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Marées : Une année 2015 exceptionnelle

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Marées : Une année 2015 exceptionnelle

2015 sera marquée par un nombre record de grandes marées et même, le 21 mars, un des cinq plus gros coefficients du siècle. Zoom sur un phénomène observé de très près par les spécialistes du service hydrographique et océanographique de la marine (Shom) à Brest.

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Marées. Une exceptionnelle cuvée 2015

 

Les marées du siècle reviennent tous les 18 ans, au terme d'un cycle astronomique complet. Au bout de ce cycle, les marées d'équinoxe des mois de mars et septembre correspondent à un moment de grande proximité de la terre avec le soleil et la lune, parfaitement alignés (force gravitationnelle maximale). Cette conjonction de facteurs favorise une année à grandes marées avec, en 2015, 40 jours de coefficients supérieurs à 100 et 20 jours au-dessus de 110 (sur un maximum de 120).

« Ces marées sont tout à fait exceptionnelles en intensité » rappelle Nicolas Weber, ingénieur au Shom à Brest. « Entre deux marées de 115 et de 119, on peut observer une hauteur d'eau supplémentaire de 35 cm dans le secteur de Brest et de 85 cm dans le secteur de Cancale-Granville qui enregistre le plus grand marnage français (14 m ) ».

Ce marnage, c'est-à-dire la différence de hauteur d'eau entre la basse et la pleine mer, est au maximum de 9 m 80 dans la région de Roscoff, de 8 m à Brest et de 7 m 15 autour de Cherbourg. La baie de Fundy, dans l'est du Canada, décroche le record mondial de marnage, avec 16 m d'amplitude, au moment des plus fortes marées de l'année.

 

Pas de marée du tout

A l'inverse, certains points de la planète sont complètement épargnés par les marées, en raison de leur proximité avec des points dits « amphidromiques », répartis sur l'ensemble de la planète et autour desquels « tournent » les ondes de marée. Les mers fermées, comme la Méditerranée, sont généralement épargnées par les grands effets de marée (quelques centimètres ou dizaines de centimètres de marnage au mieux).

Au Service hydrographique et océanographique de la marine, on continue inlassablement de calculer ces coefficients de marée et d'adapter les hauteurs d'eau en fonction des ports et des positions géographiques. « Les évolutions du trait de côte ainsi que l'élévation régulière du niveau de la mer (30 cm de plus à Brest depuis le niveau de 1700) ont une incidence sur les horaires de marée, les hauteurs d'eau et l'actualisation du zéro des cartes (la hauteur d'eau aux plus basses marées de 119).

 

46 marégraphes français

46 marégraphes, répartis le long des côtes de métropole et d'outremer, permettent de réactualiser les hauteurs d'eau. Une partie d'entre eux est d'ailleurs installée en Méditerranée, pas tant pour mesurer les effets limités de la marée mais pour compléter le réseau d'alerte tsunami partagé entre les différents pays exposés.

Ces marégraphes qui transmettent des informations en continu permettent ainsi de réactualiser si besoin le zéro des cartes.

 

Surcôtes et décôtes de marée

À noter que les conditions météo peuvent influer sur les hauteurs d'eau, par le biais des différences de pression. Un champ de basses pressions peut occasionner une surcôte de marée (une élévation du niveau de la mer), par l'action de la pression atmosphérique, de l'effet du vent et des vagues. Une dépression à 980 htp peut entraîner à Brest une augmentation du niveau de la mer de 35 cm et plus en fonction du vent et des vagues. Associée à un coefficient de 105 de marée, on se souvient comment la tempête Xynthia avait lourdement frappé la Vendée.

À l'inverse, un temps anticyclonique (hautes pressions) avec un grand beau temps abaisse théoriquement le niveau moyen de la mer en augmentant encore son retrait, à basse mer. Des conditions idéales pour les pêcheurs à pied.

On croise les doigts pour le 21 mars et déjà le 20 février avec un très beau coefficient de 118. Et en plus en fin de semaine pour ces deux plus belles marées de l'année !



Un article de la rédaction du Télégramme