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LPM : Quelles conséquences pour la marine et les industriels ?

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LPM : Quelles conséquences pour la marine et les industriels ?

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Le projet de Loi de Programmation militaire a été présenté hier en Conseil de ministres. On en sait maintenant plus sur le déroulement des programmes jusqu'au début des années 2020. Ainsi, de nouvelles études vont être lancées concernant le projet de second porte-avions, dont la décision portant sur la construction sera prise en 2011 ou 2012. D'ici là, les industriels, à commencer par DCNS et STX France, travailleront sur l'architecture du nouveau bateau, en particulier sur la propulsion, y compris nucléaire. Comme prévu, le premier sous-marin nucléaire d'attaque du type Barracuda sera livré en 2017 et six bâtiments de ce type seront construits. La cadence est pour ainsi dire maintenue, avec un étalement de seulement six mois sur l'ensemble du programme. Le second SNA sortira de Cherbourg deux ans et demi après le premier et les suivants rejoindront la Marine nationale au rythme d'une unité tous les deux ans.

Dernière FREMM opérationnelle en 2022

Le programme des frégates multi-missions (FREMM) va, quant à lui, voir son application retardée. L'Aquitaine, tête de série en cours de construction à Lorient, sera bien livrée en 2012 mais la seconde frégate, la Normandie, ne sera opérationnelle qu'en 2014. D'un rythme de production d'un bâtiment tous les 7 mois, la cadence du programme va passer à un bateau tous les 10 à 12 mois. En tout, 11 FREMM seront réalisées, dont deux en version antiaérienne, les livraisons s'échelonnant jusqu'en 2022. Après la commande des 8 premières fin 2005, la notification des 3 suivantes est prévue dans le budget 2009.

Les Cassard tiendront tant bien que mal jusqu'en 2020

Destinées à remplacer les frégates antiaériennes Cassard et Jean Bart (1988 et 1991), les FREDA vont faire l'objet d'études pour adapter la plateforme des FREMM anti-sous-marines à cette nouvelle mission. Les bâtiments devraient être dotés de missiles Aster 30, d'un radar de veille multifonctions plus puissant et d'un système de combat adapté à la défense aérienne. Selon les prévisions du ministère de la Défense, elles ne devraient toutefois pas rejoindre la flotte avant 2020. Cette livraison tardive va poser un vrai problème car le système d'armes des Cassard, déjà très ancien, sera vraisemblablement périmé bien avant cette date. Pour assurer la couverture antiaérienne et anti-missile du groupe aéronaval et des groupes amphibies, la marine ne pourra vraiment compter au milieu de la prochaine décennie que sur ses deux nouvelles frégates Horizon, un effectif jugé très insuffisant par les spécialistes.

200 Scalp Naval, 300 MU90 et rénovation en 2015 des Scalp EG

La LPM, qui comprend les équipements devant être commandés entre 2009 et 2015, prévoit l'acquisition de 60 missiles de croisière Scalp Naval en plus des 50 déjà commandés à MBDA. Le cible est aujourd'hui de 200 missiles, contre 250 initialement prévus. Ces engins seront embarqués sur les FREMM à partir de 2013 et sur les Barracuda en 2017. La version tirée depuis avions (Mirage 2000 et Rafale) du missile, le Scalp EG, bénéficiera d'un programme de rénovation en 2015. En tout, 400 missiles seront mis à niveau par MBDA et réceptionnés entre 2018 et 2021. Ces munitions sont mises en oeuvre, depuis porte-avions, par les Rafale Marine. Alors que la marine vient de réceptionner sa 100ème torpille légère du type MU90, 200 autres seront opérationnelles d'ici 2011, ce qui permettra de renouveler le parc mis en oeuvre sur frégates, avions de patrouille maritime et hélicoptères de lutte anti-sous-marine. La MU90 équipera notamment les NH90, dont la première flottille est espérée en 2011. D'ici là, une solution de substitution est à l'étude pour faire face à la rupture capacitaire des Super Frelon, chargés du sauvetage hauturier.

Deux nouveaux BPC pour remplacer la Foudre et le Siroco

Le remplacement des transports de chalands de débarquement du type Foudre, mis en service en 1988 et 1998, sera lancé au cours de la prochaine décennie. Deux bâtiments de projection et de commandement de nouvelle génération seront commandés pour être opérationnels à l'horizon 2020. Ils s'ajouteront aux BPC Mistral et Tonnerre, livrés par DCNS en 2006 et 2007.
En matière de guerre des mines, la succession des actuel chasseurs sera assurée au cours de la prochaine décennie. Le système anti-mines futur (SLAF) reposera sur des drones de surface et sous-marins mis en oeuvre depuis des bâtiments bases. Le projet fait l'objet de recherches en coopération au sein de l'Agence Européenne de Défense (AED). La livraison d'une première capacité est attendue à la fin des années 2010.

Pas de nouveaux ravitailleurs avant 2017

Enfin, concernant le renouvellement de la flotte logistique, les pétroliers-ravitailleurs du type Durance ont encore de belles années devant eux. Leur remplacement par quatre nouvelles unités polyvalentes, capables d'assurer le ravitaillement en combustible, carburant aviation, vivres et munitions, ainsi que le soutien et quelques réparations, n'est prévu qu'entre 2017 et 2020.

Conséquences industrielles et sociales des étalements

Concernant les SNA du type Barracuda, les craintes sont dissipées à Cherbourg. L'étalement est, en effet, insignifiant à l'échelle du programme entier. En revanche, la situation serait plus délicate à Lorient, où la réduction du rythme de production des frégates aura inévitablement un impact sur le plan de charge prévu jusqu'ici. A Paris, la direction de DCNS assure que cet étalement « peut être géré sans plan social ». Les nombreux départs naturels - de l'ordre de 400 à 500 par an - qui ne seraient renouvelés qu'au deux tiers ces prochaines années, devraient en effet permettre au groupe de surmonter cette difficulté. On ne pourra, en revanche, peut être pas en dire autant des sous-traitants bretons qui se sont mobilisés pour l'exécution du programme FREMM. A Lorient, les répercussions seraient déjà perceptibles. « Il y a déjà des effets sur les boites privées. Dès l'annonce de la LPM, on a dit à des sous-traitants qu'ils travaillaient jusqu'à la fin de la semaine mais que ce n'était pas la peine de revenir lundi prochain. Ils seront peut être rappelés dans le courant de l'hiver », affirmait hier, avec inquiétude, un délégué du personnel. « C'est d'autant plus grave que de nombreux sous-traitants travaillent à la fois pour DCNS et les Chantiers de l'Atlantique. Or, ce n'est pas non plus la joie à Saint-Nazaire avec l'annulation de la construction d'un paquebot dont on parle en ce moment. Si ça va mal sur les deux grands pôles de construction de l'ouest, les sous-traitants n'ont plus qu'à mettre la clé sous la porte », assure ce dernier.