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Lorient La Base: Des sous-marins à la course au large
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Lorient La Base: Des sous-marins à la course au large

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Héritage funeste et colossal de la seconde guerre mondiale, la base des sous-marins de Lorient s’est révélée matrice de développement économique et touristique. Après le départ de la Marine nationale en 1997, de nombreuses entreprises et activités se sont implantées sur l’ancienne friche militaire, dans le sillage de la course au large. En vingt ans, Lorient La Base est devenu un quartier à part entière, que se sont approprié les habitants.

Hydrophone, la nouvelle salle de musiques actuelles du pays de Lorient, ouvrira ses portes à Lorient La Base au printemps prochain. Au cœur d’une cathédrale de béton, haute de 20 mètres et grande de deux hectares : le K2, l’un des trois bunkers allemands édifiés sur la rade de Lorient entre 1941 et 1943 pour mettre à l’abri les U-Boot nazis.

 

Vue aérienne de la construction de la base de sous-marins de Keroman, en 1941. (Photo Archives de Lorient/coll. AML, 9Fi50-1)

Vue aérienne de la construction de la base de sous-marins de Keroman, en 1941. (Photo Archives de Lorient/coll. AML, 9Fi50-1)

 

Outre Hydrophone, dans les différentes alvéoles du K2 se côtoient la base logistique de l’entreprise d’équipements nautiques Plastimo, les 280 places du port à sec, le sous-marin Flore et son musée… Et sur le toit, les 10 000 panneaux solaires de la plus grande ferme photovoltaïque urbaine de France. Un pôle multi-activités emblématique de la reconversion de l’ancienne base de sous-marins (BSM) lorientaise.

 

 

«Un énorme pari»

« C’était un énorme pari », reconnaît Norbert Métairie, maire de Lorient et président de l’agglomération lorientaise, à laquelle la Marine nationale a cédé les quelque 23 hectares de la BSM en 1997. La zone était propriété Défense nationale depuis 1945. Au plus fort de l’activité (escadrille des sous-marins de l’Atlantique et construction), jusqu’à 2 000 personnes (civils et militaires) y ont travaillé. « L’annonce de la fermeture de la base a été un coup dur », se souvient le maire de Lorient. « On a perdu 5 000 emplois directs ».

 

La Marine nationale a cédé les quelque 23 hectares de la BSM en 1997. La zone était propriété Défense nationale depuis 1945. Au plus fort de l’activité, jusqu’à 2 000 personnes y ont travaillé. (Photo Claude Prigent)

La Marine nationale a cédé les quelque 23 hectares de la BSM en 1997. La zone était propriété Défense nationale depuis 1945. Au plus fort de l’activité, jusqu’à 2 000 personnes y ont travaillé. (Photo Claude Prigent)

 

La démolition, envisagée par certains était « excessivement coûteuse et une ineptie sur le plan patrimonial », défend Norbert Métairie. Conserver une vocation économique et maritime à ce site s’est très vite imposé. Et les germes de la course au large ont été semés dès 2001 avec la construction du bâtiment du Défi français pour la Coupe de l’America mais aussi des hangars Groupama, Banque Populaire et Foncia. Dans la foulée, le chantier Marsaudon composites et le fabricant de mâts carbone Lorima se sont installés dans le K1.

Un port entièrement dédié à la course au large

Quinze ans plus tard, 800 personnes travaillent dans le nautisme, toutes activités confondues, à Lorient La base. Une dizaine de teams et quelque 200 marins de compétition y sont basés. « Lorient La Base est un port unique au monde : c’est le seul entièrement dédié à la course au large », souligne Christophe Baudry, président de Lorient Grand Large, l’association créée en 2010 pour organiser de l’événementiel et de la formation dans la course au large.

 

Les germes de la course au large ont été semés dès 2001 avec la construction du bâtiment du Défi français pour la Coupe de l’America mais aussi des hangars Groupama, Banque Populaire et Foncia. (PhotoFrançois Destoc)

Les germes de la course au large ont été semés dès 2001 avec la construction du bâtiment du Défi français pour la Coupe de l’America mais aussi des hangars Groupama, Banque Populaire et Foncia. (PhotoFrançois Destoc)

 

 

C’est un beau pied de nez à l’histoire : c’était un lieu de guerre ; nous en faisons un lieu de partage et d’échange, ouvert à tout le monde.

Si créer de l’habitat sur l’ancienne base des sous-marins est d’emblée exclu, la collectivité a la volonté de « rendre » aux Lorientais cet espace et ce patrimoine si longtemps fermés au public, déconnectés du reste de la ville. Dans les années 2000, sous l’impulsion de l’association Eric-Tabarly, l’idée de bâtir un musée dédié à ce marin d’exception et de rassembler les cinq Pen Duick pour les montrer au public fait son chemin. Dans le creuset de la course au large, les premières pierres de la Cité de la voile Eric-Tabarly sont posées.

Un millier d’emplois tous secteurs confondus

Le « navire amiral » touristique de Lorient La Base ouvre ses portes en 2008. Un an après que les grilles qui interdisaient l’accès de la friche militaire au public ont été définitivement enlevées. « C’est la Cité de la voile qui a donné à Lorient La Base sa visibilité, son identité auprès du grand public », explique Jean-Marc Beaumier, son directeur. « Le pari de la reconversion a été gagné parce qu’elle s’est appuyée à la fois sur l’économie mais aussi le tourisme, l’événementiel et la culture ».

 

Les Lorientais ont pris l’habitude de venir arpenter les quais et les pontons. Bars et restaurants drainent une large clientèle. Les familles goûtent les jeux et la grande esplanade. (François Destoc)

 

Aujourd’hui, plus de 200 000 personnes viennent chaque année visiter la Cité de la Voile, le sous-marin Flore et le K3. Petit à petit, les Lorientais ont pris l’habitude de venir arpenter les quais et les pontons. Bars et restaurants drainent une large clientèle. Les familles goûtent les jeux et la grande esplanade. Le public lui aussi a reconquis cette friche militaire. Et dans le sillage du nautisme, de nombreuses autres activités se sont ancrées sur l’ancienne friche militaire. « 1 000 emplois nouveaux ont été reconstitués tous secteurs confondus », indique Norbert Métairie.

« C’est une dynamique générale », ajoute Ghislain Baran, le président de MAPL, l’association gestionnaire de la salle de musiques actuelles. « Hydrophone est une plus-value pour rendre le site encore plus attractif, plus vivant… Et c’est un beau pied de nez à l’histoire : c’était un lieu de guerre ; nous en faisons un lieu de partage et d’échange, ouvert à tout le monde ».

Un article de la rédaction du Télégramme

 

Aujourd’hui, plus de 200 000 personnes viennent chaque année visiter la Cité de la Voile, le sous-marin Flore et le K3. Petit à petit, les Lorientais ont pris l’habitude de venir arpenter les quais et les pontons de La Base (François Destoc)

Aujourd’hui, plus de 200 000 personnes viennent chaque année visiter la Cité de la Voile, le sous-marin Flore et le K3. Petit à petit, les Lorientais ont pris l’habitude de venir arpenter les quais et les pontons de La Base (François Destoc)

 

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