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Londres envisagerait un autre appareil que le F-35 pour son futur porte-avions

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Londres envisagerait un autre appareil que le F-35 pour son futur porte-avions

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Selon The Times, la Royal Navy envisagerait des solutions de secours au cas où le F-35C serait trop en retard, ou trop coûteux, ou peut-être bien les deux. Ainsi, le journal britannique indique que l'amiral Trevor Soar, ancien patron de la flotte anglaise, aurait confié à des membres du groupe d'intérêts maritimes (MIG) de l'Advancing UK Aerospace, Defense & Security (ADS) qu'il était envisagé de doter la Fleet Air Arm d'avions de français Rafale Marine ou américains F/A-18 Super Hornet. L'ancien chef d'état-major de la Royal Navy se serait montré très inquiet quant au programme F-35, relayant les craintes exprimées début janvier aux Etats-Unis par le ministre britannique de la Défense, Philip Hammond. Le F-35, qui accuse déjà plusieurs années de retard et d'importants surcoûts, pourrait être encore retardé et se renchérir. Ainsi, Londres estimerait que les F-35 C devant équiper le futur HMS Prince of Wales, dont la livraison est prévue en 2019, ne pourrait être disponibles que plusieurs années après cette échéance (les premiers appareils devaient rejoindre la FAM en 2018). D'où l'étude de solutions alternative, dont l'évocation dans la presse peut aussi constituer un moyen de pression sur Washington.

F-35-C  (© : LOCKHEED MARTIN)
F-35-C (© : LOCKHEED MARTIN)

Retards et dépassements de coûts

Pour l'heure, l'amiral aurait évoqué, dans cette éventualité, une « capacité aérienne temporaire ». Mais, si Londres est contraint d'acquérir d'autres avions que le F-35 pour sa marine, on imagine mal, dans un contexte budgétaire contraint, que cette solution ne soit que temporaire. Ces derniers mois, la Grande-Bretagne s'est inquiétée à plusieurs reprises des dérives et retards du programme Joint Strike Fighter, qui a donné naissance à trois avions : Le F-35A pour les forces aériennes, le F-35 B à décollage court et appontage vertical pour les porte-aéronefs et le F-35-C pour les porte-avions à catapultes. Déjà, fin 2010, le gouvernement britannique avait renoncé au F-35B, choisissant en lieu et place le F-35C qui doit équiper les porte-avions de l'US Navy. Un choix apparemment dicté par des questions de coûts et de capacités, mais aussi, probablement, lié à l'abandon d'un second moteur qui devait être en partie développé par Rolls-Royce. Mais le F-35C, qui semblait « mieux parti », rencontrerait lui aussi, selon un rapport récemment remis au Pentagone, différents soucis techniques, dont certains sont potentiellement très problématiques.

F-35-B  (© : US NAVY)
F-35-B (© : US NAVY)

Un choix probablement en 2015

Dans le même temps, si les Etats-Unis conservent la volonté d'acquérir 2500 appareils, dont 700 pour l'US Navy et l'US Marine Corps, les livraisons vont être étalées dans les prochaines années, afin de réduire le poids financier du programme sur le budget de la défense. Dans ce contexte, les Britanniques craignent de voir la facture se renchérir et, surtout, de ne pas disposer avant longtemps de leurs avions. Déjà, le désarmement anticipé du porte-aéronefs HMS Ark Royal et de la flotte de Harrier fin 2010 provoque une perte de capacité sur une décennie, et peut-être plus car acquérir de nouveau le savoir-faire aéronaval prendra du temps, surtout qu'il faudra attendre 2019 pour voir arriver le HMS Prince of Wales (son aîné, le HMS Queen Elizabeth, livrable en 2016, a conservé son design initial, sans catapultes, piste oblique et brins d'arrêt, mais avec un tremplin. Il ne pourra donc servir que de porte-hélicoptères avant d'être probablement vendu). La Libye ayant démontré l'intérêt de disposer d'un groupe aéronaval, Londres pourrait donc faire un choix alternatif quant au groupe aérien embarqué de son futur porte-avions. A ce titre, la prochaine revue stratégique de défense, prévue en 2015, devrait être cruciale.

Rafale Marine  (© : DASSAULT AVIATION)
Rafale Marine (© : DASSAULT AVIATION)

F/A-18 ou Rafale : Des arguments dans les deux cas

Si le choix d'un nouvel avion était décidé, deux pistes sont donc évoquées ; chacune présentant des avantages. Alors que la France et la Grande-Bretagne ont signé en novembre 2010 des accords de défense prévoyant notamment la mise en oeuvre d'une force expéditionnaire commune, l'acquisition de Rafale Marine permettrait aux porte-avions franco-britanniques d'être totalement interopérables. Cela serait surtout un atout considérable en termes d'entrainement, les pilotes pouvant réaliser leurs campagnes de qualification sur l'une ou l'autre des plateformes, sans se soucier des arrêts techniques du bâtiment français ou de son homologue britannique. Une telle option constituerait néanmoins un virage stratégique pour Londres face à son partenaire d'outre-Atlantique. Et on sait les Britanniques très attachés à leur alliance avec les Américains. Cela s'explique par les liens historiques qui unissent les deux pays, à la culture très proche, mais aussi par des aspects bien plus pragmatiques.

Le F/A-18 Super Hornet  (© : US NAVY)
Le F/A-18 Super Hornet (© : US NAVY)

Ainsi, la Grande-Bretagne est par exemple très dépendante technologiquement des Etats-Unis, notamment dans le domaine de la dissuasion nucléaire (les missiles balistiques des sous-marins de la classe Vanguard sont des Trident 2-D5 américains). Dans cette perspective, l'option F/A-18 serait un « moindre mal » à un désengagement britannique éventuel du programme F-35, sans pour autant fâcher Washington. D'un point de vue technique, cette hypothèse se défend également, le Super Hornet de Boeing étant un appareil récent et éprouvé (plus de 500 avions ont déjà été produits). Elle présente aussi un autre atout politique : Le F/A-18 constituant la colonne vertébrale des groupes aériens embarqués de l'US Navy, il serait facile pour Londres d'arguer d'une acquisition provisoire avec rétrocession ultérieure à la marine américaine, renvoyant à plus tard la décision finale concernant le F-35C. La position de la Grande Bretagne est en tous cas délicate : D'un côté des impératifs budgétaires et opérationnels, de l'autre une alliance stratégique à ménager avec, de surcroît, des enjeux industriels. Car, il ne faut pas l'oublier, si le F-35 est porté par l'Américain Lockheed Martin, le programme fait aussi intervenir comme premier sous-traitant le groupe britannique BAE Systems.

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