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Lorient : L'avenir du GERBAM sent-il le roussi ?

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Lorient : L'avenir du GERBAM sent-il le roussi ?

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Habitués à l'odeur de la poudre, les 80 employés du Groupe d'Etudes et de Recherches en Balistique Armes et Munitions, à Lorient, craignent que l'avenir du site ne sente bel et bien le roussi. En pleine réflexion sur l'avenir de la Défense et les économies souhaitées dans le cadre d'une restructuration du ministère, la perspective d'une fermeture refait surface. Créé en 1830, le plus ancien centre d'essais français appartient aujourd'hui à la Délégation Générale pour l'Armement. « La volonté de la DGA est de transférer le GERBAM à la marine mais celle-ci ne veut pas des moyens d'essais et réclame sa dépollution. Il faut s'attendre à un plan social pour les personnels », affirment des responsables syndicaux. C'est une note transmise en août 2007 au cabinet du ministre de la Défense qui aurait mis le feu aux poudres. Une réunion se serait récemment tenue sur le sujet entre les administrations concernées, alors qu'une annonce pourrait intervenir au printemps. De Gâvres jusqu'à la pointe de Quiberon, le GERBAM s'étale sur 1600 hectares, dont 400 ha de terrains militaires. Le trait de côte, interdit au public lors des tirs, s'étend sur une trentaine de kilomètres.

Le GERBAM (Photo : DGA)
Le GERBAM (Photo : DGA)

Des essais pour la marine et les industriels, y compris les chantiers civils

Pour l'heure, le GERBAM affiche un plan de charge bien rempli. Il réalise des tirs d'artillerie en mer ou depuis la côte, ainsi que des entraînements au profit de l'aéronautique navale et de l'armée de l'Air. Des essais pyrotechniques sont, également, effectués à terre pour valider les munitions en matière de sécurité et de performances. Le centre s'est aussi fait une spécialité des essais de matériaux, qu'il s'agisse de coques ou de blindages, avec par exemple des tests d'incendie sur des structures navales. Ces essais permettent de vérifier les caractéristiques des matériaux et donc de déterminer la vulnérabilité des navires. Différents industriels, comme le missilier MBDA, profitent des moyens du site, tout comme des groupes du secteur civil. Ainsi, les ex-Chantiers de l'Atlantique, désormais Aker Yards, y mènent des tests sur la tenue au feu des cloisons.
Utilisatrice historique du centre, la Marine nationale se sert, par ailleurs, du GERBAM pour l'entraînement de ses commandos et fusiliers marins basés à Lorient.
D'après les informations recueillies par les représentants du personnel, la DGA envisagerait de transférer les activités liées aux essais et à l'expertise à Bourges (ETBS) et/ou à Biscarosse (CELM des Landes). « Le site serait reconverti en base d'entrainement pour les commandos et les fusiliers marins de Lanester, ainsi que pour l'aviation. Le problème, c'est qu'aujourd'hui, après les entraînements, nous assurons le nettoyage des zones. Le GERBAM a acquis des compétences environnementales et une certification ISO 14001. Sur une journée, plusieurs milliers de munitions peuvent être tirées, dont une partie ne fonctionnera pas et restera sur le terrain. Aujourd'hui, nous assurons la dépollution mais qu'en sera-t-il demain si les personnels ne sont plus là ? ».

« Au politique de trancher »

Dénonçant une éventuelle fermeture du centre, les syndicats en appellent aux élus locaux. Devant les maires, députés, conseillers généraux et régionaux, ils mettent en avant les retombées économiques et sociales du GERBAM, mais aussi certains avantages. « Nous sommes dans une zone touristique et nous avons des accords avec les communes, qui ont aujourd'hui des garanties. Aucun tir à la côte n'est, par exemple, réalisé entre le 15 juin et le 15 septembre, et durant les week-ends. De plus, hors des périodes d'activité, les accès à la zone sont relativement libres, notamment en ce qui concerne les plages. Cet accès est possible car nous assurons la dépollution du site et nous avons une responsabilité légale. Demain, s'il n'y a plus que les militaires, il y a fort à parier que, pour des raisons de sécurité, il n'y aura plus d'accès à la côte. Certaines zones pourraient en effet être stérilisées ».
Techniquement parlant, les opposants à la fermeture du GERBAM invoquent les capacités du centre et sa situation géographique. « On ne pourra pas trouver un site équivalent, d'autant que les contraintes sont lourdes pour la population. Biscarosse n'a aucune compétence en artillerie et Bourges est trop petit. Ils ne peuvent tirer qu'à 22 kilomètres et sans angle de battage important, ce qui est notre cas. Nous pouvons de plus tirer à 50 kilomètres ». Du côté de la DGA, on indique que, dans le cadre du Livre Blanc sur la Défense et la révision générale des politiques publiques, l'avenir du GERBAM est à l'étude, mais il n'est pas le seul. « Il y a une remise à plat de tous les centres de la DGA. Concernant le GERBAM, différents scénarios sont envisagés, de la conservation au sein de la DGA au transfert de technologie vers d'autres centres ». En cas de fermeture du centre d'essais, les emplois seraient redéployés au sein du ministère de la Défense, assure-t-on à la DGA, où l'on affirme que le sort du GERBAM n'est pas encore scellé : « Il n'y a que des hypothèses, aucune décision n'est encore prise. Ce sera au politique de trancher ».

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