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Marie-Pierre de Bailliencourt : « La campagne d'Australie »

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Marie-Pierre de Bailliencourt : « La campagne d'Australie »

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Il y a un an tout juste, on célébrait « le contrat du siècle » chez DCNS. Le groupe venait de remporter une compétition historique : 12 sous-marins pour l’Australie. Derrière ce succès, le travail d’une équipe française extrêmement soudée, parvenue au bout d’une compétition internationale des plus rudes. La France n'était d’ailleurs pas donnée gagnante, loin de là. Pendant longtemps, ce furent surtout les Japonais et les Allemands qui se disputèrent la victoire. En France, seuls deux têtus, deux Bretons y croyaient au départ : Hervé Guillou et Jean-Yves Le Drian. Ils ont mouillé le maillot. Pas seuls évidemment. Il y a quelques semaines, tout sourire, Marie-Pierre de Bailliencourt nous ouvre la porte de son bureau, au siège parisien de DCNS. Sur la bibliothèque de la directrice générale adjointe du groupe, des couleurs qui accrochent l'oeil. « Vive la France ! ». Un petit drapeau bleu blanc rouge. Et de petites choses noires : des sous-marins. Sur un fond orange se détache un « Victoire ! », en référence à la décision australienne du 26 avril 2016. L'oeuvre du petit Louis. Le gamin a compris ce jour-là pourquoi il ne voyait pas tous les jours sa maman. Elle vendait des sous-marins à l'autre bout du monde ! Marie-Pierre de Bailliencourt raconte ce qu'elle appelle « la campagne d'Australie », dans laquelle elle a eu un rôle crucial.

Sherpa de Boutros Boutros-Ghali

Flash-back d’abord sur le parcours de cette femme qui ne manque pas de munitions. Des études de géopolitique à la Sorbonne, un diplôme en affaires internationales de la célèbre Johns Hopkins University aux États-Unis. Elle croise Boutros Boutros-Ghali, le secrétaire général de l'ONU. Bluffé par son analyse sur la situation dans les Balkans, il en fait son sherpa. Elle n'a que 25 ans. Elle rédige ses discours. Voitures blindées et salons de luxe au Crillon, elle le suit dans le monde entier. Elle aura rencontré les plus grands, d'Arafat au Pape. Marie-Pierre a besoin de l'entreprise. Elle file à Lille-Roubaix-Tourcoing travailler dans le secteur du matériel électrique. « Je passe, dit-elle, des patrons de la planète à l'artisan électricien. Une leçon d'humilité ». Elle négocie des fusions acquisitions au Liban, en Syrie ou en Chine. Marie-Pierre rencontre Cédric, l'homme de sa vie. Trois enfants plus tard, elle a besoin de se « poser ». À sa façon. Comme vice-présidente industrie chez Dassault Systèmes puis directrice générale adjointe de Bull. On lui propose d'entrer à DCNS. À 44 ans, elle est chargée du développement du groupe et de l'international.

« Le dossier du siècle »

C'était il y a deux ans. Un beau matin, le patron, Hervé Guillou, débarque dans son bureau. « Il y a un dossier australien. Il faut y aller. Répondre à l'appel d'offres ». « Il a fait le pari de donner à une femme qui n'est pas architecte naval, qui n'a pas fait Polytechnique, le dossier du siècle ! », dit-elle en souriant. Elle monte une équipe et tout le monde passe à l'attaque. Dans la discrétion. Une clef dans le monde des grands contrats commerciaux et, évidemment, dans celui des « sous-marins ».  « Je reçois, dit-elle en plaisantant, une éducation accélérée sur la guerre sous-marine ». Elle devient l'as de l'acoustique. Marie-Pierre et ses troupes travaillent « en équipage ». Jamais sans Didier Husson, le « super ingénieur », sans Patrick Leroux, le « super opérationnel » et Antoine Sajous, « le super facilitateur ». La manager, une main de fer dans un gant de velours, se fait chef d'orchestre. Sa carrière prend sens. « J'ai fait de la géopolitique, négocié des contrats dans tous les pays du monde. Et j'ai envie de travailler pour mon pays. Tout d'un coup, tout s'agglutine ». Avec l'équipe de France, comme une évidence. Le ministre de la Défense - « qui, dit-elle, a un talent inné pour créer des liens sans chichis » -, son cabinet, le pacha de la Marine nationale, l'Élysée, tout le monde est sur le pont.

Le monde du secret

Invités à Cherbourg, les Australiens tombent sous le charme des Barracuda. À la fin, c'est la France qui gagne. Apparemment sans couac. En avançant en pack. Mais on reste dans le monde du secret. Perdu ? Gagné ? Suspense. Lundi 25 avril 2016. Coup de fil du Premier ministre australien au président de la République. C'est fait ! La dernière mission : se taire, quelques heures encore. Laisser l'Australie faire l'annonce. Une affaire de décalage horaire. Fin cachottier, Hervé Guillou prend la tête des mauvais jours. Même topo au cabinet Le Drian. Comme si c'était mort... Le 26, la décision est rendue publique. « Moi, je ne suis pas dans l'émotion. Tout de suite, je me suis dit : c'est maintenant que tout commence », explique Marie-Pierre de Bailliencourt. C'est elle qui gère les relations avec le client. De longues négociations. Des tonnes de papiers pour boucler les contrats. Alors, tous les mois, cap sur l'Australie pour Madame sous-marins. Toujours avec le même entrain.

Un portrait de Catherine Magueur, de la rédaction du Télégramme

 

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