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Macron : Retour sur sa première immersion dans la dissuasion
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Macron : Retour sur sa première immersion dans la dissuasion

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Le président de la République a donc effectué, mardi à la pointe Bretagne, un déplacement consacré à la dissuasion nucléaire. Au-delà du gros succès remporté sur les réseaux sociaux par l’image d’un Emmanuel Macron suspendu au-dessus d’un sous-marin lors de son hélitreuillage à bord du Terrible, que reste-t-il de cette visite ? A vrai dire, assez peu de choses puisque le président, qui s’était rendu au préalable sur l’île Longue, la base des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) français située en face de Brest, n’a pas eu d’interaction avec les journalistes présents au cours de ce déplacement. Il a même, selon l’un de nos confrères, consciencieusement évité la presse, celle-ci étant apparemment proche ce jour-là du mode « plante verte » et n’a guère pu que constater, à bonne distance, comment le président était attentif aux explications des marins et allait à la rencontre des personnels de la base pour échanger une poignée de main et quelques mots. Sans doute, dit-on, la volonté de laisser le champ libre médiatiquement à son premier-ministre, Edouard Philippe, qui prononçait le même jour son discours de politique générale devant l’Assemblée nationale.

Troisième président à embarquer sur SNLE

François Hollande, quand il avait fait cet habituel passage des présidents à Brest, il y a 5 ans, avait embarqué bien plus discrètement - sur Le Terrible également –  l’Elysée se fendant d’un communiqué, affirmant notamment qu’il était venu pour « montrer sa détermination à préserver la dissuasion afin qu'elle soit respectée parce qu'elle est l'outil de notre intégrité, de notre souveraineté ».

Emmanuel Macron n’a quant à lui fait aucune déclaration, n’a prononcé aucun discours, il n’y a pas eu de communiqué et, à l’issue de son tour de l’île Longue, le chef de l’Etat a rejoint les silencieuses profondeurs de l’Atlantique pour quatre heures de plongée après une heure de vol en Caïman Marine, le nouvel hélicoptère de l’aéronautique navale. On rappellera que ce n’est pas la première fois qu’un président embarque sur un SNLE. Valéry Giscard d'Estaing l’avait fait en 1974 au départ de l'Île-Longue et le premier à tenter l’aventure de l’hélitreuillage fut François Hollande, en juillet 2012. A son arrivée à bord, il s’était d’ailleurs cogné la tête assez lourdement, rappelle Le Télégramme, et était revenu avec un pansement sur le front…

« Nécessaire permanence »

Concernant Emmanuel Macron, seule son équipe a distillé quelques éléments sur cette visite : « Le président de la République a souhaité se rendre à l’île Longue pour rencontrer celles et ceux qui œuvre à la nécessaire permanence de la dissuasion française et qui font écho à sa détermination à garantir les intérêts vitaux de la France ». L’embarquement sur un SNLE répondait quant à lui à la volonté du chef de l’Etat de « mesurer ce qu’il ordonne, d’où la plongée et la simulation ». Simulation d’un tir de missile(s) balistique(s) qui s’est déroulée en présence d’Emmanuel Macron sur Le Terrible. De ces éléments fournis par son entourage, on retiendra quand même - mais sans surprise - le lien direct toujours établi entre la dissuasion et les intérêts vitaux du pays. Pas question donc de remettre en cause cette capacité dont seules quelques nations disposent. « La nécessaire permanence » renvoie quant à elle logiquement au maintien d’une flottille de quatre SNLE, le minimum requis pour avoir la certitude de disposer à tout moment, même en cas d’aléas technique ou d’accident, d’un sous-marin opérationnel en patrouille, mission qu’assure depuis plus de 40 ans la Marine nationale.

Dans l’attente d’un discours sur la doctrine

Alors qu'une revue stratégique a été initiée, on reste donc dans l’attente d’un grand discours sur la dissuasion nucléaire, autre exercice normalement obligé pour chaque président, afin de réaffirmer la doctrine de la France dans ce domaine, ou l’infléchir. Cela avait été le cas en 2006 lorsque Jacques Chirac avait officialisé l’évolution stratégique liée à la fin de la guerre froide. Compte tenu des changements géostratégiques et sécuritaires, il avait été décidé, au-delà du concept historique de dissuasion « du faible au fort », d’étendre le champ possible d’une riposte aux Etats recourant au terrorisme pour s’en prendre aux intérêts vitaux de la France, aux attaques non seulement atomiques, mais également chimiques ou bactériologiques ; ainsi qu’aux pays qui « envisageraient » d’utiliser des armes de destruction massive contre la France, ouvrant la voie à l’idée de frappes préventives.

Evoquer la « nécessaire permanence » de la dissuasion et son lien direct avec la protection des intérêts vitaux du pays semble démontrer que le président est attaché à cette capacité et devrait donc, logiquement, faire ce qu’il faut pour maintenir sa crédibilité, ce qui passe par la nécessaire poursuite de sa modernisation.

Le programme des nouveaux sous-marins sur les rails

Cela, au moment où la France va être amenée à faire des choix budgétaires et que, comme c’est régulièrement le cas, certains ne manqueront pas de s’attaquer à la dissuasion, qu’il s’agisse de son coût ou de sa pertinence. Le sujet est d’autant plus sensible que le programme de renouvellement des actuels SNLE a été discrètement lancé fin 2016 et, même si les nouveaux sous-marins ne seront mis en service qu’au cours des années 2030, le poids financier de ce programme dans le budget dévolu aux armées va s’alourdir dans les années qui viennent avec la phase de réalisation.

Ces futures unités, appelées SNLE 3G, remplaceront les quatre SNLE actuellement en service au sein de la Force océanique stratégique (FOST) : Le Triomphant (mis en service en 1996), Le Téméraire (1999), Le Vigilant (2004) et Le Terrible (2010), des bâtiments de 138 mètres et plus de 14.000 tonnes en plongée, équipés chacun de 16 missiles balistiques pour une puissance totale pouvant atteindre près de 1000 fois la bombe d’Hiroshima. Le Terrible a été dès l’origine équipé du nouveau missile intercontinental M51, d’une portée donnée à 9000 kilomètres et pouvant emporter jusqu’à 6 têtes nucléaires, la nouvelle TNO ayant été mise en service l’an dernier. Les trois autres SNLE étaient à l’origine équipés de M45 mais ils sont à tour de rôle refondus M51 et au passage modernisés, en particulier au niveau du système de combat et des senseurs. Ce chantier de très grande ampleur, mené à bien en 2013 sur Le Vigilant et en 2016 sur Le Triomphant, a débuté en septembre dernier sur Le Téméraire, qui devrait reprendre son cycle opérationnel en 2018.

L’instabilité mondiale redonne du poids au nucléaire

Sur le plan géostratégique, la dissuasion a pu paraitre, après l’effondrement du bloc soviétique, moins nécessaire. Aujourd’hui, la donne change face à une instabilité mondiale croissante, la démultiplication des zones de tensions pouvant déboucher sur des crises et même des conflits de haute intensité, le réarmement de nombreuses puissances et l’acquisition par certains Etats d’inquiétantes capacités militaires. Le jour même du déplacement d’Emmanuel Macron à Brest, la Corée du nord annonçait par exemple avoir réalisé son premier tir d’essai d’un missile intercontinental, le Hwasong-14, qui pourrait avoir une portée de 6000 kilomètres (il n’a parcouru que 950 km pendant le test du 4 juillet). Même si de nombreuses questions restent en suspens quant aux performances réelles de cette arme et sa capacité à déployer une ogive nucléaire, la menace est bien réelle. Les Etats-Unis et la France ont d’ailleurs réclamé un durcissement des sanctions à l’encontre du régime de Pyongyang et vont déposer en ce sens un projet de résolution au Conseil de sécurité de l’ONU.

C’est donc dans un contexte international très lourd et incertain, en Asie comme ailleurs, qu’Emmanuel Macron a fait sa première plongée dans la dissuasion nucléaire. Un déplacement visant à mieux connaitre cet outil militaire ultime et parfaire la stature de chef des armées du nouveau locataire de l’Elysée.

Une grosse bourde

On notera enfin que cette visite a aussi donné lieu à une grosse bourde. On ne rentrera pas dans les détails mais disons que suffisamment d’informations ont été données et montrées mardi pour savoir aisément quel sous-marin est en mer actuellement. 

- Voir notre dossier « 45 ans de patrouille pour les SNLE français »

 

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