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Lorient : Avec l’Alsace, Naval Group assemble son 117ème navire depuis 95 ans

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Lorient : Avec l’Alsace, Naval Group assemble son 117ème navire depuis 95 ans

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La future Alsace, première des deux FREMM françaises aux capacités de défense aérienne renforcées, est déjà en phase finale d’assemblage, comme en témoignent les photos illustrant cet article, que nous avons prises jeudi dernier à Lorient.

Réalisée par Naval Group, cette frégate doit être mise à l’eau en avril 2019. Elle débutera ses essais en mer au printemps 2020 et doit être livrée à la Marine nationale d’ici 2021. Une seconde unité identique, la future Lorraine, est également en construction. Ce bâtiment, qui en est au stade de la fabrication des blocs, doit rallier la flotte française en 2022.

 

Un bloc de la future Lorraine dans les ateliers lorientais de Naval Group 

Un bloc de la future Lorraine dans les ateliers lorientais de Naval Group (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

L'Alsace dans la forme de construction de Lorient 

L'Alsace dans la forme de construction de Lorient (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Suivant les six premières FREMM françaises, dont le dernier exemplaire, la Normandie, est en achèvement à flot à Lorient et sera réceptionné par la marine l’année prochaine, les futures Alsace et Lorraine, appelées FREMM DA ou FREDA, seront très voisines de leurs aînées. Longues de 142 mètres pour une largeur de 20 mètres et un déplacement d’environ 6000 tonnes en charge, elles adopteront un design similaire, à quelques détails près. La différence principale résidera dans la forme du mât, modifié à sa base pour être le plus fin possible. Objectif : réduire au maximum l’effet de masque sur l’arrière pour le radar Herakles.

 

Vue de l'Alsace avec son mât "taille de guêpe" 

Vue de l'Alsace avec son mât "taille de guêpe" (© : NAVAL GROUP)

 

L'Herakles sera sur les FREMM DA plus puissant, afin de répondre aux besoins de la défense aérienne, qui comprendra par ailleurs l’intégration d’un module spécifique dans le système de combat SETIS. Une console supplémentaire (16 au lieu de 15) sera installée au Central Opération pour permettre l’ajout d’un poste de directeur de la lutte antiaérienne de zone. La passerelle devrait, en outre, avoir une forme légèrement différente. En attendant que les dernières décisions soient prises à ce sujet, Naval Group n’a d’ailleurs pas encore découpé les emplacements des vitres sur le haut de la superstructure de l’Alsace.

En matière d’armement, la principale différence avec les six premières FREMM françaises sera l’absence de missiles de croisière navals, sauf si, ultérieurement, le développement d’un lanceur polyvalent MdCN/Aster est financé. Pour l’heure, les FREMM DA seront, comme les FREMM 5 et 6 (Bretagne et Normandie), équipées de deux lanceurs octuples Sylver A50 permettant la mise en œuvre de 32 missiles Aster 15 et Aster 30.

 

La FREMM Bretagne 

La FREMM Bretagne (© : MICHEL FLOCH)

 

Le reste de l’armement sera identique, avec 8 missiles antinavire Exocet MM40 Block3, une tourelle de 76mm, deux canons télé-opérés de 20mm et des tubes lance-torpilles pour MU90. Comme les premières FREMM, les Alsace et Lorraine seront dotées de deux brouilleurs, des lance-leurres antimissiles et anti-torpilles, un sonar d’étrave et un sonar remorqué, et pourront embarquer un hélicoptère Caïman Marine complétant notamment leurs capacités anti-sous-marines.

Il est intéressant de noter que l’Alsace est le 117ème bateau construit dans la forme de construction du site Naval Group de Lorient, à l'entrée de laquelle se trouve un grand panneau avec l'ensemble des unités qui y ont été produites depuis près d'un siècle.

 

La liste des bâtiments construits à l'entrée de la forme de construction 

La liste des bâtiments construits à l'entrée de la forme de construction (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Edifiée entre 1913 et 1919, cette infrastructure a assemblé son premier navire à partir de janvier 1923. Il s’agissait du La Motte-Picquet, l’un des trois croiseurs de la série des 8000 tonnes Washington, un bâtiment de 181 mètres mis à l’eau en mars 1924 par l’ancien arsenal morbihannais. Ce dernier a ensuite produit le plus gros bateau de guerre de son histoire avec le Tourville, second des sept croiseurs lourds de 191 mètres et 10.000 TW, mis sur cale en avril 1925 et mis à l’eau en août 1926.  

La forme a ensuite réalisé des bâtiments extrêmement variés, allant des sous-marins (Henri Poincaré et Poncelet de 1927 à 1929) aux 20 avisos français et argentins du type A69 (1972 à 1983), en passant par les contre-torpilleurs Le Fantasque et L’Audacieux (1931-34), puis dans les années 90 et 2000 les frégates du type La Fayette et leurs dérivés taïwanais et saoudiens, ainsi que le Formidable, première des six unités singapouriennes. Mais bien d’autres ont vu le jour ici : le croiseur léger Jean de Vienne (mis à l’eau en 1935), le mouilleur de mines Pluton (1929), le ravitailleur de sous-marins Jules Verne (1930), des avisos-dragueurs à la fin des années 30, le croiseur De Grasse (1946), puis dans les années 50 à 80 sept escorteurs d’escadre, des escorteurs rapides, des avisos-escorteurs, des bâtiments de soutien, les frégates Suffren, Tourville, Duguay-Trouin, De Grasse, Aconit, Cassard et Jean Bart, des patrouilleurs, des bâtiments d’essais, et navires hydrographiques. Les dernières réalisations sont les frégates de défense aériennes Forbin et Chevalier Paul, sorties de la forme de construction en 2004 et 2005, puis la série des FREMM, avec déjà six unités pour la France et deux autres pour le Maroc et l’Egypte. S'y ajoute la première corvette du type Gowind, l’Elfateh, mise à l’eau en 2016 et livrée l’année suivante à la marine égyptienne.

En 95 ans d’activité, la forme lorientaise a également servi à construire quelques navires civils. Des commandes qui permirent de relancer l’activité de l’arsenal au sortir de la seconde guerre mondiale, avec en particulier les paquebots mixtes Ville de Tunis (1949) et La Bourdonnais (1951), ainsi que quatre petits cargos, deux de 2600 tonnes en 1948, les Tell et Tefna, puis en 1950 deux autres de 3300 tonnes, les Cambraisien et Douaisien.

 

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