Marine Marchande
Logistique automobile : les relations entre la Chine et l’Europe se complexifient

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Logistique automobile : les relations entre la Chine et l’Europe se complexifient

Marine Marchande

Le trafic de voitures entre la Chine et l’Europe tend à se renverser. La Chine exporte plus de voitures vers l’Europe, dont les exportations se réduisent. Dans ce contexte, la logistique va jouer un rôle majeur. Un article de Ports et Corridors

Une étude réalisée par ECG (European Car Group) et Automotive par Ultimamedia montre les évolutions des échanges de véhicules entre la Chine et l’Europe. Traditionnellement, le marché chinois représente un potentiel de développement pour les constructeurs automobiles. Au cours des dernières années, la tendance s’est inversée. Les productions chinoises sont devenues plus importantes vers l’Europe que les productions européennes vers la Chine.

Des transbordements vers l’Afrique et le Moyen-Orient

Dans son étude, ECG et Automotive Ultimamedia constatent que le trafic de véhicules légers depuis la Chine vers l’Europe est passé de 190 000 unités en 2014 à 390 000 unités en 2018. Sur ces cinq ans, les exportations chinoises ont plus que doublé. Les deux experts de la logistique automobile notent cependant une précision importante. « La valeur des véhicules exportés de Chine ont pesé 590M$ en 2018, soit environ 1512$ par unité. Cela suggère qu’une grande partie de ces automobiles ne sont pas restés en Europe mais ont été transbordés pour rejoindre l’Afrique, le Moyen-Orient, l’Asie centrale et la Russie ».

Les constructeurs chinois prennent des parts en Europe

En 2019, le marché s’est encore modifié. Avec 257 000 véhicules exportés depuis l’Empire du milieu, la Chine voit ses exportations vers le vieux continent se réduire de 34%. Mais au cours de cette même période, la valeur des exportations chinoises d’automobiles a augmenté pour atteindre 1,03 Md$, soit une valeur moyenne 4007$ par véhicule. Ainsi, en un an, la valeur par unité des exportations chinoises a progressé de 165%. Pour ECG et Ultimamedia, cette augmentation de la valeur suggère qu’une plus grande partie des automobiles exportées par la Chine restent sur le sol européen.

Des flux qui régressent avec l’implantation en Chine d’usines

Les échanges d’Europe vers la Chine ont connu un sort différent. Selon les chiffres fournis par les associations de constructeurs automobiles, l’Europe a exporté plus de 600 000 véhicules légers en 2014 vers la Chine. Un flux qui s’est tari au cours des années. L’implantation d’usines de production des constructeurs européens sur le territoire chinois a ralenti les exportations. Alors, en 2019, l’Europe a exporté 470 000 véhicules vers la Chine avec une valeur 22 Md$, soit le prix moyen d’un véhicule à 45 000$.

Le déséquilibre des flux se réduit

Au global, les flux de véhicules entre la Chine et l’Europe ont basculé en faveur de la Chine en nombre mais pas en valeur. En nombre d’unités, le déséquilibre des flux entre la Chine et l’Europe s’établissait à 3,16 en faveur de l’Europe en 2014. Ainsi, l’Europe exportait 3,16 fois plus de voitures vers la Chine que la Chine vers l’Europe. En 2019, le rapport s’est atténué. Désormais, il s’établit à 1,8, tout en restant en faveur de l’Europe.

La Chine exporte des véhicules électriques

L’année 2020 a vu un bouleversement radical des échanges entre les deux continents. Les ventes de véhicules électriques construits en Chine et exportés en Europe sont en nette augmentation. La valeur des exportations de véhicules au cours de la première moitié de 2020 a progressé de 95%. D’Europe vers la Chine, la valeur des véhicules vendus a baissé de 40% sur la même période.

Le marché chinois alimenté par la production locale

Par ailleurs, indique l’étude, les prévisions de croissance du marché chinois ne devrait pas profiter aux constructeurs européens. L’installation de nombreuses usines sur le sol chinois va permettre au marché domestique de s’alimenter avec sa propre production. Le potentiel de croissance des véhicules produits en Europe devrait se faire sur les modèles haut de gamme ou de niche.

La Chine comme hub automobile

Avec les évolutions de la filière automobile, la logistique entre la Chine et l’Europe va devenir de plus en plus complexe. Les constructeurs utilisent désormais la Chine comme une base de départ pour leurs exportations à travers la planète. Ainsi, la part des véhicules commercialisés dans le monde et construits en Chine est passée de 11% en 2011 à 38% en 2019. Un exemple marquant a été l’alliance entre General Motors et le constructeur chinois SAIC pour exporter des modèles dans toute l’Asie du sud-est et aussi aux États-Unis, jusqu’aux différends commerciaux entre les deux pays.

Les Minis électriques produites en Chine

BMW, attaché à sa production bavaroise, a aussi internationalisé ses chaînes d'assemblage. L’Allemand construit depuis octobre son SUV électrique ix3 à Shenyang. Les voitures sont exportées dans le monde par le port de Dalian. Selon les première estimations, BMW aurait exporté 1600 unités en 2020 et devrait franchir la barre des 12 000 unités vendues dans le monde en 2021. Dans la même veine, BMW a décidé de créer une usine en Chine pour produire la version électrique de la Mini. Elle est aujourd’hui fabriquée à Oxford et à Leipzig. La production chinoise viendrait compléter une demande internationale importante.

L’Europe se prémunit contre une invasion chinoise

Avec General Motors et BMW, Volvo, Tesla ou encore Kia ont négocié avec des entreprises chinoises des alliances pour produire une partie de leurs modèles et notamment des versions électriques. Cette tendance signifie pour les opérateurs logistiques des changements importants. Il n’en demeure pas moins que selon les auteurs de l’étude, la Chine ne devrait pas inonder le marché européen avec les véhicules électriques. De nombreux constructeurs au rang desquels se retrouvent les principaux comme VW, PSA, Daimler, BMW ou encore Tesla construisent des usines en Européen pour produire des véhicules électriques et hybrides.

L’Europe impose des batteries socialement responsables

Les décisions des constructeurs automobiles se trouvent aussi confrontées à une nouvelle règlementation européenne. La Commission européenne a publié en décembre une nouvelle législation sur les batteries au lithium. À compter de juillet 2024, les batteries utilisées dans les véhicules devront répondre à des normes environnementales et sociales précises. Une façon, explique l’étude de ECG et Ultimamedia, de limiter considérablement l’importation de véhicules électriques produits en Chine.

La concurrence des Routes de la Soie

D’un point de vue logistique, le transfert des ventes de véhicules électriques pose un nouveau souci. Ces véhicules sont plus lourds que les voitures thermiques. « Transporter ce type de véhicules sur une longue distance risque d’être beaucoup plus coûteux », indique l’étude. Il apparaît que le ferroviaire pourrait aussi jouer un rôle dans les échanges de voitures. Actuellement, la Chine n’autorise pas le transport ferroviaire de véhicules équipés avec des batteries au lithium. En fin d’année 2019, le gouvernement a assuré vouloir assouplir les règles. Des premiers tests de transport de ce type de véhicules ont été réalisés en 2020. Cependant, les normes n’ont pas encore changé. La voie maritime reste donc encore dominante sur ces échanges mais avec un concurrent pour les modèles haut de gamme.

© Un article de la rédaction de Ports et Corridors. Copie interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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