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Maintenance des sous-marins nucléaires: Les performances au rendez-vous

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Sur les abords des bassins Missiessy, à Toulon, ouvriers et techniciens s’affairent autour de l’Améthyste. Le sous-marin nucléaire d’attaque, l’un des six que possède la marine, vient d’être remis à flot. Cette étape marque la dernière ligne droite avant son retour à la vie opérationnelle prévu mi-décembre. Le SNA est en pleine période d’Indisponibilité Programmée pour Entretien et Réparation (IPER). Cette opération de maintenance particulièrement lourde, qui dure 14 mois, intervient tous les 8 ans. Le sous-marin est alors totalement vidé. « Il faut tout sortir et tout vérifier, de la coque aux instruments électroniques en passant par les réseaux électriques. Pour cela, trois brèches permettent de débarquer le matériel », explique François Revaud, chef du département des sous-marins nucléaires à DCN Services Toulon. Pour bien comprendre ce que représente cette « grande révision des 100 mois », il faut imaginer que 63.000 pièces sont traitées, dont 15.000 pour la chaufferie nucléaire. Cette dernière est extraite du submersible à l’aide d’un atelier mobile d’intervention (AMI) qui vient se positionner juste au dessus de la brèche d’accès au compartiment moteur. Dans une situation de totale étanchéité, les 32 éléments combustibles du cœur sont sortis et acheminés vers le vaste hangar adjacent, où ils sont vérifiés et rechargés en piscine. Le réacteur lui-même (6 mètres de hauteur pour 3 de diamètre) est démonté pièce par pièce. Manutention très sensible, le chargement et le déchargement des installations nucléaires prend 5 jours.

DCN Payé à la disponibilité

Si ce type de travaux ne date pas d’hier, depuis deux ans, les marins français connaissent une petite révolution dans l’entretien de leurs navires. Conséquence du changement de statut des anciens arsenaux, DCN, devenue entreprise de droit privé, a signé en 2003 sont premier contrat de maintien en condition opérationnelle (MCO) payé à la disponibilité et non plus au travail réalisé. En clair, l’entreprise s’engage à assurer à la marine un nombre de jour de mer donné pour ses SNA. Si ce niveau n’est pas atteint, elle n’est tout simplement pas payée. Pour Bernard Planchet, directeur de DCN Services Toulon : « Avant, nous faisions de la réparation. Aujourd’hui, nous vendons de la disponibilité. Pour y parvenir, il a fallu optimiser les travaux de maintenance et anticiper au maximum les avaries ». Au delà des passages au bassin, DCN assure un suivi permanent. A bord des submersibles, plus de 1000 critères sont vérifiés et notés chaque semaine. C’est en fonction du résultat, comme à l’école, que l’entreprise est payée et, à l’instar des examens, il existe des notes éliminatoires pour les grosses avaries. « Ce mode de fonctionnement a nécessité un changement radical du management interne. Le fait que la marine nous confie la responsabilité de l’opération de A à Z nous permet d’optimiser le travail tout en baissant les prix. Nous avons même créé un service de hotline avec des techniciens joignables 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 ».

Les sous-marins n’ont jamais été autant à la mer

Par les temps qui courent, un discours si positif peut paraître étonnant. Le patron de DCN Services Toulon a-t-il l’autosatisfaction facile? Le seul moyen d’en avoir le cœur net, c’est de demander directement à l’utilisateur. Pour cela, nous avons rencontré le capitaine de frégate Stephan Meunier, commandant du SNA Rubis. Son bateau est sorti cet été d’une courte période d’entretien. « Pour DCN, c’est un gros challenge car ce navire date du début des années 80 et il faut le maintenir à un niveau de performance très élevé. Le nouveau système de MCO fonctionne beaucoup mieux et de façon très pragmatique avec le listing hebdomadaire ». Pour le pacha du Rubis, comme pour l’Etat major de la marine, les chiffres sont éloquents. Il y a quelques années, la flotte alignait péniblement la moitié de ses SNA à la mer. Il est même arrivé qu'une seule des six unités soit disponible. En juin dernier, cinq bâtiments étaient en même temps en opération. Du jamais vu de mémoire de sous-marinier.


Naval Group (ex-DCNS)