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Livre blanc : Les sous-marins sauvés et la flotte de surface prête à boire le bouillon ?

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Livre blanc : Les sous-marins sauvés et la flotte de surface prête à boire le bouillon ?

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C'est le 17 juin que le président de la République présentera les conclusions du Livre Blanc sur la Défense. Bien qu'encore officiellement secret, le document et les décisions qui en découleront - ou l'inverse, commencent à être mieux cernés. Sauf surprise majeure, la marine ne sera pas épargnée par les coupes budgétaires, à l'exception visiblement de la dissuasion nucléaire. Selon plusieurs sources, les moyens de la Force Océanique Stratégique ne seraient pas modifiés, en droite ligne avec le discours prononcé en mars dernier, à Cherbourg, par le chef de l'Etat. La FOST disposera comme prévu de quatre sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE), tous devant être équipés au cours de la prochaine décennie du nouveau missile balistique M51. De même, le programme des sous-marins nucléaires d'attaque (SNA) du type Barracuda ne semblerait pas en péril. La Rue Royale serait parvenue à convaincre de la nécessité de maintenir six bâtiments de ce type, à la fois pour remplir les missions qui leur sont dévolues, mais également pour des questions de pérennité de la FOST en matière de compétences. Avant d'embarquer sur SNLE, les sous-mariniers font en effet « leurs armes » sur SNA. Or, six bâtiments d'attaque semble le minium pour assurer ensuite un vivier nécessaire à l'armement des sous-marins stratégiques.
En revanche, si le nombre de SNA semble devoir être maintenu à terme, le rythme de production des Barracuda sera, peut être, ralenti. Alors que le contrat prévoit une livraison tous les deux ans à compter du second SNA, un « lissage » allant jusqu'à 36 mois aurait été étudié pour tenter de répartir dans le temps le coût du programme (7.9 milliards d'euros). L'hypothèse d'un tel ralentissement parait toutefois peu plausible, le dernier Barracuda arrivant alors vers 2032. L'âge de la Perle, dernier SNA de l'ancienne génération à être remplacé, atteindrait 39 ans. Pour mémoire, la durée de vie de ces sous-marins (type Rubis), initialement de 25 à 30 ans, a déjà été prolongée à 34 ans pour faire face au retard du programme Barracuda. Leur demander d'aller plus loin serait-il techniquement et opérationnellement raisonnable ? La question mérite d'être posée.

  Vue du PA2 (© : DCNS)
Vue du PA2 (© : DCNS)

Le porte-avions virtuellement coulé ?

Relancée en 2004 par Jacques Chirac, la construction d'un second porte-avions n'a pas été concrétisée sous le précédent gouvernement. Malgré un accord de coopération avec les Britanniques (qui vont réaliser deux unités dérivées), quelques 200 millions d'euros dépensés dans les études et deux catapultes commandées aux Etats-Unis, le « PA2 » risquerait fort d'être perdu corps et bien dans les limbes budgétaires. Nicolas Sarkozy, qui avait présenté ce navire durant la compagne présidentielle comme une « évidence opérationnelle et politique », se montre aujourd'hui beaucoup plus prudent. La semaine dernière, le président a évoqué un éventuel report de la décision de construire le PA2 à « 2011/2012 ». Les industriels estimant les délais de fabrication à 7 ans et demi, le second porte-avions ne serait donc pas au rendez-vous pour assurer la permanence du groupe aéronaval, durant le prochain grand carénage du Charles de Gaulle. DCNS et surtout Aker Yards, dont le site de Saint-Nazaire doit réaliser la coque, espèrent encore que ce projet de 3 milliards d'euros sera maintenu. Mais les chances semblent très minces et, pour beaucoup, un report ne serait autre qu'un abandon déguisé.
Enfin, il reste encore la solution de lancer le programme mais de le reporter dans le temps. Dans ce cas, les industriels français peuvent au moins poursuivre leurs études et sécuriser des achats en commun avec les Britanniques.

  Vue d'une FREMM (© : DCNS)
Vue d'une FREMM (© : DCNS)

Le programme FREMM sur le billot

Pendant longtemps, certains marins ont pensé que le sacrifice du porte-avions permettrait sans doute de sauver les tranches optionnelles du programme FREMM (frégates multi-missions). Mais, si l'on en croit des échos concordants, au final, on s'acheminerait plutôt vers le « ni l'un ni l'autre ». Depuis plusieurs semaines, un recadrage du format de la marine à une vingtaine de frégates est évoqué. Selon le blog Secret Défense, ce chiffre serait précisément de 18 à l'horizon 2020. Il inclurait donc, en toute logique, les cinq frégates du type La Fayette (des unités de second rang). Car, pour ce qui est de la flotte actuelle, les frégates anti-sous-marines Tourville et De Grasse sont prévues pour être retirées du service en 2011 et 2012. L'année suivante doit débuter le désarmement de la classe Georges Leygues. Le dernier cette série de 7 FASM, le Latouche-Tréville, doit partir en 2021, à l'âge de 31 ans. Quant aux frégates antiaériennes Cassard et Jean Bart, on voit difficilement comment le vieillissement de leur système d'armes pourrait leur faire jouer les prolongations au-delà de 2015. En tout état de cause, à l'horizon 2020, soit l'ensemble des 11 frégates de premier rang actuellement opérationnelles sera désarmé ou en passe de l'être, soit elles seront techniquement totalement dépassées.
Côté renouvellement, le programme FREMM, portant initialement sur 17 unités, pourrait être réduit à 10 ou 11 navires, dont deux spécialisées dans la défense aérienne (FREDA). La série comprendrait au final six à sept bâtiments de lutte anti-sous-marine (FREMM ASM) et deux à trois frégates en version Action Vers la Terre (AVT). En plus de la tranche ferme notifiée fin 2005 à DCNS, seule la première tranche optionnelle, prévue jusqu'ici en 2011, serait donc affermie. Et encore, elle ne comprendrait pas quatre navires mais seulement deux ou trois, les FREDA venant discrètement se substituer aux FREMM prévues au départ. Rappelons que les FREDA sont été étudiées pour remplacer à moindre coût les Cassard et Jean Bart (Les Horizon 3 et 4 ont été abandonnées faute de crédits).
Si, dans cette hypothèse, les frégates de premier rang sont remplacées nombre pour nombre, il faudra encore solutionner le problème des avisos.

  Une corvette de la famille Gowind (© : DCNS)
Une corvette de la famille Gowind (© : DCNS)

Une nouvelle classe pour remplacer les avisos ?

Car le programme FREMM devait, à l'origine, non seulement remplacer les 9 FASM, mais également les 9 avisos du type A69. En plus de la protection de la FOST et des approches maritimes, ces petits navires, conçus pendant la guerre froide pour la lutte ASM côtière, sont de plus en plus employés pour les longues patrouilles outre-mer (Afrique, océan Indien). Or, ils se révèlent mal adaptés à ces missions, manquant de tonnage (ils ne tiennent pas la mer), d'autonomie, de logements pour le déploiement de commandos et bien sûr d'hélicoptère. D'où l'idée originelle du programme FREMM, destiné à remplacer frégates et avisos par une seule et même classe homogène de 17 navires. L'effet de série et une cadence de construction rapide devaient permettre de réduire les coûts de 30% par rapport aux autres frégates construites en Europe.
Or, faute d'un nombre suffisant de FREMM, le ministère de la Défense va devoir rapidement plancher sur une solution pour remplacer les avisos. Car la marine sera, bien évidemment, incapable d'assurer ses missions actuelles avec deux fois moins de passerelles. En fin de vie, les avisos, qui devront déjà atteindre l'âge canonique de 34 à 35 ans, seront retirés du service entre 2014 et 2019. « Si l'on était amené à réduire la cible du programme (FREMM, ndlr), il y aurait nécessairement derrière un autre programme pour remplacer les bateaux manquants », estimait le mois dernier le chef d'état-major de la Marine dans une interview accordée au trimestriel Marine, publié par l'Acoram.
Une nouvelle série de bateaux, plus petits que les FREMM, serait maintenant envisagé pour succéder aux avisos. On avait un temps évoqué une version des corvettes Gowind de DCNS mais les marins s'y étaient initialement opposés. Ils pourraient, en revanche, être plus intéressés par la nouvelle FM400, que l'industriel doit dévoiler à l'occasion du prochain salon Euronaval. Cette frégate, développée pour remplacer la famille des La Fayette, consiste en un navire de 4000 tonnes à même d'assurer des patrouilles océaniques et disposant d'un armement articulé autour de missiles antiaériens, antinavires, d'un canon, de torpilles et d'installations aéronautiques.
Reste maintenant à voir si le développement d'une nouvelle série conjugué au surcoût lié à la réduction et à l'éventuel étalement du programme FREMM ne reviendrait pas, in fine, aussi cher. Si ce n'est plus...

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