Aménagement du Littoral
Littoraux menacés :  L'expédition Waterline sur le départ

Actualité

Littoraux menacés : L'expédition Waterline sur le départ

Aménagement du Littoral

Leur tour du monde des bonnes pratiques d'aménagement du littoral, Constance Olivès et Luc Mallet s'apprêtent à le faire du Sénégal au Bangladesh en passant par la Polynésie. Au départ de Concarneau.Les deux ingénieurs en aménagement du territoire créent une plateforme internationale d'échanges de savoirs empiriques et scientifiques. Ils appareilleront en septembre de Concarneau pour trois ans, à bord du Marie Soizic, un catamaran de 44 pieds, camp de base de Waterline. « L'habitant d'une île du Pacifique a hérité de savoirs ou a des connaissances qui pourraient être partagées avec d'autres îles », estime Luc Mallet, assis sur le pont du Marie Soizic. Au sec sur les quais concarnois depuis quelques mois, l'imposant « bateau-bureau-habitat » fait l'objet d'une profonde rénovation. « Aujourd'hui, cet échange de savoirs ne peut pas exister : soit la connaissance est enfermée dans les labos ou colloques scientifiques, soit elle reste au niveau des pratiques étant - au mieux - transmise d'une génération à l'autre par les canaux propres à chaque société », observe l'ingénieur urbaniste et skipper.

Terrain et chercheurs

Le projet Waterline, c'est un espace de rencontres et de réflexions où seront croisées les connaissances scientifiques et les façons de faire des habitants rencontrés dans leur réalité quotidienne. Les données ainsi collectées, organisées et analysées constitueront comme le fonds d'une bibliothèque spécialisée sur les risques littoraux et les réponses apportées. L'objectif, c'est que cette expertise soit librement disponible.

« Une vraie culture d'aménagement »

« Pour aménager, nous pensons qu'il faut sortir d'une façon de faire pyramidale, de l'État vers la base », précise encore celui qui a piloté le Schéma de cohérence territoriale au sein de l'Agence de développement économique de Quimper-Cornouaille. Solidement amariné, Luc Mallet désigne l'autre objectif de l'expédition : « La question que l'on se pose, c'est aussi la possibilité pour les citoyens de reprendre en main l'aménagement de leur territoire ». Ancienne salariée de la Safi 29 (*), ingénieure en génie civil et spécialiste de la conception de programmes d'urbanisation, Constance Olivès appuie le raisonnement : « Aujourd'hui, en France, une opération du type quartier d'habitats mobilise une quantité phénoménale d'énergie, d'argent et de temps. Mais très peu de projets aboutissent. Quand c'est le cas, les usagers sont presque toujours éloignés des décisions ». Les deux spécialistes fulminent contre une complexité qui écarte le simple administré : « Réglementation, lois, procédures administratives... Il faut maintenant une vraie culture d'aménagement pour avoir un sens critique. Cette complexité n'aide pas les gens à comprendre dans quel environnement ils habitent, ni pourquoi c'est possible ou pas ».

Démarche collaborative

« Il n'y a pas de vilains écolos ou de méchants promoteurs. Il n'y a pas de mauvais acteurs : chacun a ses intérêts propres. Il n'est pas question de dire qui a raison ou tort. Mais plutôt de développer une collaboration des différents acteurs grâce une approche globale d'un projet, au-delà des différents intérêts qui s'opposent généralement », poursuit Luc Mallet avec l'idée de remobiliser les gens sur des bonnes pratiques, « pour que les choses évoluent doucement, chacun dans son rôle ». Le collectage à travers le monde de méthodes, d'expériences, mises en oeuvre dans une quinzaine de zones littorales caractéristiques, très vulnérables à la montée du niveau de la mer, constituera le catalogue de ces bonnes pratiques. « Il nous permettra de mettre en perspective ce qui se fait en France. Nous avons déjà remarqué que là où les adaptations se passent bien, les populations sont généralement très impliquées ».

Projet de vie aussi

Les deux ingénieurs et leurs trois enfants ont tout investi dans le projet Waterline. Autofinancés pour trois ans d'expédition, ils se démènent maintenant pour faire connaître leur démarche. Des scientifiques, des spécialistes issus de l'administration sont déjà dans le sillage du Marie Soizic, réunis dans un collège d'experts. L'équipage cherche dorénavant à organiser l'exploitation du gisement d'informations qui va se constituer à partir de septembre. Sans vendre son âme. « Même si on doit revenir plus tôt, on restera sur le bateau. Nous nous engageons dans une nouvelle façon de vivre », pose Luc Mallet comme on lève l'ancre.

* Société d'aménagement du Finistère.

Contact
www.waterline.fr
Tél. 07.68.43.34.53.



Un article de la rédaction du Télégramme