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LPM : La marine s’en sort bien

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Il y aura toujours des grincheux pour dire que ce n’est pas encore suffisant mais, globalement, le projet de la loi de programmation militaire 2019-2025 se révèle plutôt bon pour la Marine nationale. Et par extension pour l’industrie navale française. A l’exception de quelques rares mauvaises surprises, dont le report des livraisons des drones SDAM est sans doute le principal point noir, les demandes de l’état-major sont presque toutes satisfaites. Certes, il y avait dans certains domaines urgence pour combler des trous capacitaires devenant de plus en plus problématiques. Mais l’histoire a souvent montré que le manque de moyens n’était pas toujours corrigé, loin sans faut, même s’il était d’une criante évidence.

On notera, de plus, que pour la première fois depuis très longtemps, une LPM ne réduit pas le format ou les cadences de livraison de principaux programmes navals. Certains sont même étoffés et accélérés. Au final, même si tout n'est pas parfait, la flotte et l'aéronautique navale auront d'ici 2025 fait grandement peau neuve. 

 

SNA du type Barracuda (

SNA du type Barracuda (©  NAVAL GROUP)

 

Quatre Barracuda livrés en 2025

Concernant les nouveaux sous-marins nucléaires d’attaque du type Barracuda, la LPM table sur la mise en service des quatre premiers bâtiments (Suffren, Duguay-Trouin, Tourville et De Grasse) d’ici 2025. Accusant plus de trois ans de retard, la tête de série devrait être réceptionnée par la marine en 2020. Naval Group (ex-DCNS) a déployé de très importants moyens pour absorber le retard sur les unités suivantes, avec un retour à la normale prévu à partir du troisième sous-marin. Fin 2025, selon le ministère des Armées, seuls deux des six actuels SNA du type Rubis seront encore en service. Il devrait logiquement d’agir des plus récents, les Améthystes (1992) et Perle (1993), qui sont aussi les derniers de cette classe à bénéficier d’un arrêt technique majeur. Cette opération de maintenance, qui comprend le rechargement du cœur nucléaire et donne 10 ans de potentiel aux bâtiments, a été achevée début 2017 pour l’Améthyste et sera réalisée en 2019 pour la Perle. Ces deux sous-marins seront remplacés entre 2027 et 2030 par les deux derniers Barracuda, les Rubis et Casabianca.

 

SNA du type Rubis avec un hélicoptère Caïman Marine (

SNA du type Rubis avec un hélicoptère Caïman Marine (©  MARINE NATIONALE)

 

Renouvellement confirmé des deux composantes de la dissuasion

Comme prévu, le renouvellement des deux composantes de la dissuasion nucléaire française est acté. Alors que la refonte du dernier sous-marin nucléaire lanceur d’engins qui était encore équipé de missiles M45, Le Téméraire, s’achèvera en fin d’année, la LPM prévoit la mise en service du M51.3 et le développement de la prochaine version de ce missile balistique intercontinental. La construction du premier des quatre SNLE de troisième génération (SNLE 3G) va également débuter à partir de 2020 en vue d’une mise en service de la tête de série au début des années 2030.

 

Tir de M51 depuis un SNLE du type Le Triomphant (

Tir de M51 depuis un SNLE du type Le Triomphant (©  MARINE NATIONALE)

 

Concernant la composante aéroportée de la dissuasion, à laquelle participe la flotte française avec la force aéronavale nucléaire (Fanu) embarquée sur le porte-avions Charles de Gaulle, sa modernisation passera par la rénovation à mi-vie du missile air-sol moyenne portée amélioré (ASMPA) et la poursuite des études de développement de son successeur, l’ASN 4G. On notera qu’à compter de cette année, la composante aéroportée française sera uniquement mise en œuvre par des Rafale, que ce soit dans l’aéronautique navale ou l’armée de l’Air. Le ministère des Armées ajoute que « les transmissions nucléaires permanentes, sûres et résistantes seront adaptées pour apporter la souplesse, l’allonge et la résilience nécessaires à la stratégie de dissuasion. L’adaptation des armes aux exigences opérationnelles, leur garantie d’efficacité et de sécurité nucléaires, ainsi que le renoncement de la France aux essais nucléaires imposent la poursuite du programme de simulation s’appuyant sur le laser mégajoule (LMJ), les moyens de radiographie des armes et les moyens de calcul intensif numérique. La coopération franco-britannique dans le cadre du programme TEUTATES sera également poursuivie, ainsi que la préparation du démantèlement des systèmes et des installations intéressant la défense ».

 

Le Charles de Gaulle (

Le Charles de Gaulle (©  MARINE NATIONALE)

 

Etudes pour le ou les futurs porte-avions

Concernant les porte-avions, la commande d’un nouveau bâtiment n’est pas à l’ordre du jour, mais elle n’était de toute façon pas attendue. En revanche, la LPM entérine les annonces faites par Florence Parly au Sénat en novembre dernier. Le projet de loi prévoit, ainsi, que « les études seront initiées pour définir, au cours de cette LPM, les modalités de réalisation d’un nouveau porte-avions. Elles permettront de définir en priorité le système de propulsion de ce bâtiment et les contraintes d’intégration de nouvelles technologies notamment dans le domaine des catapultes et des dispositifs d’arrêt à l’appontage. Elles devront fournir les éléments de décision relatifs à une éventuelle anticipation du lancement de sa réalisation et au format de cette composante pour garantir sa permanence ».

Une formulation très intéressante car remettant sur la table la question de la permanence de cet outil, qui passe impérativement par deux porte-avions. Elle laisse aussi ouverte plusieurs possibilités, comme le lancement de la construction d’un nouveau bâtiment avant le troisième arrêt technique majeur du Charles de Gaulle, prévu vers 2030. C’est possible sur la base des études qui vont être entreprises et si le contrat est notifié au début de la prochaine LPM. Sachant que les chantiers de Saint-Nazaire estiment le délai de réalisation d’une coque propulsée et aménagée entre 3 et 4 ans seulement à partir d’une définition préliminaire stabilisée. De là, peut se poser la question de maintenir ou non le Charles de Gaulle jusqu’en 2040, économiser son ATM 3 permettant de financer un bon tiers d’un second porte-avions neuf qui pourrait entrer en flotte vers 2025.

Maintien des compétences

Quoiqu’il en soit, l’inscription des études pour le ou les futurs porte-avions français est une excellente nouvelle pour la marine, car elle relance le projet, mais aussi et surtout pour les industriels. Ces études étaient en effet un enjeu important pour Naval Group dans le cadre des discussions autour de la LPM, l’entreprise comptant dessus pour maintenir ses compétences internes en matière de porte-avions. Il s’agit notamment de profiter pour quelques années encore de ceux qui ont travaillé sur le programme Charles de Gaulle, sur le projet avorté d’une adaptation du design britannique dans les années 2000, et des équipes qui conduisent la refonte de l’actuel bâtiment. Ces études intéressent notamment les sites de Brest et Lorient, ainsi que les chantiers de Saint-Nazaire, chargés depuis 2012 dans le cadre d’un accord avec Naval Group de réaliser toutes les plateformes de plus de 8000 tonnes produites en France.

Industriels et militaires devront notamment réétudier l’opportunité ou non de conserver une propulsion nucléaire, sachant que le ou les futurs porte-avions français seront sans nul doute plus grands que le Charles de Gaulle, dont le gabarit était contraint par les dimensions des bassins brestois. Un navire d’environ 300 mètres offrirait plus de fluidité dans les manœuvres aéronautiques en pouvant effectuer simultanément des catapultages et appontages, cela avec des catapultes plus longues (90 mètres au lieu de 75). Mais un gabarit plus important réclamera plus de puissance, de même qu’un recours probable à des catapultes électromagnétiques dans le sillage des nouveaux porte-avions américains. Il n’est donc pas certain que la France puisse cette fois mutualiser le développement de chaufferies nucléaires communes avec les SNLE comme elle l’a fait pour le Charles de Gaulle. Aller au-delà de deux chaufferies pour obtenir la puissance électrique nécessaire, ou bien concevoir des cœurs nucléaires spécifiques pourrait faire grimper sensiblement la facture, alors que l’accroissement de la taille des porte-avions français et les progrès considérables réalisés par les propulsions classiques peuvent constituer une alternative. Les études devront peser le pour et le contre des différents modes de propulsion, mais aussi tenir compte des évolutions futures de la chasse embarquée, à commencer par les drones de combat qui sont appelés à compléter les avions pilotés.

 

Rafale et démonstrateur du drone Neuron survolant le CDG (

Rafale et démonstrateur du drone Neuron survolant le CDG (©  DASSAULT AVIATION - A. PECCHI)

 

Futurs drones de combat

A ce titre, la LPM prévoit la poursuite des études du Système de combat aérien futur (SCAF), la France ayant pour mémoire initié en 2014 un programme de R&D avec les Britanniques devant déboucher sur le développement d’un démonstrateur. « Le développement du SCAF pose les enjeux des plateformes pilotées et non pilotées pour contribuer de manière collaborative à l’ensemble des fonctions stratégiques dans les milieux les plus complexes. Ce système permettra de couvrir l’ensemble du spectre des missions de combat dans et à partir de l’espace aérien et permettra de conserver la supériorité aérienne et de conduire les opérations depuis la troisième dimension à l’horizon 2040. Le SCAF sera un système de plateformes et d’armements interconnectés (avions, drones de combat, futurs missiles de croisière et autres armements, système de commandement et de contrôle, de renseignement), centré autour d’un aéronef de combat polyvalent. Des choix concernant le type de plateforme et les pays partenaires devront être faits au cours de la LPM 2019-2025 et orienteront durablement ce programme structurant pour l’avenir de nos forces aériennes et de notre industrie aéronautique », précise le ministère des Armées.

L’aéronautique navale, qui s’intéresse comme l’armée de l’Air au SCAF, va en attendant poursuivre la modernisation et le renouvellement de ses moyens.

 

Rafale Marine sur le Charles de Gaulle (

Rafale Marine sur le Charles de Gaulle (©  MARINE NATIONALE)

 

Plus qu’un nouveau Rafale Marine attendu

La chasse embarquée sur le Charles de Gaulle, provenant des flottilles 11F, 12F et 17F, est pour mémoire uniquement constituée de Rafale Marine depuis le retrait du service des derniers Super Etendard à l’été 2016. La Marine nationale compte actuellement 41 Rafale en parc, incluant les 9 anciens avions au standard F1 retrofités au standard F3. Un 42ème appareil, le M1, n’a pas été rénové et continuera de servir de banc d’essai en vol chez Dassault Aviation. Normalement, deux autres avions devaient être livrés au titre de la quatrième tranche du programme Rafale. Toutefois, la marine nous confirme qu’elle n’attend désormais plus qu’un dernier avion à partir de 2020, au total cela portera le parc à 42 Rafale Marine (+ 1 dédié aux essais). A noter qu’après le standard F3R, qui va notamment voir l’avion doté du missile de supériorité aérienne Meteor et du nouveau pod de désignation Talios, la LPM confirme le développement d’un nouveau standard du Rafale. Le futur F4, dont le lancement des études est prévu cette année, devra notamment répondre à la problématique du développement des concepts de déni d’accès. « Ce standard permettra d’accélérer le cycle de décision et d’engagement, d’améliorer ses capacités offensives comme défensives face aux nouvelles menaces. Il permettra également d’accroître l’interopérabilité tous milieux, par une connectivité accrue, aussi bien dans un contexte national qu’interallié, d’améliorer la préparation opérationnelle et le soutien en service. Ce standard permettra enfin de renforcer l’attractivité du Rafale à l’export face à ses concurrents. Il sera cohérent des capacités apportées par la rénovation à mi-vie du missile ASMPA ».

 

E-2C Hawkeye (

E-2C Hawkeye (©  MARINE NATIONALE)

 

Trois E-2D Advanced Hawkeye commandés

Concernant les moyens de guet aérien embarqué, qui permettent d’assurer la surveillance à longue portée autour du groupe aéronaval et de coordonner les raids à longue distance de la chasse embarquée, la LPM entérine le renouvellement des trois E-2C Hawkeye de la flottille 4F, livrés en 1998, 1999 et 2004. Trois nouveaux avions du type E-2D Advanced Hawkeye, la toute dernière génération de cet appareil en train d’arriver sur les porte-avions américains, seront commandés au début de la LPM. Leur livraison est selon nos informations attendue entre 2026 et 2028. L’arrivée de ces nouveaux avions doit coïncider avec le passage de la chasse embarquée au « tout Rafale F4 » à l’horizon 2030. Prévus pour pouvoir intégrer une perche de ravitaillement en vol, les E-2D, conçus pour les évolutions vers la guerre en réseau multiplateformes et hyper-connectée, assureront la fonction « gateway » de l’aviation embarquée avec les nouveaux standards de l’aviation de combat américaine, symbolisée par le F-35. Cette capacité contribuera au maintien à long terme de l’interopérabilité avec l’US Navy et l’US Air Force. En attendant leurs successeurs, on notera que les actuels E-2C français vont être modernisés à partir de cette année.

 

Atlantique 2 (

Atlantique 2 (©  MARINE NATIONALE)

 

18 Atlantique 2 rénovés et un nouveau PATMAR à l’horizon

Bonne nouvelle également pour la patrouille maritime. Notifié en 2013, le programme de modernisation des Atlantique 2, qui portait sur une tranche ferme de 15 avions, voit confirmée sa tranche optionnelle de 3 appareils supplémentaires (que beaucoup imaginaient sacrifiée) Conformément au souhait de la marine, ce seront donc en tout 18 ATL2 qui seront rénovés afin de voler au-delà de 2030. L’avion bénéficie à ce titre d’une remise à niveau complète de son avionique et de son système de combat, ainsi que l’intégration d’un nouveau radar Searchmaster, de bouées acoustiques numériques ou encore d’un système optronique Wescam MX-20D. Le prototype, dont les essais en vol se poursuivent, est toujours prévu pour être livré en 2019, les 14 suivant d’ici 2023 et les autres avant 2025. La hausse du format de 15 à 18 avions est notamment destinée selon le ministère des Armées à « faire face à la résurgence de la menace sous-marine dans nos zones d’intérêt ».

La LPM prévoit également le lancement des études pour le successeur de l’Atlantique 2, un programme qui pourrait faire l’objet d’une coopération internationale. On rappellera en effet qu’en juin dernier, sous l’égide de l’OTAN, l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne, la France, la Grèce, l’Italie et la Turquie ont signé une lettre d’intention en vue d’étudier la possibilité de développer ensemble un nouvel avion de patrouille maritime. La LPM prévoit en tous de notifier une commande en ce sens d’ici 2025 et si possible un début de réalisation, avec une cible d’au moins 12 nouveaux avions opérationnels en 2030.

 

Falcon 200 Gardian (

Falcon 200 Gardian (©  DASSAULT AVIATION)

 

Lancement du programme AVSIMAR

Concernant la surveillance maritime, les cinq vieux Falcon 200 Gardian basés en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie française vont enfin être remplacés. La LPM entérine en effet le lancement du programme AVSIMAR (avions de surveillance et d’intervention maritime), avec une cible finale de 13 appareils en 2030 et une première commande de 7 avions sur la LPM, dont les 3 premiers seront livrés en 2024 et 2025. On rappellera que Dassault Aviation est candidat avec son nouveau Falcon 2000 MRA sur ce programme, qui permettra également de remplacer les 4 ATL2 uniquement employés dans des missions de surveillance maritime et, à terme, les 8 Falcon 50 dont dispose la Marine nationale.

 

Le Falcon 2000 MRA (

Le Falcon 2000 MRA (©  DASSAULT AVIATION)
 

Plus que 7 Caïman Marine à livrer

En matière d’hélicoptères, le renouvèlement des Super Frelon (déjà effectué) et des Lynx (encore 16 en parc) s’achèvera en 2021 avec la livraison du 27ème et dernier Caïman Marine. Le 20ème exemplaire de cette version française du NH90 NFH a été livré en décembre dernier. Alors que deux autres sont attendus cette année, les efforts se poursuivent avec les industriels afin d’augmenter la disponibilité encore trop faible de cet appareil. On rappellera à ce titre que face à une problématique globale de maintenance des aéronefs militaires français, le ministère des Armées a décidé en 2017 de réorganiser profondément le MCO aéronautique.  

 

Caïman Marine survolant la rade de Toulon (

Caïman Marine survolant la rade de Toulon (©  MARINE NATIONALE)

 

HIL : 49 pour la marine mais un programme retardé

Concernant le futur programme d’hélicoptères interarmées léger, il va falloir attendre. En mars 2017, alors qu’il était encore ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian avait tenté de faire avancer les premières livraisons de HIL de 2028 à 2024, assortissant sa décision du choix de la plateforme, en l’occurrence le nouveau H160 d’Airbus Helicopters. Le changement de calendrier n’a toutefois pas été acté par la nouvelle LPM, qui renvoie les livraisons de HIL au-delà de 2025.  L’actuelle loi prévoit néanmoins la notification du programme d’ici la fin de la période qu’elle couvre et fixe la cible à 169 appareils, dont 49 pour la Marine nationale. Ils permettront de remplacer au sein de la l’aéronautique navale les Alouette III (encore 19 en parc), les Panther (16), les Dauphin Pedro (3) ainsi que les 8 Dauphin dits de « service public ».

 

Alouette III (

Alouette III (©  MARINE NATIONALE)

 

Location de Dauphin pour remplacer temporairement les Alouette III

Les antiques Alouette III, dont 19 sont encore en parc et certaines volent depuis 50 ans, ne peuvent toutefois pas attendre. La LPM entérine donc la volonté de la marine de louer d’ici 2020 une quinzaine d’hélicoptères de la famille Dauphin auprès d’un opérateur privé pour remplacer les Alouette III de la série 319. Une solution transitoire qui va s’ajouter à l’externalisation des missions assignées aux 7 machines de la série 316 (les premières à être retirées) au profit de l’Ecole de spécialisation sur hélicoptères embarqués rattachée à l’escadrille 22S (ESHE/22S). Un contrat de location vient d’être notifié en ce sens à la filiale française du groupe belge NHV, qui fournira dans le cadre d’un marché courant de début 2018 à fin 2023 quatre SA365/H155 loués sans équipage.

 

Le SDAM avec des frégates FREMM et FTI (

Le SDAM avec des frégates FREMM et FTI (©  NAVAL GROUP)

 

Glissement des livraisons des 15 drones SDAM

Enfin, pour refermer ce chapitre sur les moyens aériens de la flotte française, celle-ci va aussi devoir attendre pour voir arriver les nouveaux SDAM (systèmes de drones aériens pour la marine). Il était prévu que les premiers de ces drones à voilure tournante devant équiper les frégates et patrouilleurs hauturiers soient livrés à partir de 2023 pour équiper les nouvelles frégates de taille intermédiaire (FTI). Mais les inévitables arbitrages en matière d’investissements dans les équipements n’ont pas été favorables à cette capacité. La LPM confirme certes la commande de 15 SDAM pour la marine, mais les livraisons sont reportées « d’ici 2028 ». La notification d’un important contrat de R&D à Airbus Helicopters et Naval Group en décembre dernier va néanmoins permettre de développer sans attendre des prototypes de cet engin. Basés sur le VSR 700, conçu sur la cellule de l’hélicoptère léger Cabri G2 de la société Hélicoptères Guimbal, le nouveau drone de 750 kilos doit réaliser un appontage totalement automatique sur une frégate de la marine en 2021.

 

La FREMM Aquitaine (

La FREMM Aquitaine (©  NAVAL GROUP)

 

FREMM et FTI : Format et calendrier confirmés

Dans le domaine des frégates, justement, les programmes FREMM et FTI sont confirmés dans leur format et leur calendrier actuel. Alors que la cinquième FREMM, la Bretagne, sera livrée cet été, la sixième, baptisée Normandie, rejoindra la flotte en 2019. Les deux dernières de la série, dotées de capacités de défense aérienne renforcées (radar Herakles plus puissant, système de combat adapté, cellules pour 32 missiles Aster 30), s’y ajouteront en 2021 (Alsace) et 2022 (Lorraine).

La première des cinq nouvelles frégates de taille intermédiaire est quant à elle maintenue pour une livraison en 2023, une seconde étant réceptionné par la marine d’ici 2025. Les autres doivent toutes être opérationnelles au plus tard en 2030. 

 

Vue des futures FTI (

Vue des futures FTI (©  NAVAL GROUP)
 

DAMB pour les Forbin et Chevalier Paul

Admises au service actif en 2010 et 2011, les frégates de défense aérienne Forbin et Chevalier Paul (type Horizon) voient quant à elles leur refonte à mi-vie repoussée à la prochaine LPM, même si la notification du contrat est prévue d’ici 2025. Le chantier, qui devrait finalement être réalisé vers 2027, portera sur la rénovation du système de combat. L’actuelle LPM prévoit le lancement des études d’intégration de missiles Aster 30 Block 1 NT sur ces frégates, qui sont appelées à disposer avec cette nouvelle arme adoptée par l’armée de l’Air pour le SAMP-T NG (commande des Aster 30 B1NT à compter de 2022) d’une capacité de défense anti-missile balistique.

 

La frégate Chevalier Paul (

La frégate Chevalier Paul (©  MARINE NATIONALE)

 

On rappellera que les Horizon sont pour le moment dotées de lanceurs permettant d’embarquer 16 Aster 15 et 32 Aster 30, avec une réserve de place pour 16 missiles supplémentaires. Dans le cadre de leur refonte, il sera également question du radar de conduite de tir, le remplacement de l’EMPAR par une version musclée du nouveau Sea Fire prévu sur les FTI étant une possibilité. Mais il devrait également y avoir des discussions avec les Italiens, avec lesquels la France a développé les Horizon et qui comptent eux aussi intégrer l’Aster B1NT sur les deux frégates de ce type en service dans la Marina militare.

 

Le Guépratte, du type La Fayette (

Le Guépratte, du type La Fayette (©  MARINE NATIONALE)

 

Seules trois La Fayette seront modernisées

Concernant les cinq frégates du type La Fayette, mises en service entre 1996 et 2001, comme on pouvait s’en douter, seules trois seront modernisées entre 2020 et 2022. Les travaux porteront notamment sur l’ajout d’un sonar de coque et le remplacement du système surface-air Crotale par deux lanceurs Sadral récupérés sur les frégates Dupleix, Montcalm et Jean de Vienne (les deux premières étant déjà désarmées et la troisième devant être retirée du service l’été prochain). Les deux La Fayette qui ne seront pas rénovées ne prendront toutefois leur retraite qu’après 2025.

Subtilité autour du format des frégates de premier rang

Sur le papier, le format contesté du dernier livre blanc sur la défense (2013), qui visait 15 frégates de premier rang pour la Marine nationale (contre 24 en 2008), est maintenu. C’est donc à priori un échec pour les marins, qui alignent aujourd’hui 17 frégates et ont tenté ces derniers mois, compte tenu des besoins opérationnels croissants, de faire rehausser ce nombre à 18.

Mais le maintien d’une cible à 15 frégates de premier rang est en réalité un trompe l’oeil. D’abord, la LPM retarde de cinq ans l’application de cet objectif, fixé à 2025 par le dernier Livre Blanc et renvoyé cette fois à 2030 autour d’un parc comprenant 2 FDA, 8 FREMM et 5 FTI. Dans les faits, la rénovation de trois La Fayette, qui permettra de maintenir ces bâtiments au moins jusqu’en 2030, va permettre à la marine de conserver son format actuel sur plus d’une décennie, avec la possibilité de remonter au front en 2025 et en 2030 pour espérer la commande de trois frégates neuves supplémentaires. C’est plutôt malin de la part de l’état-major, qui savait ne pouvoir obtenir tout ce qu’il demandait et parvient, grâce à cet habile compromis, à préserver l’avenir.

 

L'ex-aviso LV Lavallée (

L'ex-aviso LV Lavallée (©  MARINE NATIONALE)

 

Priorité au renouvellement des patrouilleurs

Car il y avait plus urgent, en l’occurrence le renouvellement tant attendu et plusieurs fois retardé des patrouilleurs.  Après la mise en service en 2016 et 2017 des deux patrouilleurs légers guyanais (PLG) ayant remplacé les vieux P400 La Capricieuse et La Gracieuse, le programme des bâtiments de surveillance et d’intervention hauturiers (BATSIMAR) devait permettre de remplacer par une quinzaine d’unités semblables tous les autres patrouilleurs basés en métropole et outre-mer. A savoir les 9 ex-avisos du type A69, mis en service entre 1980 et 1984), les deux derniers P400 (La Glorieuse et La Moqueuse) datant de 1987, l’Arago (1991), Le Malin (ex-palangrier de 1997 surpris en flagrant délit de pêche illicite en 2004, saisi et converti en patrouilleur 2009), ainsi que les patrouilleurs de service public Flamant, Cormoran et Pluvier, opérationnels depuis 1997. On ne comptera pas L’Adroit, prototype d’une nouvelle gamme d’OPV réalisé sur fonds propres par Naval Group et mis à disposition de la marine depuis 2011 en attendant sa vente à l’export.

D’ici l’an prochain, deux avisos (Commandant l’Herminier et Lieutenant de Vaisseau Lavallée) doivent être désarmés, le retrait du service du Lieutenant de Vaisseau Le Hénaff étant prévu en 2020. Mais c’est dans les territoires ultramarins, où les unités se comptent sur les doigts d’une main, que la situation est la plus critique. A Nouméa, les P400 n’iront pas beaucoup plus loin, de même que l’Arago en Polynésie. Cela, alors que le non remplacement de patrouilleurs déjà désarmés fait dire à la marine qu’elle ne dispose que de la moitié des moyens nécessaires pour surveiller correctement les zones économiques exclusives des territoires ultramarins.

 

Patrouilleur du type PLG (

Patrouilleur du type PLG (©  MER ET MARINE)

 

7 nouveaux patrouilleurs pour l’Outre-mer

Dans ces conditions, il fut décidé l’an dernier d’abandonner le programme BATSIMAR, qui ne pouvait voir le jour avant 2024 si l’idée d’une plateforme unique était maintenue pour remplacer l’ensemble des patrouilleurs français. En lieu et place, il y a aura deux nouvelles séries de navires, une dédiée à l’outre-mer et l’autre à la métropole. Alors qu’une unité supplémentaire du type PLG, livrable en 2019 par Socarenam, a été commandée en 2017 pour renforcer les moyens navals stationnés aux Antilles suite au passage de l’ouragan Irma, six bâtiments dérivés vont être notifiés. Attendus entre 2022 et 2024, ces patrouilleurs d’outre-mer (POM) pourraient être un peu plus gros que les PLG et dotés d’une plateforme pour la mise en œuvre de drones. Ils seront basés en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française et à La Réunion, à raison d’une paire pour chacun de ces territoires.

10 patrouilleurs hauturiers métropolitains

Parallèlement, 10 patrouilleurs hauturiers pour la métropole seront commandés, les deux premiers exemplaires devant être livrés en 2024 et 2025. Le design de ces bâtiments n’est pas arrêté mais ils devraient avoir un gabarit voisin de celui de L’Adroit, soit environ 90 mètres pour 1500 tonnes de déplacement. On rappellera que ce programme fait partie des pistes envisagées pour une nouvelle coopération franco-italienne.

En tout, la marine va donc disposer de 19 nouveaux patrouilleurs, soit un de plus que ce qu’elle souhaitait et même quatre si l’on tient compte du format pressenti sous la précédente législature pour BATSIMAR. Ces moyens vont également arriver plus vite puisqu’à la fin de la LPM, en 2025, 9 nouveaux patrouilleurs (7 POM et 2 PHM) seront entrés en flotte, contre 4 seulement prévus avant la révision du renouvellement de cette composante de la marine.   

Quant aux six frégates de surveillance du type Floréal, mises en service entre 1992 et 1994, leur modernisation doit permettre à ces bâtiments basés outre-mer de naviguer jusqu’à la fin de la prochaine décennie. Leur remplacement, à l’horizon 2030, devra être abordé au cours de la LPM suivante.

 

L'Orion, l'un des 11 CMT français (

L'Orion, l'un des 11 CMT français (©  JEAN-LOUIS VENNE)

 

Nouveaux moyens de guerre des mines

La nouvelle loi de programmation militaire verra également le renouvellement des moyens de guerre des mines et de lutte contre les engins explosifs improvisés (IED) maritimes, ces derniers constituant l’une des facettes de la menace terroriste. C’est le programme SLAM-F (système de lutte anti-mine futur) qui va porter sur le remplacement des 11 chasseurs de mines tripartites (CMT) mis en service entre 1984 et 1988 (1996 pour le Sagittaire) par un système basé sur l’emploi de drones. A ce titre, quatre bateaux-mères doivent être réalisés ainsi que 8 systèmes d’engins autonomes comprenant des drones sous-marins (AUV) pour la détection et la localisation de mines, ainsi que des drones de surface (USV), ces derniers mettant en œuvre un sonar remorqué et des robots télé-opérés (ROV) dédiés à l’identification et la destruction des mines. SLAM-F comprend dans le même temps deux autres volets, avec 5 nouveaux bâtiments bases de plongeurs démineurs (BBPD) et le développement d’un nouveau système de gestion de la guerre des mines.

 

Le Vulcain, l'un des quatre actuels BBPD (

Le Vulcain, l'un des quatre actuels BBPD (©  MARINE NATIONALE)

 

Apparemment discuté un temps, le format de SLAM-F est finalement maintenu, même si le ministère des Armées indique que le nombre de bateaux-mères pourrait éventuellement varier en fonction du modèle retenu. Côté calendrier, le système de drones, qui fait l’objet d’un programme en coopération avec le Royaume-Uni (MMCM), verra ses essais débuter fin 2018 en vue d’une qualification en 2019. Le système comprend pour mémoire un AUV du type A27 d’ECA, un USV dérivé de l’Halcyon, engin de 11 mètres développé par la société britannique ASV, un sonar remorqué (T-SAS) et son antenne SAMDIS à ouverture synthétique avec système d’imagerie multi-aspect, fournis par Thales, ainsi que des ROV MuMNS conçus par le groupe suédois Saab.

 

 

La LPM prévoit que, d’ici la fin 2025, deux des quatre bateaux-mères, quatre des huit systèmes de drones et trois des cinq nouveaux BBPD seront livrés. A cette date, il ne restera plus que cinq CMT en service dans la Marine nationale, les quatre BBPD actuels ayant été désarmés.

 

Le bâtiment hydrographique Borda, du type La Pérouse (

Le bâtiment hydrographique Borda, du type La Pérouse (©  MICHEL FLOCH)

 

Remplacement des bâtiments hydrographiques

Le principe de bateaux-mères mettant en œuvre des drones a également été retenu pour le renouvellement des bâtiments hydro-océanographiques aujourd’hui en service. Il s’agit des trois vieilles unités du type La Pérouse datant de 1988/89, puis ensuite du Beautemps-Beaupré, mis en service en 2003. Annoncé à l’occasion de la présentation du projet de LPM, le programme CHOF (capacité hydrographique et océanographique future) sera lancé en 2023. Comme on l’explique au sein de la Marine nationale, « il ne s’agit pas de remplacer nombre pour nombre les bâtiments hydrographiques d’ancienne génération mais de disposer d’une capacité d’ensemble permettant aussi bien d’assurer les relevés hydrographiques que la préparation et la conduite des opérations navales dans les zones de déploiement ».

Ce qui est présenté comme une approche capacitaire de « systèmes de systèmes » porte pour le moment, selon la LPM, sur la construction de deux nouveaux BHO, ainsi que quatre systèmes de drones et de nouveaux capteurs. L’un des deux bâtiments doit être en service d’ici la fin 2025, le second ainsi que les quatre systèmes de drones étant livrés au cours de la LPM suivante.

 

Frégate allemande ravitaillée par le BCR Marne (

Frégate allemande ravitaillée par le BCR Marne (©  MARINE NATIONALE)

 

Quatre nouveaux bâtiments logistiques

Alors que la flotte de projection amphibie et aéromobile conserve un format à trois BPC, les Mistral, Tonnerre et Dixmude, mis en service entre 2006 et 2012, l’une des très bonnes nouvelles de la LPM réside dans le programme Flotte Logistique (FLOTLOG). Ce dernier va permettre de remplacer enfin les vieux bâtiments de commandement et de ravitaillement Var (1983), Marne (1987) et Somme (1990). Comme l’avait laissé entendre Emmanuel Macron lors de ses vœux aux Armées, prononcés à Toulon le mois dernier, le format est rehaussé de trois à quatre unités. Ce n’est vraiment pas un luxe pour cette composante très sollicitée, sur laquelle repose notamment la capacité opérationnelle du groupe aéronaval lors de ses déploiements. Quatre nouveaux bâtiments logistiques vont donc être commandés en début de LPM en vue d’une livraison de la tête de série vers 2023 et de son premier sistership en 2024/2025. A cette date, seul un vieux BCR sera encore opérationnel mais il devrait être rapidement remplacé avec l’arrivée des troisième et quatrième unités du programme FLOTLOG. Ce sera pour mémoire l’objet d’une coopération franco-italienne (enfin officialisée par la France), avec une adaptation du design développé par Fincantieri pour le Vulcano, nouveau ravitailleur de la Marina militare livrable en 2019. Les bâtiments français sortiront quant à eux des chantiers de Saint-Nazaire.

 

Vue du futur bâtiment logistique Vulcano (© DR)

Vue du futur bâtiment logistique Vulcano (© DR)

 

Un bâtiment collecteur de renseignement supplémentaire

Dans le cadre de la modernisation et du renforcement des moyens dédiés à la fonction « connaissance et anticipation », le bâtiment collecteur de renseignements Dupuy de Lôme, opérationnel depuis 2006, va bien avoir du renfort. Ce ne sera toutefois pas deux nouveaux navires, comme avait pu le penser suite au discours du président de la République à Toulon, mais un seul pour le moment. Ce programme est à ce stade désigné sous le nom de BLSR, pour « bâtiment léger de surveillance et de renseignement ». Que signifie le « léger » ? Mystère, le projet n’étant pas encore « arrêté », indique-t-on de sources militaires. Pas de date très précise non plus sur la livraison de ce bateau, qui sera commandé pendant la LPM mais dont la mise en service interviendra ensuite, quelque part entre 2026 et 2030.  

 

Le Dupuy de Lôme (

Le Dupuy de Lôme (©  MICHEL FLOCH)

 

Programmes en achèvement et renouvellement des petites unités

Pour finir sur la flotte, on rappellera que des programmes sont en cours d’achèvement, comme celui des quatre bâtiments multi-missions (B2M) dont le dernier exemplaire, le Dumont d’Urville, sera livré fin 2018 par Kership. La société commune de Piriou et Naval Group va également terminer d’ici la fin 2019 les bâtiments de soutien et d’assistance hauturiers (BSAH) Rhône, Seine et Garonne, qui rejoindront la Loire, arrivée à Toulon fin 2017.

 

Le B2M Champlain (

Le B2M Champlain (©  MARINE NATIONALE)

Le BSAH Loire (

Le BSAH Loire (©  FRANCIS JACQUOT)

 

De nombreux autres marchés sont également en cours où vont être rapidement notifiés afin de renouveler de petites unités. On pense en particulier à la batellerie avec une douzaine de nouveaux chalands de transport de matériels, aux futurs intercepteurs blindés des fusiliers-marins (une douzaine également prévue), à de nouvelles vedettes et autres engins de servitude (remorqueurs, pousseurs, chalands, bateau-pompe…)

Futurs missiles

En matière d’équipements, on notera que la LPM prévoit un lancement en 2024 des programmes destinés à renouveler les capacités existantes dans le domaine des missiles de croisière aéroportés et des missiles antinavires. La France et le Royaume-Uni ont confirmé l’an dernier leur volonté de coopérer sur une future famille de missiles de frappe en profondeur. Il d’agit de remplacer, d’ici 2030, les Scalp EG/ Storm Shadow mis en œuvre par la Royal Air Force, ainsi que l’armée de l’Air et l’aéronautique navale françaises, mais aussi de l’Exocet pour la Marine nationale et du Harpoon américain employé par la Royal Navy. Le Futur missile antinavire et le Futur missile de croisière (FMAN/FMC) franco-britanniques ne seront pas identiques mais devront partager, pour réduire les coûts et faciliter leur mise en oeuvre, le plus de « modules » possible. Si le programme avance suffisamment vite, le FMAN pourrait notamment équiper les FTI à partir de la troisième ou quatrième unité, les premières recevant comme les actuelles frégates des Exocet MM40.

Faisant lui aussi l’objet d’une coopération franco-britannique, le missile antinavire léger aéroporté (ANL) est toujours mentionné par le ministère de la Défense. Toutefois, comme il doit équiper le futur HIL Marine, aucune commande n’est pour le moment programmée compte tenu du glissement du programme des nouveaux hélicoptères.

Torpilles et systèmes d’information et de communication

Alors que la marine recevra au cours de la LPM un lot de nouvelles torpilles lourdes F21 (programme Artemis), destinées à équiper les SNLE et SNA, ses systèmes d’information et de communication seront comme les autres armées modernisés, à l’image du réseau Internet Protocol de la force aéronavale (RIFAN). Le système de communication Syracuse IV sera mis en service et complété d’ici 2030 par un troisième satellite. A l’image des autres forces spéciales françaises, les commandos marine (5 unités de combat et 2 d’appui) verront eux aussi leurs moyens modernisés.

 

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(©  MARINE NATIONALE)

 

Contrat opérationnel

En termes de contrat opérationnel, l’« Ambition 2030 » telle que présentée par la LPM, stipule qu’en matière de gestion des crises et d’intervention, « les armées pourront être engagées dans la durée et simultanément sur trois théâtres d’opération, avec la capacité à assumer le rôle de nation-cadre sur un théâtre et à être un contributeur majeur au sein d’une coalition ».

En volume cumulé de forces, cela représente, pour la marine, la mobilisation du porte-avions (hors arrêt technique majeur) avec son groupe aérien, ainsi que des capacités amphibies incluant 1 à 2 BPC. Les escortes prévues comptent jusqu’à 6 frégates et 1 patrouilleur, jusqu’à 3 avions de patrouille maritime (ATL2), 1 à 2 bâtiments logistiques, 1 SNA et un groupe de guerre des mines.

Les forces françaises devront également pouvoir être engagées « dans une opération majeure de coercition, tout en maintenant un niveau d’engagement adapté sur les théâtres de gestion de crise déjà ouverts. Dans ce cadre, les armées devront être capables de mener, en coalition, sur un théâtre d’engagement unique, une opération à dominante de coercition, dans un contexte de combats de haute intensité. Elles pourront assumer tout ou partie du commandement de l’opération et auront la capacité, dans les trois milieux, de participer à une opération d’entrée en premier sur un théâtre de guerre. Cette hypothèse d’intervention se caractérise par un engagement majeur aux côtés de nos alliés ».

Dans un tel scénario, la Marine nationale devra pouvoir mobiliser « une capacité de commandement de force navale à la mer, une force navale composée du porte-avions (hors arrêt technique majeur) avec son groupe aérien, ainsi que 2 BPC, disposant de moyens de commandement à la mer et d’accompagnement intégrant jusqu’à 8 frégates (FREMM, FDA ou FTI), 2 SNA de type Barracuda, 5 avions de patrouille maritime et des moyens de guerre des mines et de ravitaillement à la mer ».

 

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(©  MARINE NATIONALE)

 

Hausse des effectifs

Côté personnel, les effectifs de la Marine nationale, aujourd’hui de 39.000 militaires et près de 3000 civils, vont croître sur la durée de la LPM, le nombre exact de postes supplémentaires n’étant pas encore connu car faisant l’objet de discussions entre les différentes armées. La LPM prévoit en tous cas pour l’ensemble du ministère la création de 6000 postes entre 2019 et 2025. 1500 sont destinés au renseignement et 1500 autres à la cyberdéfense et l’action dans l’espace numérique. Environ 750 nouveaux postes viendront renforcer « la résilience du ministère des Armées en matière de sécurité et de protection » et 400 l’accompagnement aux exportations. « Le solde permettra de répondre entre autres aux besoins des unités opérationnelles et de leur environnement, en améliorant les conditions de soutien des forces, en particulier au profit du service de santé des armées, et du service du commissariat des armées ».

Améliorer les conditions de vie des militaires et de leurs familles

Enfin, au-delà des équipements, formats et contrats opérationnels, la nouvelle loin de programmation militaire met l’accent sur l’amélioration de la condition de vie des militaires et de leurs familles. C’est un élément très important pour les hommes et femmes des Armées, qui ont vu ces conditions se dégrader au fil des années.

Les efforts vont passer par une multitude d’actions concrètes, par exemple faciliter les déménagements, trouver des solutions de logement dans les zones de tension locatives, installer le Wifi sur les quais et dans les foyers, créer des places de crèche pour les enfants... Un soutien renforcé au profit des militaires blessés ou malades en service et des familles des militaires morts au combat est également prévu.

 

 

Marine nationale