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Mali : La France lance l'opération Serval contre les djihadistes

Les différentes composantes de l’armée française sont engagées au Mali contre les forces terroristes contrôlant le nord du pays. Déclenchée le 11 janvier, l’opération Serval, du nom d’un petit félin du désert, vise à casser l’offensive lancée quelques jours auparavant par les djihadistes contre l’armée malienne. Une avancée vers le sud qui a surpris par son ampleur et menaçait de faire s’effondrer tout le pays, qui serait entièrement tombé sous la coupe des groupes terroristes comme Aqmi. Répondant à la demande d’assistance du président malien Dioncounda Traoré et avec le soutien des chefs d’Etat d’Afrique de l’ouest, la France a donc lancé ses forces dans la bataille. Vendredi après-midi, des hélicoptères Gazelle de l’Aviation Légère de l’Armée de Terre (ALAT), armés de canons de 20mm et de missiles antichar Hot, ont lancé un raid à partir du Burkina Faso, où une unité aéromobile est déployée. L’objectif était une colonne qui se dirigeait vers la ville de Mopti et l'aéroport voisin de Sévaré. Quatre véhicules ont été détruits et les djihadistes ont été contraints de battre en retraite. Mais, au cours de cet engagement, un pilote français du 4ème Régiment d’Hélicoptères de Combat (4ème RHC) de Pau - ou 4ème Régiment d'Hélicoptères des Forces Spéciales comme le suggèrent certains de nos confrères spécialisés dans la défense aéroterrestre - a été grièvement blessé, semble-t-il par des tirs d’armes légères. Le lieutenant Boiteux est parvenu, selon l'armée de Terre, à rejoindre avec son hélicoptère et son équipage l’hôpital le plus proche, à Mopti, mais il a succombé, des suites de ses blessures.

 

 

Hélicoptères de combat Gazelle ( © EMA)

 

 

Frappes aériennes depuis le Tchad

 

 

Dans la nuit de vendredi à samedi, puis ce samedi, les forces françaises ont poursuivi leurs attaques. Après les hélicoptères, les avions de combat de l’armée de l’Air basés à N’Djamena, au Tchad, à plus de 2800 km du centre du Mali, sont également intervenus pour neutraliser, à l’arrière du front, les moyens de commandent et le soutien logistique des forces terroristes. Un poste de commandement et des hangars abritant du matériel ont, ainsi, été détruits. Ces frappes nocturnes ont été réalisées par quatre Mirage 2000D du « groupement air » du dispositif Epervier, avec l’appui de deux avions ravitailleurs C135. « Profitant d’une relève programmée des Mirage 2000D, il avait été décidé de retarder le retour des chasseurs vers la France et de les conserver à N’Djamena. Ce sont ainsi actuellement, en plus des deux Mirage F1 CR, six Mirage 2000D (au lieu de deux à trois habituellement, ndlr), trois C135 (au lieu de un), un C130 Hercule et un C160 Transall qui arment le groupement air de la force Epervier », précise l’Etat major des Armées.

 

 

Bombes fixées sur Mirage 2000D à N'Djamena ( © EMA)

 

Mirage 2000D sur la base d'N'Djamena ( © EMA)

 

Mirage 2000D ( © EMA)

 

Ravitaillement en vol d'un Mirage 2000D par un C135 ( © EMA)

 

Ravitaillement en vol d'un Mirage 2000D par un C135 ( © EMA)

 

 

De précieux moyens de renseignement

 

 

Pour mener à bien l’opération Serval, la France dispose également, sur place, de moyens de renseignement, comprenant notamment des avions de patrouille maritime Atlantique 2 de la Marine nationale. Alors que le déploiement éventuel d’un drone de surveillance de type Harfang est parfois évoquée, les militaires français s’appuient aussi sur les satellites d’observation, à commencer par la nouvelle constellation Pléiades  qui, selon l’amiral Guillaud, chez d’état-major des armées, « fonctionne formidablement bien », sauf bien entendu quand une tempête de sable masque les objectifs. Grâce à ces capacités de surveillance et de renseignement, Paris a été alertée de la concentration de troupes et de véhicules en vue d'une offensive vers le sud du pays, organisée et coordonnée par les groupes Ansar Eddine, AQMI et le MUJAO selon deux axes, vers les villes de Mopti et de Diabali. En dehors des moyens déjà cités, l’armée française dispose également dans la région d’unités du Commandement des Opérations Spéciales (COS), qui peuvent intervenir dans le domaine du renseignement comme de l’action. Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense, a également précisé samedi que les forces aériennes basées en France, notamment des Rafale, étaient en alerte.

 

 

Atlantique 2 ( © MARINE NATIONALE)

 

Vue d'artiste de l'un des deux satellites de la constellation Pléiades ( © ASTRIUM)

 

 

Envoi de plusieurs centaines de soldats à Bamako et Mopti

 

 

L’intervention militaire française n’est, toutefois, pas uniquement aérienne. Plusieurs centaines de soldats sont en cours de déploiement au Mali. Ces compagnies d’infanterie ont pour mission de sécuriser Bamako, la capitale, de protéger les ressortissants, notamment français (ils sont 5 à 6000 au Mali) et d’aider l’armée malienne à repousser l’offensive des rebelles islamistes. Ces renforts sont venus du Tchad, où 200 militaires français du « groupement terre » d’Epervier ont été projetés à Bamako par les avions de transport Hercule et Transall basés à de N’Djamena. Ce « sous-groupement » est, selon l’EMA, armé par des marsouins du 21e régiment d’infanterie de marine de Fréjus (21e RIMa) et un peloton de légionnaires du 1er Régiment Étranger de Cavalerie d’Orange (1er REC). En France, c’est une compagnie du 2e régiment d’infanterie de marine (2e RIMa), stationné à Auvours, qui a été désignée pour rejoindre Bamako dans la journée du 12 janvier et renforcer le dispositif.

Pour l’heure, la ligne de front se situe entre Konna et Mopti. L’offensive des groupes terroristes a été stoppée et ceux-ci auraient reculé de plusieurs dizaines de kilomètres. La reprise par les troupes maliennes de Konna, tombée il y a quelques jours, est également évoquée mais des éléments rebelles y seraient toujours présents.

 

 

Chargement de matériel à N'Djamena ( © EMA)

 

Le chef de corps du 21ème RIMa s'adresse à ses marsoins avant le départ ( © EMA)

 

Militaires franàais embarquant pour le Mali à N'Djamena ( © EMA)

 

 

« La France est engagée dans un combat sans merci contre le terrorisme »

 

 

Samedi, Jean-Yves Le Drian est revenu sur cette opération. « Nous poursuivrons ces actions aussi longtemps que nécessaire. Notre détermination est totale », a dit le ministre de la Défense, réaffirmant que « la France est engagée dans un combat sans merci contre le terrorisme, où qu’il se trouve ». Initialement, Paris n’avait pas prévu d’intervenir aussi directement au Mali mais seulement de soutenir le déploiement d’une force internationale de la Communauté Economique Des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) sous mandat des Nations Unies. Alors que le Conseil de sécurité de l’ONU a donné son feu vert, fin décembre, au déploiement d’une force militaire, la situation s’est, néanmoins, brusquement détériorée ces derniers jours, les rebelles islamistes enfonçant les lignes de défense de l’armée malienne. Dès lors, c’est Bamako et tout le Mali, un pays partageant des frontières avec l’Algérie, la Mauritanie, le Niger, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée et le Sénégal, qui menaçaient de s’effondrer et de former un Etat narco-terroriste au cœur du Sahel. Avec le risque de déstabiliser toute la région et de devenir comme l’Afghanistan en son temps une base arrière pour lancer des actions contre les Occidentaux et leurs alliés. « La situation au Mali est grave. Elle s’est détériorée rapidement ces derniers jours. Les groupes terroristes, profitant des délais inévitables pour la mise en œuvre des décisions internationales, ont lancé une offensive vers le sud du pays, qui vise clairement à déstabiliser le Mali dans son ensemble. C’est la sécurité de la région, de la France, de l’Europe, qui est en jeu. La menace, c’est la mise en place d’un Etat terroriste à portée de l’Europe et de la France, pris en main par des groupes qui nous visent explicitement depuis des années, à commencer par AQMI. Il fallait réagir, avant qu’il ne soit trop tard, pour permettre à la stratégie définie par les résolutions du Conseil de Sécurité des Nations Unies, les décisions des institutions africaines et de l’Union européenne, d’être pleinement mise en œuvre. L’objectif des terroristes est évidemment d’empêcher cette stratégie de se développer. Ils n’y parviendront pas », affirme Jean-Yves Le Drian.

 

 

Jean-Yves Le Drian ( © MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

 

Soutien de la communauté internationale

 

 

Rappelant l’objectif de l’opération Serval, « arrêter l’offensive des jihadistes, empêcher ces groupes de nuire plus avant et de mettre en péril la stabilité du Mali; sécuriser nos ressortissants et ceux de nos partenaires, en particulier de nos partenaires européens », le ministre français de la Défense a indiqué que la France avait averti avant le déclenchement des hostilités ses principaux alliés, notamment les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne, et avait reçu de leur part « un soutien politique total ». Même si, aux USA, on évoque un éventuel soutien logistique à l’armée française (par exemple en drones), Jean-Yves Le Drian a précisé que cette intervention était, opérationnellement, exclusivement « bilatérale entre la France et le Mali ». « Il n’y a aucune participation d’autres forces. C’est la  France qui a répondu à une demande de secours du gouvernement malien, soutenu par les pays voisins ».

 

 

( © MINISTERE DES AFFAIRES ETRANGERES)

 

 

Les forces de la CEDEAO attendues pour reprendre le nord

 

 

Alors que Paris doit gérer en parallèle le dossier des huit otages français détenus par les groupes islamiques au Sahel, il ne s’agit pour la France que d’une situation provisoire en attendant l’arrivée des forces de la CEDEAO, qui doivent compter environ 3000 hommes. « Notre volonté est de faire en sorte que les décisions du Conseil de sécurité des Nations Unies, de la Communauté des Etats d’Afrique de l’ouest et de l’Union Européenne puissent être mises en œuvre. Elles visent à ce que le Mali, soutenu par des forces africaines, puisse recouvrer son intégrité ». En clair, reconquérir le nord du pays, qui a basculé progressivement sous le contrôle des groupes terroristes. L’arrivée au Mali des forces de la CEDEA est attendue dans les prochains jours, a annoncé samedi Ali Coulibaly, ministre ivoirien de l’Intégration : « Lundi au plus tard, les troupes seront là bas ou commenceront à arriver. Nous devons reprendre le nord, occupé par les islamistes ».

Marine nationale