Construction Navale
Maquettes Bertho : De l'or au bout des doigts

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Maquettes Bertho : De l'or au bout des doigts

Construction Navale

Au coeur d'un nouvel atelier, installé à Rezé, près de Nantes, deux superbes répliques du paquebot MSC Poesia sont en achèvement. Réalisés par Maquettes Bertho, ces modèles au 150ème du navire de croisière construit par Aker Yards mesurent près de 2 mètres de long. Loin des produits vendus dans le commerce, ces objets semblent atteindre le sommet de l'art du maquettisme. Destinés à l'armateur et aux chantiers de Saint-Nazaire, ces bateaux miniatures, réalisés à partir des plans de construction, frappent par leur degré de minutie. « Il faut environ dix semaines pour construire une maquette. Ce qui est le plus complexe, ce sont toutes les formes courbes. Il faut également penser à la peinture car les cloisons, les vitrages et les planchers reprennent les mêmes couleurs que celles du bateau original. A chaque étape, il faut donc trouver des solutions qui n'engendreront pas de problème dans la suite du montage », explique Richard Morel, qui travaille depuis 1990 dans la société. Le MSC Poesia disposant de 1275 cabines, dont plus de 800 avec balcon, les logements sont d'abord travaillés sous forme de blocs indépendants. Pinceaux en main, Richard et ses collègues reproduisent à l'identique chaque balcon puis, une fois le bloc achevé, l'ensemble est intégré dans la coque, réalisée à partir d'un moule en composite. Les centaines de pièces qui constitueront le navire sont pour la plupart façonnées sur place, dans différentes matières, du bois à l'inox. En tout, il faudra quelques 10 semaines de travail pour reproduire le Poesia avec un niveau de réalisme assez époustouflant. Comme dans la construction navale, pour obtenir un tel résultat, un savoir-faire très spécifique est essentiel. La société s'appuie donc sur l'expérience de ses trois maquettistes, tous formés à l'école de Questembert, où une filière spécialisée a été créée en 1989.

Douze Queen Mary 2, un navibus et les propriétaires de yachts en ligne de mire

Depuis 1995 et le Sovereign of the Seas, les ex-Chantiers de l'Atlantique sont le principal client de Maquettes Bertho. En moyenne, l'entreprise réalise six modèles pour chaque paquebot construit à Saint-Nazaire. Mais les commandes peuvent être beaucoup plus importantes. Ainsi, à l'occasion de la construction du Queen Mary 2, livré en décembre 2003, il aura fallu produire la bagatelle de douze maquettes, dont une réplique au 100ème du liner géant, soit une longueur de 3.45 mètres ! L'une d'elles est d'ailleurs embarquée sur le célèbre navire de Cunard, où elle parcoure le monde au milieu du Commodore's Club, le salon situé sous la timonerie du QM2. Dans un autre style, la construction de la série des huit Renaissance, entre 1998 et 2001, nécessitera le montage de 32 maquettes.
Toujours pour les chantiers de Saint-Nazaire, l'atelier réalise des reproductions de certaines parties des futurs paquebots. C'est le cas, en ce moment, pour un écubier. « Diverses formes sont proposées et l'armateur valide son choix en fonction de la maquette. Elle sert également pour les essais. Une ancre est installée et elle sera montée et descendue une vingtaine de fois en fonction de la gîte que pourrait prendre le navire », explique Richard Morel.
En dehors d'Aker Yards, Maquettes Bertho compte d'autres clients dans la construction navale. C'est le cas par exemple des chantiers Merré ou, encore, de l'architecte Flahaut. Ainsi, une réplique d'une navette fluviale mise en service sur la Loire est sortie de l'atelier. Un modèle réduit du ferry Norman Spirit, opéré depuis 2005 entre Le Havre et Portsmouth par LD Lines, a également été réalisé.
L'entreprise compte aussi sur son savoir-faire pour séduire les propriétaires de yachts. Cette clientèle fortunée pourrait, en effet, constituer un sérieux potentiel dans le secteur de la grande plaisance. La maquette du Kogo est donc mise en avant. Bénéficiant d'un extraordinaire niveau de finition, cette pièce unique a été réalisée pour le propriétaire du méga-yacht de 72 mètres et 44 millions d'euros livré en 2006 par Alstom Leroux Naval, à Lorient.

Diversification et retour aux maquettes d'études

Bertho produit environ 10 maquettes dans l'année. Si 60% de son chiffre d'affaires provient du secteur naval, le reste est généré par la réalisation de maquettes de concours. Ainsi, aux côtés des navires de MSC Cruises, les maquettistes travaillent pour le compte d'un architecte sur un étonnant projet de salle de spectacle. Une fois achevée, cette pièce sera présentée par son concepteur au client potentiel, qui fera son choix entre ce design et les dossiers concurrents. « Maquettes Bertho est une entreprise réputée qui doit aujourd'hui pouvoir se diversifier. C'est pourquoi nous avons déménagé dans ce nouvel atelier, en juillet dernier, afin de nous développer. Nous souhaitons faire plus de bateaux mais aussi des maquettes de concours et de présentation, plus fines et avec plus de détails », explique Michel Graindorge, qui a racheté avec Stephan Hocq, en 2005, la vielle maison nantaise. Confrontée, comme ses clients, à des problèmes de coûts et de délais, la société améliore ses outils pour être plus productive. « Nous avons désormais une machine de découpe au laser qui remplace la fraiseuse numérique. Plus précise, elle permet d'aller plus loin dans les détails. De même, nous allons travailler avec un fournisseur qui nous livrera les coques nues, ce qui nous permettra de gagner du temps en nous concentrant uniquement sur la peinture et l'armement des maquettes ».
Plus réactif tout en améliorant encore la qualité de ses produits, Maquettes Bertho ambitionne de revenir sur le marché des maquettes d'études. Ces modèles, utilisés autrefois par les chantiers pendant la phase de définition des navires, avaient disparu avec l'avènement de la conception assistée par ordinateur. Or, architectes navals et ingénieurs semblent, aujourd'hui, désireux de réutiliser une maquette palpable, plutôt que virtuelle, notamment pour valider certaines modifications demandées par les armateurs. « Ils souhaitent, de nouveau, pouvoir toucher les formes du bateau. Si les maquettes d'études nécessitent moins de détails, il faut les fournir très rapidement et nous ne pouvions, jusqu'ici, pas le faire en moins de deux ou trois semaines, ce qui était trop long. Grâce à l'usinage 3D, nous pourrons répondre aux demandes des chantiers en une semaine et pour un coût moins élevé », souligne Michel Graindorge. La société mise sur la modernisation de son outil pour conquérir de nouveaux marchés mais, aussi, s'adapter aux exigences de ses clients. Ainsi, les maquettistes nantais devront relever le challenge du MSC Fantasia. Le modèle du nouveau géant de la compagnie italienne, dont la réalisation a débuté en janvier, devra être terminé en mars, soit trois mois avant la date initialement prévue.
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