Histoire Navale
Maillé-Brézé, le dernier escorteur d'escadre

Reportage

Maillé-Brézé, le dernier escorteur d'escadre

Histoire Navale

Construit à l'époque où la flotte française alignait encore des cuirassés, le Maillé-Brézé devenait il y a tout juste 30 ans un musée naval à flot et ouvrait à Nantes sa coupée au public. Une seconde vie pour le bâtiment, qui venait d'achever 31 ans de service (1957-1988) au sein de la Marine nationale et sera l'unique escorteur d’escadre d’après-guerre sauvé de la déconstruction. « C’est vrai qu’avec nous, le Maillé-Brézé a doublé sa durée de vie prévue», confie Xavier Guillet, de l’association Nantes Marine Tradition, propriétaire et gestionnaire du musée naval, le seul en France permettant de découvrir un ancien bâtiment de premier rang.

Aujourd’hui, nous vous proposons une visite chargée d’histoire de celui qui est devenu le dernier escorteur d’escadre français après la déconstruction des Duperré et La Galissonnière en 2015. 

 

Le Maillé-Brézé en 2016 (© BERNARD PREZELIN)

Le Maillé-Brézé en 2016 (© BERNARD PREZELIN)

 

Effort de reconstruction après guerre

Le Maillé-Brézé fait partie de la classe T47, qui comprend 12 unités (Surcouf, Kersaint, Cassard, Bouvet, Dupetit-Thouars, Chevalier Paul, Maillé-Brézé, Vauquelin, D’Estrées, Du Chayla, Casabianca et Guépratte) construites durant les années 50. Ils seront suivis des cinq T53 (Duperré, La Bourdonnais, Forbin, Tartu et Jauréguiberry) et enfin d’un navire unique du type T56 (La Galissonnière). Ce sont donc 18 escorteurs d’escadre de classes différentes qui ont rejoint les rangs de la Marine nationale à cette époque, dans un effort de modernisation et de standardisation (20.000 à 30.000 tonnes sont annuellement mises en chantier entre 1953 et 1956). Le matériel utilisé était alors majoritairement d’origine américaine, anglaise et allemande. La classe T47 est la première à voir le jour dans les chantiers nationaux après la fin du conflit et participe à ce titre à la remontée en puissance de l’industrie navale du pays. L'historien Philippe Vial indique que le programme a été financé à hauteur de près de 40% par les États unis - qui lancent en 1947 le fameux plan Marshall - au titre du soutien aux alliés européens dans la lutte contre le bloc soviétique.

 

L'escorteur d'escadre Surcouf (©  MARINE NATIONALE)

L'escorteur d'escadre Surcouf (©  MARINE NATIONALE)

 

Quatre chantiers ont été mis à contribution, deux privés et deux arsenaux. Brest et Lorient, habitués à la réalisation de navires de surface sont bien évidemment de la partie avec respectivement cinq et sept bateaux. Pour les privés, on retrouve deux acteurs traditionnels d’avant-guerre, les Forges et Chantiers de la Gironde à Bordeaux et les Ateliers et Chantiers de Bretagne à Nantes. Ils se voient confier par l'Etat la réalisation de trois bateaux chacun.

Portant le numéro de coque D 627, le Maillé-Brézé est nommé en l’honneur de Jean Armand de Maillé, Marquis de Brézé, Duc de Fronsac, originaire de la région de Saumur. Cette ville du Val de Loire sera d’ailleurs la marraine du bâtiment. Sa mise sur cale intervient en octobre 1953 à Lorient. Mais la construction prend du retard à cause de problèmes de livraison sur les machines (chaudières et groupes turbo-réducteurs). Finalement, la mise à l’eau se déroule le 2 juillet 1955, simultanément à celle du Vauquelin, réalisé dans la même cale. Après sept mois d’armement, le Maillé-Brézé débute ses essais en février 1956. Il est admis en recette le 9 mars 1956, près d’un an et demi après la date prévue initialement. En février 1957, il réalise dans le cadre de ses essais une « croisière en pays froid » avec l’escorteur rapide Le Bourguignon. Elle l'emmène jusqu’aux confins de la Norvège, à Hammerfest. La même année, le bâtiment rejoint Toulon pour finalement être admis en service actif le 4 mai. Incorporé dans la 1ère Flottille d’escorteurs d’escadre, il évoluera essentiellement en Méditerranée jusqu’en 1967, date à laquelle il entre en refonte anti-sous-marine.

 

La cloche du Maillé-Brézé (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

La cloche du Maillé-Brézé (© MER ET MARINE - MATTHIAS ESPERANDIEU)

 

Une coque longiforme pour un équipage nombreux

Comme tous ses congénères, le Maillé-Brézé partage un certain nombre de caractéristiques techniques lors de sa mise en service. Il est ainsi pourvu d’une coque en acier soudé très longiforme (avec l’utilisation de blocs préfabriqués), mesurant 128.7 mètres de long pour seulement 12.7 de large. « En mer, le bateau n’était pas réellement confortable, il avait tendance à beaucoup rouler », dit Xavier Guillet. La poupe arrondie est classique des bateaux de l’entre-deux-guerres, les T47 étant d'ailleurs les héritiers des contre-torpilleurs qui les ont précédés. Son déplacement est de 2750 « tonnes Washington », soit à peu près de 3700 tonnes à pleine charge.

 

Le Maillé-Brézé à Saint-Nazaire (© NMT)

Le Maillé-Brézé à Saint-Nazaire (© NMT)

 

Les superstructures sont réalisées en alliage léger d’aluminium et de magnésium AG5. Il n’y a pas de pont continu couvert s’étendant sur tout le long du navire. De même, la passerelle originale des escorteurs d'escadre est une « baignoire » découverte. Ce

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