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Livre Blanc, réforme de l'Etat : « Une chance historique », estime l'amiral Forissier

Interview

Livre Blanc, réforme de l'Etat : « Une chance historique », estime l'amiral Forissier

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Alors que de nombreux marins sont déçus - mais sans doute pas surpris, du report du second porte-avions et de l'abandon d'une partie des frégates multi-missions, l'amiral Pierre-François Forissier se veut optimiste quant à l'avenir de la marine. Pour le patron de la flotte française, les orientations du Livre Blanc et la réforme de l'Etat sont « une chance historique ». Le Chef d'état-major de la marine attend surtout une simplification du carcan administratif qui étouffe aujourd'hui l'institution. « C'est l'orientation que nous attendions. Nous étions prisonniers de notre histoire. On est engoncés dans tout un tas de strates administratives et comme nous sommes de bons élèves, nous appliquons les lois et les règlements qui sont empilés sans être mis à jour. Je me félicite que le président mène la modernisation de l'Etat, car nous devons absolument trouver des marges de manoeuvre. On ne peut plus être obligé d'avoir 15 autorisations, 30 signatures et attendre trois mois pour avoir quelque chose ».

« Il faut que ça vienne de la base »

Côté effectifs, l'amiral Forissier ne se montre pas inquiet quant aux 5000 suppressions de postes prévues dans le cadre du Livre Blanc (ce qui portera les effectifs de la marine à 44.000 militaires et civils). « Aujourd'hui, dans la marine, personne n'est employé à rien faire. Mais j'ai beaucoup trop de marins à terre, obligés de faire des taches que l'administration leur impose depuis Colbert. Si on veut faire du neuf avec du vieux on n'y arrivera pas. Nous avons atteint les limites de l'ancien système et maintenant il faut en trouver un autre. Jusqu'ici, on a toujours supprimé des bateaux. Or, la marine, c'est avant tout des bateaux et si on veut se les payer, il faut faire des économies ailleurs ». Le CEMM en appelle donc à ses troupes et, en premier lieu, à la base. Equipages et personnels à terre, quelque soit le grade, sont invités à prendre en main la réforme et à faire savoir ce qui ne va pas. « J'attends que les gens qui savent nous fassent remonter l'information pour que nous puissions identifier précisément les marges de progrès. Il faut que ça vienne de la base, de ce que souhaitent les marins. Les gens de la base doivent nous dire : Il y a telle ou telle contrainte stupide. J'attends de nos marins qu'ils soient force de proposition. Tout le monde doit se sentir concerné et les gens ne doivent pas attendre ce que vont décider les chefs à Paris ».
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Propos recueillis par Vincent Groizeleau

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