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Marine marchande : Les femmes officiers à l'honneur

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Marine marchande : Les femmes officiers à l'honneur

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A l’occasion de la Journée internationale des droits des Femmes, qui s'est déroulée le 8 mars, Armateurs de France et l’Ecole Nationale Supérieure Maritime (ENSM) donnent la parole aux femmes officiers de la Marine marchande. Armateurs de France et l’ENSM ont fait de la mixité des formations et des métiers une de leurs priorités. Ainsi, en 2014, Armateurs de France était l’un des signataires du Plan gouvernemental sectoriel sur la Mixité dans les transports. De son côté, l’ENSM a entrepris de sensibiliser les lycéennes aux formations et aux métiers de la Marine marchande. Et la situation évolue. Ces témoignages de femmes officiers en sont la preuve. Loin des stéréotypes, découvrez une réalité faite de responsabilités, de challenges et de solidarité ! Avec un leitmotiv commun : que l’on soit homme ou femme, on est marin avant tout, avec la passion de la mer chevillée au cœur.

Marion FRITZ, officier à LA MERIDIONALE

Âgée de 31 ans, Marion est commissaire à bord du Girolata. Diplômée de l’ENSM de Marseille en 2006, elle a navigué en tant qu’élève officier, avant d’obtenir son second diplôme en 2010, lui permettant d’accéder au poste de commandant.

Être un officier de la Marine marchande, ça veut dire mener à bien une expédition maritime et avoir une vision globale du navire et des équipes. Le métier de commissaire est particulier : j’organise avec mes équipes tout ce qui régit la vie des passagers à bord (restauration, hygiène, hôtellerie...). Plus jeune, je prenais le bateau pour aller voir mes grands-parents en Corse et l’un de mes cousins était marin. J’ai suivi une formation à l’ENSM de Marseille. Ça m’a permis de me former efficacement en associant théorie et pratique. C’est surtout le travail d’équipe qui me plaît. Mon métier m’a également aidée à m’affirmer car j’étais très timide. En qualité d’officier à La Méridionale, on est amené à occuper de nombreux postes car on nous fait pleinement confiance. On ne fait plus la différence des genres quand on est à bord car les femmes officiers qui ont navigué avant nous ont prouvé qu’elles étaient capables de faire un travail considéré comme « masculin ».

Valentine CARDINALE, officier à LA MERIDIONALE

Agée de 27 ans, Valentine a obtenu son diplôme à l’ENSM de Marseille en 2009. Cela fait maintenant 7 ans qu’elle navigue au sein de La Méridionale à différents postes, notamment Second Capitaine, Commissaire et 3e Mécanicien.

A La Méridionale, nous sommes polyvalents : nous travaillons sur le pont ou à la machine, et avons ainsi une vision à 360° du navire et de son organisation. Les missions sont à la fois techniques et humaines car le travail en équipe est essentiel. En tant que 3e mécanicien, ma principale activité est la maintenance préventive des installations qui me sont dédiées. Je me suis intéressée à ce métier grâce à ma sœur, elle aussi officier. J’ai étudié à l’ENSM de Marseille. Une femme doit montrer qu’elle est capable autant qu’un homme. Un commandant de La Méridionale me dit souvent : « Il n’y a pas d’hommes ou de femmes à bord : il n’y a que des marins ». C’est une phrase très juste qui se vérifie chaque jour. Au quotidien, mon métier m’apporte un équilibre : c’est passionnant d’allier la technique à l’humain. À bord, on est comme une grande famille, chacun fait partie d’un tout. Il y a deux principales perspectives d’évolution : chef mécanicien et commandant. Ce poste m’intéresse davantage pour l’aspect management d’équipe.

 

Anne-Laure Comte (© : DR)

Anne-Laure Comte (© : DR) 

 

Anne-Laure COMTE, ancien Chef Mécanicien, aujourd’hui Responsable de filiale chez BOURBON

J’ai découvert le métier de marin au commerce dans un numéro du magazine « L’Etudiant ». La part de rêve associée aux métiers de la mer, mais aussi la formation très généraliste et le dynamisme du secteur m’ont donné envie d’en savoir plus. J’ai intégré l’Ecole nationale de la marine marchande de Marseille après le Bac et durant 6 ans - 4 ans de cours et 2 ans de navigation.

J’ai navigué pendant 8 ans avant de venir travailler à terre. D’abord officier polyvalent, je me suis orientée vers le département machine au bout de 2 ans, où j’ai occupé les fonctions de 3ème, puis 2nd mécanicien, et enfin chef mécanicien sur les PSV (navires de ravitaillement offshore) de Bourbon offshore Surf.

En tant que chef mécanicien, j’ai travaillé en Angola. Sur les navires offshore, le chef est responsable du bon fonctionnement des équipements machine mais est aussi beaucoup sollicité par les opérations : chargements, déchargements des produits occupent une grande partie du temps à bord.

Naviguer permet bien sûr d’être en contact tous les jours avec la mer, ce qui me manque beaucoup aujourd’hui dans mon bureau à Bucarest. J’ai apprécié de côtoyer des collègues d’horizon très divers l’esprit d’équipe et de solidarité propre aux gens de mer, les responsabilités qui sont importantes car la sécurité est une préoccupation permanente, l’autonomie donnée mais aussi l’inventivité sollicitée pour résoudre certains problèmes avec « ce qu’on a » !

Mon intérêt pour la maintenance m’a permis de travailler à terre sur un projet de nouvelle GMAO (gestion de la maintenance assistée par ordinateur) pour Bourbon. D’abord contributrice, je suis devenue chef de projet. Puis le périmètre s’est étendu avec la création d’un département Life Cycle, afin d’harmoniser et d’optimiser les pratiques de maintenance au niveau du groupe.

Aujourd’hui, Bourbon est allé plus loin encore en créant une filiale que je dirige, entièrement dédiée à l’ingénierie de maintenance des navires offshore et crewboats, basée à Bucarest. Nous sommes environ 25 personnes en charge d’améliorer de façon continue les processus liés à la maintenance.

Ce parcours m’a permis d’évoluer, d’accumuler une véritable expertise dans mon domaine mais aussi de développer les compétences propres au management, qui seront autant d’atouts pour le futur !

 

Armelle Durand (© : DR)

Armelle Durand (© : DR) 

 

Armelle DURAND, élève Officier chez Louis Dreyfus Armateurs

Officier mécanicien de la Marine marchande consiste à maintenir le bon fonctionnement des installations de propulsion, de production électrique et des machines auxiliaires du navire. Pour assurer la sécurité de la navigation, en mer comme en manœuvre et ainsi garantir la poursuite des opérations commerciales.

Etre une femme n’est pas un handicap. J’ai toujours été attirée par la mer et la mécanique. Après un bac STI, j'ai suivi une classe prépa au concours d'officier chef de quart machine, puis je suis entrée à l’Ecole Nationale Supérieure Maritime à Saint-Malo. Actuellement je suis embarquée sur un roulier de 126 m. Je vais naviguer à bord encore trois mois en tant qu’élève avant de prétendre au poste de 3e mécanicien.

Un bateau c’est comme une ville miniature dans le sens où il faut assurer la production d’énergie, d’eau, etc. C’est passionnant. J’aime le travail en équipe et c’est du bonheur de faire son métier toujours en mouvement, sur la mer. Je vais naviguer quelques années en tant que 3e mécanicien. Puis, je retournerai à l’école pendant un an pour gravir les échelons : 2e Mécanicien, puis chef mécanicien.

 

Marie-Caroline Guillou (© : DR)

Marie-Caroline Guillou (© : DR) 

 

Marie-Caroline GUILLOU, Commandant chez CMA CGM

J’ai suivi la formation de Capitaine de Première classe à l’Ecole de la Marine Marchande de Nantes. Depuis plus de 20 ans, il y a environ 10% de femmes par promotion. Il n'est en réalité pas inédit d'avoir un officier féminin à bord, c'est simplement davantage méconnu de l’opinion publique.

En revanche, les navires naviguant au long cours, tels que ceux de CMA CGM, sont perçus comme un frein à la vie de famille, passé un certain âge. En conséquence, la majorité des femmes va privilégier la navigation au ferry, le remorquage ou le cabotage.

Dans mon cas, j'ai grandi dans une famille de marins. Faire ce métier était une évidence, depuis mon plus jeune âge. J'ai fait mes choix de vie, j'aime le long court et je suis très heureuse et épanouie !

Aujourd’hui, je suis commandant, ce qui implique un très fort degré de responsabilités : j’assure la sécurité de l’équipage, du navire et de sa cargaison lors de l’expédition maritime, tout en respectant l’environnement.

En dehors du fait d'aimer la mer, l'aventure humaine est passionnante. Les équipages changent souvent, il faut apprendre à se connaître, travailler ensemble, vivre ensemble afin d'assurer au mieux nos responsabilités.

Notre formation complète de pont et machine nous permet d'effectuer tous les postes sur un navire, de lieutenant navigation à chef mécanicien en passant par second capitaine. Ceci présente un grand enrichissement en tant que Commandant pour comprendre au mieux votre équipage et prendre les décisions.

Les perspectives de carrière sont multiples : en dehors du schéma classique en tant que naviguant ou pilote, il n'est pas rare de rencontrer un marin à l'offshore, dans la logistique, dans les infrastructures portuaires, dans la manutention, dans la construction navale, dans la formation, à la direction d'un groupe coté ligne, technique, ou service qualité par exemple.

 

Thérèse Guilbaud (© : DR)

Thérèse Guilbaud (© : DR) 

 

Thérèse GUILBAUD, Pilote de surfer chez BOURBON

Je suis pilote de surfer : c’est une vedette rapide, destinée au transport de passagers depuis la terre et entre les plateformes des champs pétroliers. Son format standard est de 18 mètres, son équipage est réduit à 2 marins : le capitaine et son matelot.

J’ai obtenu un capitaine 200 puis un capitaine 500 et j’ai trouvé des employeurs qui m’ont fait confiance. Mais je reçois actuellement encore mes ordres de mission au nom de « Monsieur Thérèse Guilbaud ».

En tant que pilote, je patronne mon navire : je suis responsable de tout ce qui se passe à bord et autour de lui. Je suis la garante de la bonne marche du navire, de la sécurité et de l'application de la réglementation en vigueur et des procédures pour toutes les opérations en mer (travail du matelot, transfert de passagers, transfert de cargo, le soutage).

L'exploitation multinationale du pétrole en Afrique de l'Ouest est une entreprise complexe, tant sur les plans technique que géopolitique et humain. Il est très instructif de pouvoir en rencontrer les différents acteurs sur place.

Le contact avec les passagers est un autre point important. Passée la surprise, chacun fait son travail et tout ce passe normalement. Les relations entre les personnes dépendent plus du caractère de chacun que du genre. Et puis, il semblerait que la présence de femmes dans ce milieu presque exclusivement masculin soit plutôt perçue comme apaisante !

Je suis pilote depuis 2 ans et actuellement, il y a peu de perspectives autres que de le rester. Jusqu'à présent, c'est une activité et un rythme de vie qui me conviennent. Mais il y a, je pense, autant de réponses à la question de la conciliation entre vie professionnelle et familiale, qu’il y a de personnes, bien au-delà du métier de marin. Concrètement, les rotations des pilotes sont de 7 semaines. C’est difficile pour tout le monde, homme ou femme, d'être isolé de sa famille, surtout avec le peu des moyens de communications dont on dispose sur site. Pour ma part, je vis en couple et ça se passe très bien. Un point délicat demeure avec la maternité qui reste une vraie difficulté pour les femmes marins. La grossesse est considérée comme une inaptitude totale à la navigation, quel que soit le poste occupé et le stade de la grossesse, ce qui entraîne une perte d'emploi. Depuis seulement quelque années, l'ENIM prévoit soit un reclassement provisoire à terre, soit un soutien financier jusqu'à la fin du contrat de travail ou de la grossesse si l'employée est en CDI.

Je ne donnerai qu’un seul conseil à une jeune femme souhaitant travailler dans l’offshore pétrolier : d’avoir confiance en elle et en ses compétences. Ce sont les gens qui n'imaginent pas une femme commander ou faire une vidange qui ont un problème, pas nous.

 

Pauline Semey (© : DR)

Pauline Semey (© : DR) 

 

Pauline SEMEY, Officier chez Louis Dreyfus Armateurs

Sous les ordres du chef mécanicien, l’officier participe à la maintenance des installations à bord mais aussi à la conduite du navire : manœuvre, opération de soutage, etc. Les activités sont variées et touchent des domaines tels que la mécanique, les installations frigorifiques, la climatisation, l’hydraulique, l’électricité, la soudure, etc.

Des amies m’ont fait découvrir leur métier, ça a été le déclic, j’ai fait la filière monovalent machine : 2 ans de cours, 6 mois d’élève officier, 2 ans en tant qu’officier mécanicien, 1 an de cours de chef mécanicien illimité puis retour à bord avec un brevet de second mécanicien.

Le métier de marin est passionnant dans le sens où il est très varié, les journées ne se ressemblent pas, on doit toujours faire face à de nos nouveaux défis et être inventifs. Je pense qu’on développe de grandes capacités d’adaptation (changements permanents d’équipage, de navire, de type de navigation…), on a l’habitude de gérer des situations stressantes et le fait de toucher à beaucoup de choses, ça facilite le quotidien. A l’heure actuelle, les perspectives de carrière sont restreintes à cause du cours du pétrole extrêmement bas, mais notre activité est cyclique par définition.

 

Catherine Cornu (© : DR)

Catherine Cornu (© : DR) 

 

Catherine CORNU, pilote maritime à la station de pilotage de la Seine Caen Dieppe

Mon métier de pilote maritime au sein de la station de pilotage de la Seine Caen Dieppe, consiste à guider les navires à destination et au départ de ces ports, à conduire les manœuvres d’accostage et d’appareillage en assurant la coordination entre les différents intervenants portuaires.

J'ai intégré sur concours l'Ecole Nationale de la Marine Marchande (devenue aujourd’hui l’Ecole Nationale Supérieure Maritime) du Havre en 1984 en raison de la diversité des matières enseignées qui me laissaient augurer d’une vie professionnelle riche et stimulante. Je me suis retrouvée en internat parmi les 2% d’élèves femmes. Cinq années d'école et dix années de navigation au long cours plus tard, en intégrant la station de pilotage de la Seine, je devenais la première femme pilote maritime française.

Mon métier me passionne. A chaque arrivée à la passerelle, je dois rapidement créer une synergie qui permettra le bon déroulement de l’opération de pilotage. Aucune opération n'est semblable, c'est une source d’éternelle remise en question et de rencontres enrichissantes.

 

Julie Gondouin (© : DR)

Julie Gondouin (© : DR) 

 

Julie GONDOUIN, second mécanicien chez BRITTANY FERRIES

Je suis chargée du suivi et de la maintenance de la propulsion, des auxiliaires, de la gestion électrique et du système d’alarmes. Je dois avoir une vision d’ensemble de la machine et m’assurer que tous les travaux sont effectués correctement. J’organise le travail de l’équipe machine, et veille à la bonne tenue de la machine. Enfin, j’assiste le second capitaine pour la gestion de l’équipe sécurité.

Depuis toujours passionnée par les bateaux, je me suis orientée vers un BTS construction navale, puis j’ai passé le concours de la marine marchande pour obtenir le diplôme O1MM. Mon premier embarquement a été décisif : j’ai tout de suite su que je voulais être mécanicien. Je possède à présent un brevet de chef mécanicien tous navires.

Je suis toujours contente d’embarquer : j’adore apprendre chaque jour un peu plus sur la machine et les différentes technologies. La gestion d’équipe est aussi très intéressante et gratifiante. J’espère pouvoir continuer ce métier et un jour devenir chef mécanicien.

 

Christelle Kerdouan (© : DR)

Christelle Kerdouan (© : DR) 

 

Kristell KEROUREDAN, commandant adjoint chez BRITTANY FERRIES

Actuellement j’occupe le poste de commandant adjoint. Je suis l’adjoint direct du commandant. Je le remplace par délégation, assumant pleinement les responsabilités nautiques de capitaine, correspondant à la bonne conduite du navire, les manœuvres d’entrées/sorties de port, la sécurité du navire, des personnes ou des biens transportés. L’ISM et la sûreté font également partie de mes missions.

Je me suis intéressée à ce métier grâce à mon père, qui était également officier de la Marine marchande. J’ai entendu parler de ce métier pendant toute mon enfance, ce qui m’a donné l’envie de faire partie de ce milieu. J’ai donc suivi une formation à l’Ecole Nationale de la Marine Marchande (ENMM), et au bout des 5 ans de cursus, j’ai obtenu mon Diplôme d’Etudes Supérieures de la Marine Marchande (DESMM).

Mon métier me passionne pour sa diversité, son absence de routine, sa polyvalence. Chaque jour passé en mer est différent. Pour ma part, lors de ma formation, je souhaitais devenir commandant.

 

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