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Lorient : L'environnement s'invite dans la bataille du GERBAM

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Il y avait le scarabée pique-prune qui bloquait l'autoroute A28. On connaît désormais le triton crêté, érigé en rempart contre la construction de l'aéroport de Notre-Dame des Landes. Mais va-t-on aussi avoir l'orchidée bretonne, arrivant à point nommé pour sauver le GERBAM ? Une variété d'orchidée rare aurait, en effet, été découverte sur le centre d'essais lorientais, menacé de fermeture dans le cadre de la restructuration du ministère de la Défense. Une aubaine pour les personnels qui font flèche de tout bois pour sauver le site de Gâvres. Créé en 1830, le centre est spécialisé dans les essais pyrotechniques et de matériaux. Il sert aussi de site d'entrainement à la marine pour les tirs d'artillerie ou l'entrainement des commandos et autres avions de combat. Dans le cadre de la réforme, toutefois, la Délégation Générale pour l'Armement envisage de transférer les activités d'essais à Bourges et Biscarosse, tout en versant le site à la marine pour que celle-ci puisse poursuivre ses exercices.

 Le GERBAM (©  DGA)
Le GERBAM (© DGA)

Si sympathique soit elle, la présence de l'orchidée de Gâvres ne devrait, cependant, pas changer grand-chose à l'affaire. C'est pourquoi les responsables syndicaux ont décidé d'enfoncer une véritable épine environnementale dans le pied du Mindef. Car le centre est intégré au périmètre Natura 2000. « Le GERBAM dispose de la certification ISO 14001. Or, dans l'esprit du Grenelle de l'environnement, si un site industriel respecte l'environnement et doit évoluer, il ne doit pas y avoir de dégradation, sauf à prouver qu'on ne peut pas faire autrement. Et, si dégradation il y a, ce ne doit surtout pas être pour des questions économiques, ce qui est le cas dans le cadre du plan de restructuration ». Forts de cette analyse, les élus de la CFDT ont écrit à Jean-Louis Borloo, ministre de l'Ecologie, afin que celui-ci interpelle son collègue Hervé Morin. « Le document d'objectif Natura 2000 rappelle le rôle bénéfique du centre d'essais pour restreindre et contenir l'urbanisation de ce littoral, aujourd'hui reconnu et valorisé par la communauté européenne, ainsi que pour préserver l'intégrité du cordon dunaire. Il souligne aussi les efforts quotidiens de ramassage des munitions tirées effectués par le centre pour garantir une dépollution et une sécurisation du site », peut on lire dans la lettre. Le syndicat met également en avant le rôle du site dans l'entretien des digues protégeant les communes de Gâvres et Riantec des effets d'envahissement par la mer. Et ces ouvrages ne sont pas indestructibles, comme on a pu le voir avec les tempêtes du mois dernier. Il faut donc, selon la CFDT, que quelqu'un puisse les entretenir et les réparer. « Cette situation démontre l'intérêt majeur de l'intervention du GERBAM pour assurer un avenir à cette partie du littoral très menacée par les éléments naturels dans le contexte des effets du changement climatique et tout particulièrement pour la commune de Gâvres qui craint de redevenir une île », explique la CFDT dans sa lettre à Jean-Louis Borloo.

 Les dégâts provoqués par les tempêtes de mars (©  DR)
Les dégâts provoqués par les tempêtes de mars (© DR)

Les élus locaux et la préfecture se seraient, de leur côté, montrés sensibles aux problèmes de dégradation, mais aussi en matière de retombées sur le tourisme. En effet, le GERBAM s'étale sur 1600 hectares, dont 400 de terrains militaires, et dispose d'un trait de côte non négligeable. Or, la CFDT met en avant le risque d'une fermeture pure et simple des accès aux plages et aux dunes si les personnels actuellement chargés du nettoyage des munitions ne sont plus là.
Enfin, ne mettant pas tous leurs obus dans le même panier, les irréductibles bretons ont alerté le ministère des Finances. Non seulement ils estiment que le départ de la DGA est une « bêtise » environnementale, mais de plus ils affirment que l'opération n'aura rien de rentable. « La DGA a réalisé une étude expliquant que le transfert des activités vers d'autres centres représenterait un gain économique. Mais ils n'ont pas pris tout en compte. Nous avons donc fait une contre expertise qui démontre que cette opération aboutira à perdre de l'argent et, comme nous l'avons indiqué à Bercy, nous sommes prêts à confronter les chiffres ».