Marine Marchande
L’un des pionniers du Transmanche sous les chalumeaux

Focus

L’un des pionniers du Transmanche sous les chalumeaux

Marine Marchande

Le dernier des quatre car-ferries qui ont marqué l’histoire du Transmanche vient d’être « beaché » à Aliaga en Turquie où il va être démoli. Un peu d’histoire avec Marc Ottini pour retracer la carrière de ce quatuor. 

En 1974 et 1975, le chantier danois Aalborg Vaerft construit et livre à la compagnie britannique Townsend Thoresen les Viking Valiant, Viking Venturer, Viking Voyager et Viking Viscount, des unités de 6400 tonneaux de jauge brute longs de 128,71 mètres, large de 19,81 et d’un tirant d’eau de 4,50 mètres. Prévus à l’origine pour embarquer 1000 passagers et 260 automobiles, ils sont déployés entre Calais ou Zeebrugge et Douvres. En 1989, Townsend Thoresen devient P&O European Ferries et les navires sont rebaptisés puis déplacés sur d’autres lignes. Entre-temps, en 1986, les Viking Valiant et Viking Venturer subissent une impressionnante transformation chez Schichau Unterweser à Bremerhaven, en Allemagne. Une première mondiale qui consiste à augmenter la capacité des navires. Mais en les agrandissant en longueur ? en largeur ? en hauteur ? En fait, ils sont découpés dans tous les sens à savoir la longueur, la largeur mais aussi la hauteur et ils ressortent du chantier au bout de quelques mois totalement métamorphosés, offrant une silhouette on ne peut plus particulière. Avec une capacité passée à 1316 passagers et 380 voitures, ils prennent les noms de Pride of Le Havre et Pride of Hampshire pour être alignés entre le port normand et Portsmouth jusqu’en 1994.

 

Le Pride of Winchester (ex-Viking Viscount) à Cherbourg en 1992 (© MARC OTTINI)

Le Pride of Winchester (ex-Viking Viscount) à Cherbourg en 1992 (© MARC OTTINI)

 

Remplacés par les nouveaux Pride of Le Havre (ex-Olau Hollandia) et Pride of Portsmouth (ex-Olau Britannia) ils sont alors transférés un peu plus à l’ouest vers le port du Cotentin. Le Pride of Hampshire conserve son nom tandis que le premier Pride of Le Havre devient le Pride of Cherbourg. Avec un marché en pleine croissance, ces deux « jumbos » remplacent poste pour poste les anciens Pride of Winchester et Pride of Cherbourg qui n’étaient autres que les Viking Viscount et Viking Voyager. Ces derniers sont cependant restés dans leur version d’origine. Le Pride of Winchester est vendu à l’armement grec Lane Sea Lines, devenant le Vitsentzos Kornaros – nom d’un écrivain crétois d’origine vénitienne (1553-1613) jusqu’à ce mois d’avril 2020.

 

Le Vitsentzos Kornaros en octobre 2012 au Pirée en partance vers Milos, Agios Nikolaos, Sitia, Kithira, AntiKithira, Githio, Kalamata et Kisamos (© MARC OTTINI)

Le Vitsentzos Kornaros en octobre 2012 au Pirée en partance vers Milos, Agios Nikolaos, Sitia, Kithira, AntiKithira, Githio, Kalamata et Kisamos (© MARC OTTINI)

Le Vitsentzos Kornaros au Pirée en mai 2013 (© MARC OTTINI)

Le Vitsentzos Kornaros au Pirée en mai 2013 (© MARC OTTINI)

Le Vitsentzos Kornaros au Pirée en mai 2016 (© MARC OTTINI)

Le Vitsentzos Kornaros au Pirée en mai 2016 (© MARC OTTINI)

En mai 2017, l’un des derniers départs du Pirée en direction des îles grecques. Quelques semaines plus tard, il était victime d’une avarie de machines (© MARC OTTINI)

En mai 2017, l’un des derniers départs du Pirée en direction des îles grecques. Quelques semaines plus tard, il était victime d’une avarie de machines (© MARC OTTINI)

 

En 1994, le Pride of Cherbourg prend pendant quelques mois le nom de Pride of Cherbourg II, avant de partir sous le soleil des îles Canaries pour Lineas Fred Olsen en tant que Banaderos. En 2000, au sein du même armement, il devient le Barlovento. Puis cinq années plus tard, il rejoint la Mer Egée pour Saos Ferries sous le vocable de Samothraki. Déclaré en faillite, Saos Ferries vend l’ancien Viking Voyager aux démolisseurs d’Aliaga en 2011. Ce même site qui a reçu il y a quelques jours son sister-ship Vitsentzos Kornaros, ancien Viking Viscount désarmé à Salamine depuis l’été 2017, date à laquelle il fut victime d’une grosse avarie de machines qui scella son sort.

 

Le Pride of Cherbourg (n°1) est devenu le Barlovento en 2000 sous les couleurs de Lineas Fred Olsen (© DIRK NOTENBOOM)

Le Pride of Cherbourg (n°1) est devenu le Barlovento en 2000 sous les couleurs de Lineas Fred Olsen (© DIRK NOTENBOOM)

 

Quant aux deux « jumbos » dont la longueur avait été portée à 143,66 mètres et la largeur à 23,47 mètres, avec deux ponts supplémentaires, ils ont été vendus en 2002 à l’armement égyptien El Salam Maritime pour naviguer en mer Rouge entre l’Egypte et l’Arabie Saoudite. Le Pride of Cherbourg devenu Pride of Cherbourg II pendant quelques semaines a été renommé Pride of Al Salam 1. Le Pride of Hampshire a suivi sous le nom de Pride of Al Salam 2.

 

Le Pride of Al Salam 2 à Sète en 2002 peu après sa vente. On peut remarquer sous les couleurs bleues de P&O Ferries les modifications reçues lors des transformations (© MARC OTTINI)

Le Pride of Al Salam 2 à Sète en 2002 peu après sa vente. On peut remarquer sous les couleurs bleues de P&O Ferries les modifications reçues lors des transformations (© MARC OTTINI)

 

En dehors de leur navigation en Mer Rouge, tous deux sont affrétés par la CoMaNav en 2003 pour assurer la route Sète-Nador. Puis l’année suivante, ils reviennent pour la saison estivale affrétés sous les noms de Nador et Oujda. Entre 2005 et 2010, on a pu revoir l’ex-Pride of Cherbourg comme Mogador.  Puis, pour terminer une carrière plus que parallèle, ils finissent échoués sur la plage d’Alang (Inde) en 2010 sous les noms donnés par la CoMaNav.

 

Le Oujda à quai à Port Tawfiq en juillet 2008 sous les couleurs de la CoMaNav (© MARC OTTINI)

Le Oujda à quai à Port Tawfiq en juillet 2008 sous les couleurs de la CoMaNav (© MARC OTTINI)

Le Mogador arborant les couleurs de la CoMaNav dans ses cheminées en Mer Rouge en juin 2009 (© MARC OTTINI)

Le Mogador arborant les couleurs de la CoMaNav dans ses cheminées en Mer Rouge en juin 2009 (© MARC OTTINI)

 

La propulsion de ces navires, assez particulière, reposait sur trois moteurs diesel Stork Werkspoor : deux de 8 cylindres et un de 9 cylindres développant au total 10655 Kw (14500 ch) entraînant deux hélices à pas variable et donnant une vitesse de 21 nœuds.

Après une carrière pleine de 42 ans, le Vitsentzos Kornaros aura été démoli pour ses 45 ans.        

Texte et photos : Marc Ottini