICHEL FLOCH)

L'Andrea Doria (©  MICHEL FLOCH)

 

Cela, pendant que la France procédait de manière similaire en remplaçant ses vieilles frégates lance-missiles du type Suffren par ses deux Horizon, le Forbin et le Chevalier Paul, mis en service en 2010 et 2011. Là aussi, le programme portait initialement sur quatre unités, les troisième et quatrième Horizon devant succéder aux frégates antiaériennes (FAA) Cassard (1988) et Jean Bart (1991). Mais comme en Italie, les restrictions budgétaires (accentuées par les dépassements de coûts du programme) ont eu raison de ces bateaux. La marine française a alors choisi une alternative à moindres frais, en accroissant les capacités de défense aérienne de ses deux dernières frégates du type FREMM, les futures Alsace et Lorraine, qui seront livrées par Naval Group en 2021 et 2022 et assureront la relève des FAA.

On aurait pu s’attendre à une solution similaire de l’autre côté des Alpes, d’autant que contrairement à la France, qui a littéralement sabré le programme FREMM en passant de 17 à seulement 8 frégates, la marine italienne est parvenue à préserver sa cible initiale de 10 unités (la 8ème vient d’achever ses essais, les deux dernières devant être livrées en 2020 et 2021). La flotte italienne a, de plus, obtenu la construction d’une nouvelle série de sept frégates du type PPA (132 mètres, 4500 tpc contre 143 mètres et 6900 tpc pour les FREMM italiennes) prévues pour entrer en service entre 2021 et 2026. 

 

FREMM italienne (©  MARINA MILITARE)

FREMM italienne (©  MARINA MILITARE)

PPA (©  MARINA MILITARE)

PPA (©  MARINA MILITARE)

 

Les moyens financiers alloués par Rome à sa marine sont donc à l’heure actuelle très importants, alors même que la flotte italienne effectue pour l’essentiel des missions d’action de l’Etat en mer (lutte contre l’immigration clandestine en Méditerranée centrale et contre la piraterie en océan Indien) et des déploiements au sein des groupes navals de l'OTAN. Ce niveau d’engagement constitue aussi, et peut être surtout, un soutien fort à la navale italienne, très puissante dans ce pays avec un poids plus équilibré, voire supérieur, par rapport à d’autres secteurs de l'industrie de défense, ce qui n’est pas le cas dans la plupart des nations, dont la France. 

En plus des frégates, il faut ajouter la construction d’un nouveau porte-hélicoptères d’assaut livrable en 2022 pour succéder au porte-aéronefs Garibaldi (1985) et celle d’un grand bâtiment logistique (Vulcano) qui va prochainement remplacer les petits ravitailleurs Stromboli (1975) et Vesuvio (1978). Alors que les troisième et quatrième sous-marins de la classe Salvatore Todaro (type 212 allemand) ont été livrés par Fincantieri en 2016 et 2017, la Marina militare doit par ailleurs budgéter la refonte à venir du porte-aéronefs Cavour (2009) pour l’adapter à la mise en œuvre d’avions F-35B et celle des frégates Andrea Doria et Caio Duilio, qui vont intégrer des capacités de défense contre les missiles balistiques (DAMB).

Avec autant de projets, et alors que la dette italienne atteint un niveau inquiétant, la perspective d’un projet de nouveaux bâtiment combat de très fort tonnage paraissait on ne peut plus improbable. Tel est pourtant le cas, comme l’a révélé il y a quelques jours la Revista Italiana Defensa, connue en Italie pour être très bien informée et entretenir des liens étroits avec la Marina militare. Selon RID, le projet de remplacement des Luigi Durand de la Penne et Francesco Mimbelli, connu sous le nom de DDX, porte sur le développement de bâtiments lourds adaptés à la défense aérienne et la DAMB. Ils seraient notamment équipés de radars Kronos de veille lointaine et de conduite de tir, ainsi que de missiles Aster 15, Aster 30 et Aster Block 1NT. Les Italiens semblent également intéressés par l’intégration de missiles de croisière français MdCN. Quant au tonnage de ces bâtiments, selon nos confrères italiens, on évoque actuellement à l’état-major des plateformes de... 10.000 tonnes ! Un gabarit jamais vu en Europe depuis plusieurs décennies. Il surclasse nettement le tonnage des habituelles frégates et destroyers et tient clairement plus du domaine des croiseurs.

Pour mémoire, le dernier croiseur européen était justement italien. Il s’agissait du Vittorio Venetto, un bâtiment de 179.6 mètres et 8850 tpc mis en service en 1969 et désarmé en 2003. Cette catégorie d’unités de combat a disparu en France avec le retrait du service du Colbert (181 mètres, 11.300 tpc), qui a servi au sein de la Marine nationale entre 1959 et 1991. 

Pour l’heure, le projet DDX n’a pas été officialisé et il conviendra donc de voir ce qu’il en sortira exactement. Mais les Italiens semblent bien décidés à assurer la succession des leurs deux vieux destroyers par des bâtiments de nouvelle génération aussi imposants que puissants. Des unités qui seraient aussi susceptibles, dans un contexte de militarisation des océans et de retour des Etats puissances, d’intéresser d’autres pays et donc de constituer des débouchés à l’export. On peut évidemment s’interroger également sur une éventuelle coopération avec la France alors que les industries navales des deux pays souhaitent s’allier et faire émerger de nouveaux programmes communs. En l’état, même si de nombreux marins en rêveraient probablement, on voit mal comment la marine française pourrait obtenir les moyens budgétaires pour s’offrir des croiseurs, d’autant que ses besoins fixés par la Revue Stratégique et la LPM sont à ce jour pourvus par les programmes en cours (FREMM et FTI). Néanmoins, le manque de plateformes de défense aérienne dans la flotte française est une évidence et la démultiplication des menaces aériennes, antinavire et balistique, pourrait pousser la France à muscler, au cours de la prochaine décennie, ses moyens dans ce domaine. 

 

marine italienne Fincantieri