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LPM : La marine s’en sort bien
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LPM : La marine s’en sort bien

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Il y aura toujours des grincheux pour dire que ce n’est pas encore suffisant mais, globalement, le projet de la loi de programmation militaire 2019-2025 se révèle plutôt bon pour la Marine nationale. Et par extension pour l’industrie navale française. A l’exception de quelques rares mauvaises surprises, dont le report des livraisons des drones SDAM est sans doute le principal point noir, les demandes de l’état-major sont presque toutes satisfaites. Certes, il y avait dans certains domaines urgence pour combler des trous capacitaires devenant de plus en plus problématiques. Mais l’histoire a souvent montré que le manque de moyens n’était pas toujours corrigé, loin sans faut, même s’il était d’une criante évidence.

On notera, de plus, que pour la première fois depuis très longtemps, une LPM ne réduit pas le format ou les cadences de livraison de principaux programmes navals. Certains sont même étoffés et accélérés. Au final, même si tout n'est pas parfait, la flotte et l'aéronautique navale auront d'ici 2025 fait grandement peau neuve. 

 

SNA du type Barracuda (

SNA du type Barracuda (©  NAVAL GROUP)

 

Quatre Barracuda livrés en 2025

Concernant les nouveaux sous-marins nucléaires d’attaque du type Barracuda, la LPM table sur la mise en service des quatre premiers bâtiments (Suffren, Duguay-Trouin, Tourville et De Grasse) d’ici 2025. Accusant plus de trois ans de retard, la tête de série devrait être réceptionnée par la marine en 2020. Naval Group (ex-DCNS) a déployé de très importants moyens pour absorber le retard sur les unités suivantes, avec un retour à la normale prévu à partir du troisième sous-marin. Fin 2025, selon le ministère des Armées, seuls deux des six actuels SNA du type Rubis seront encore en service. Il devrait logiquement d’agir des plus récents, les Améthystes (1992) et Perle (1993), qui sont aussi les derniers de cette classe à bénéficier d’un arrêt technique majeur. Cette opération de maintenance, qui comprend le rechargement du cœur nucléaire et donne 10 ans de potentiel aux bâtiments, a été achevée début 2017 pour l’Améthyste et sera réalisée en 2019 pour la Perle. Ces deux sous-marins seront remplacés entre 2027 et 2030 par les deux derniers Barracuda, les Rubis et Casabianca.

 

SNA du type Rubis avec un hélicoptère Caïman Marine (

SNA du type Rubis avec un hélicoptère Caïman Marine (©  MARINE NATIONALE)

 

Renouvellement confirmé des deux composantes de la dissuasion

Comme prévu, le renouvellement des deux composantes de la dissuasion nucléaire française est acté. Alors que la refonte du dernier sous-marin nucléaire lanceur d’engins qui était encore équipé de missiles M45, Le Téméraire, s’achèvera en fin d’année, la LPM prévoit la mise en service du M51.3 et le développement de la prochaine version de ce missile balistique intercontinental. La construction du premier des quatre SNLE de troisième génération (SNLE 3G) va également débuter à partir de 2020 en vue d’une mise en service de la tête de série au début des années 2030.

 

Tir de M51 depuis un SNLE du type Le Triomphant (

Tir de M51 depuis un SNLE du type Le Triomphant (©  MARINE NATIONALE)

 

Concernant la composante aéroportée de la dissuasion, à laquelle participe la flotte française avec la force aéronavale nucléaire (Fanu) embarquée sur le porte-avions Charles de Gaulle, sa modernisation passera par la rénovation à mi-vie du missile air-sol moyenne portée amélioré (ASMPA) et la poursuite des études de développement de son successeur, l’ASN 4G. On notera qu’à compter de cette année, la composante aéroportée française sera uniquement mise en œuvre par des Rafale, que ce soit dans l’aéronautique navale ou l’armée de l’Air. Le ministère des Armées ajoute que « les transmissions nucléaires permanentes, sûres et résistantes seront adaptées pour apporter la souplesse, l’allonge et la résilience nécessaires à la stratégie de dissuasion. L’adaptation des armes aux exigences opérationnelles, leur garantie d’efficacité et de sécurité nucléaires, ainsi que le renoncement de la France aux essais nucléaires imposent la poursuite du programme de simulation s’appuyant sur le laser mégajoule (LMJ), les moyens de radiographie des armes et les moyens de calcul intensif numérique. La coopération franco-britannique dans le cadre du programme TEUTATES sera également poursuivie, ainsi que la préparation du démantèlement des systèmes et des installations intéressant la défense ».

 

Le Charles de Gaulle (

Le Charles de Gaulle (©  MARINE NATIONALE)

 

Etudes pour le ou les futurs porte-avions

Concernant les porte-avions, la commande d’un nouveau bâtiment n’est pas à l’ordre du jour, mais elle n’était de toute façon pas attendue. En revanche, la LPM entérine les annonces faites par Florence Parly au Sénat en novembre dernier. Le projet de loi prévoit, ainsi, que « les études seront initiées pour définir, au cours de cette LPM, les modalités de réalisation d’un nouveau porte-avions. Elles permettront de définir en priorité le système de propulsion de ce bâtiment et les contraintes d’intégration de nouvelles technologies notamment dans le domaine des catapultes et des dispositifs d’arrêt à l’appontage. Elles devront fournir les éléments de décision relatifs à une éventuelle anticipation du lancement de sa réalisation et au format de cette composante pour garantir sa permanence ».

Une formulation très intéressante car remettant sur la table la question de la permanence de cet outil, qui passe impérativement par deux porte-avions. Elle laisse aussi ouverte plusieurs possibilités, comme le lancement de la construction d’un nouveau bâtiment avant le troisième arrêt technique majeur du Charles de Gaulle, prévu vers 2030. C’est possible sur la base des études qui vont être entreprises et si le contrat est notifié au début de la prochaine LPM. Sachant que les chantiers de Saint-Nazaire estiment le délai de réalisation d’une coque propulsée et aménagée entre 3 et 4 ans seulement à partir d’une définition préliminaire stabilisée. De là, peut se poser la question de maintenir ou non le Charles de Gaulle jusqu’en 2040, économiser son ATM 3 permettant de financer un bon tiers d’un second porte-avions neuf qui pourrait entrer en flotte vers 2025.

Maintien des compétences

Quoiqu’il en soit, l’inscription des études pour le ou les futurs porte-avions français est une excellente nouvelle pour la marine, car elle relance le projet, mais aussi et surtout pour les industriels. Ces études étaient en effet un enjeu important pour Naval Group dans le cadre des discussions autour de la LPM, l’entreprise comptant dessus pour maintenir ses compétences internes en matière de porte-avions. Il s’agit notamment de profiter pour quelques années encore de ceux qui ont travaillé sur le programme Charles de Gaulle, sur le projet avorté d’une adaptation du design britannique dans les années 2000, et des équipes qui conduisent la refonte de l’actuel bâtiment. Ces études intéressent notamment les sites de Brest et Lorient, ainsi que les chantiers de Saint-Nazaire, chargés depuis 2012 dans le cadre d’un accord avec Naval Group de réaliser toutes les plateformes de plus de 8000 tonnes produites en France.

Industriels et militaires devront notamment réétudier l’opportunité ou non de conserver une propulsion nucléaire, sachant que le ou les futurs porte-avions français seront sans nul doute plus grands que le Charles de Gaulle, dont le gabarit était contraint par les dimensions des bassins brestois. Un navire d’environ 300 mètres offrirait plus de fluidité dans les manœuvres aéronautiques en pouvant effectuer simultanément des catapultages et appontages, cela avec des catapultes plus longues (90 mètres au lieu de 75). Mais un gabarit plus important réclamera plus de puissance, de même qu’un recours probable à des catapultes électromagnétiques dans le sillage des nouveaux porte-avions américains. Il n’est donc pas certain que la France puisse cette fois mutualiser le développement de chaufferies nucléaires communes avec les SNLE comme elle l’a fait pour le Charles de Gaulle. Aller au-delà de deux chaufferies pour obtenir la puissance électrique nécessaire, ou bien concevoir des cœurs nucléaires spécifiques pourrait faire grimper sensiblement la facture, alors que l’accroissement de la taille des porte-avions français et les progrès considérables réalisés par les propulsions classiques peuvent constituer une alternative. Les études devront peser le pour et le contre des différents modes de propulsion, mais aussi tenir compte des évolutions futures de la chasse embarquée, à commencer par les drones de combat qui sont appelés à compléter les avions pilotés.

 

Rafale et démonstrateur du drone Neuron survolant le CDG (

Rafale et démonstrateur du drone Neuron survolant le CDG (©  DASSAULT AVIATION - A. PECCHI)

 

Futurs drones de combat

A ce titre, la LPM prévoit la poursuite des études du Système de combat aérien futur (SCAF), la France ayant pour mémoire initié en 2014 un programme de R&D avec

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