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Marine nationale : gros plan sur les futurs remorqueurs portuaires et côtiers
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Marine nationale : gros plan sur les futurs remorqueurs portuaires et côtiers

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Au terme d’un appel d’offres européen, c’est le chantier Piriou de Concarneau qui a emporté le marché des quinze futurs remorqueurs portuaires et des cinq remorqueurs portuaires et côtiers de 30 tonnes (RP30/RPC30) destinés à la Martine nationale. Dans cette compétition, le groupe breton était opposé à plusieurs constructeurs français et internationaux, dont le néerlandais Damen.

Concarneau renoue avec la construction de ce type de bateaux

Livrables en mai/juin 2022 pour le premier et en 2027 pour les derniers, avec un rythme prévu de quatre unités par an, les RP30/RPC30 verront le jour à Concarneau, où la production doit débuter en 2021. Le chantier finistérien va ainsi renouer avec la construction de remorqueurs. Les derniers bateaux de ce type à en être sortis sont les quatre unités de 32 mètres et 72 tonnes de traction livrées en 2011 et 2012 à des ports algériens (El-Djedid 1, El-Djedid 2, Oued el Kebir et El-Haoues). Ils avaient suivi la série des huit coques de 30 mètres et 70 tonnes réceptionnées entre 2007 et 2009 par la société de remorquage Boluda pour les ports de Marseille, Le Havre et Dunkerque (VB Camargue, VB Octeville, VB Yport, VB Trouville, VB Adroit, VB Puissant, VB Crau et VB Estérel). Le chantier de Concarneau s’était ensuite tourné vers d’autres productions, mais Piriou a continué de travailler sur ce marché avec ses bureaux d’études bretons et, pour la construction, en s’appuyant pour des questions de compétitivité sur son chantier d’Ho Chi Minh, au Vietnam. Douze nouvelles unités de 30 mètres et 70 tonnes ont ainsi été livrées depuis 2015 à Boluda France.

 

 

Le VB Achéron, construit au Vietnam par Piriou et livré fin 2019 à Boluda Marseille (© : EMMANUEL BONICI)

Le VB Achéron, construit au Vietnam par Piriou et livré fin 2019 à Boluda Marseille (© : EMMANUEL BONICI)

 

Et pendant ce temps, Concarneau a réalisé pour la Marine nationale quatre bâtiments de soutien et d’assistance outre-mer (BSAOM, ex-B2M) et quatre bâtiments de soutien et d’assistance métropolitains (BSAM, ex-BSAH), navires de 65 à 70 mètres entrés en service entre 2016 et 2020 et qui ont tous des capacités de remorquage (30 à 60 tonnes de bollard pull).

 

Le BSAOM Dumont d'Urville (© : BERNARD PREZELIN)

Le BSAOM Dumont d'Urville (© : BERNARD PREZELIN)

Le BSAM Seine (© : JEAN-CLAUDE BELLONNE)

Le BSAM Seine (© : JEAN-CLAUDE BELLONNE)

 

Trois classes de remorqueurs portuaires et côtiers à remplacer

Avec le programme RP30/RPC30, dont le contrat a été notifié le 30 avril à Piriou par la Direction Générale de l’Armement (DGA), la Marine nationale va parachever le renouvellement du gros de ses moyens portuaires en métropole et outre-mer. Ces nouvelles unités vont succéder à plusieurs types des bateaux aujourd’hui en service. Il s’agit d’abord de remplacer les Bélier, Buffle et Bison (type RCVS30), bateaux de 31.8 mètres de long pour 9.2 mètres de large et 500 tonnes de déplacement en charge construits à Cherbourg en 1980-81 et offrant une capacité de traction de 30 tonnes. Le Buffle est basé à Brest et les autres à Toulon.

 

Le Buffle (© : FRANCIS JACQUOT)

Le Buffle (© : FRANCIS JACQUOT)

 

A remplacer également les Maito, Maroa et Manini (27.6 x 8.9 mètres, 280 tpc, 12 tonnes de traction) produits à Villeneuve-la-Garenne en 1984-85. Le Maito est basé à Fort-de-France (Martinique) et ses sisterships à Papeete (Polynésie française).


Le Manini (© : MATTHIEU LE BONNIEC)

Le Manini (© : MATTHIEU LE BONNIEC)

 

Puis il s’agira ensuite d’assurer le renouvellement des 16 unités du type Fréhel (RPC12), remorqueurs de 25 x 8.4 mètres, 259 tpc et 12 tonnes de capacité de traction construits à Lorient et Boulogne et mis en service entre 1989 et 1998. Deux sont basés à Cherbourg (Fréhel et Saire), sept à Brest (Armen, La Houssaye, Kéréon, Taunoa, Mengam, Nividic, Le Four) et sept autres à Toulon (Sicié, Lardier, Giens, Balaguier, Taillat, Port Cros, Rascas). Huit d’entre eux, portant la lettre A (au lieu du Y) devant leur numéro de coque, sont aptes à mener des missions côtières de plusieurs jours (ils sont notamment dotés de locaux vie) : Fréhel, Saire, Armen, La Houssaye, Kéréon, Sicié, Taunoa et Rascas.

 

RPC 12 à Toulon (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

RPC 12 à Toulon (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

RPC 12 avec un SNLE en rade de Brest (© : MARINE NATIONALE - THOMAS TREBERN)

RPC 12 avec un SNLE en rade de Brest (© : MARINE NATIONALE - THOMAS TREBERN)

 

De nouvelles unités plus puissantes

Longs de 26 mètres pour une largeur de 9 mètres et un déplacement de 275 tonnes en charge, les futurs RP30/RPC30 seront plus puissants que leurs prédécesseurs, avec une capacité de traction au point fixe de 35 tonnes. Une capacité accrue afin de servir les bâtiments de combat et de soutien, ainsi que les sous-marins de nouvelle génération, généralement plus grands et lourds que leurs aînés. On peut citer l’exemple des sous-marins nucléaires d’attaque de la classe Suffren (99 mètres plus de 4600 tonnes en surface) qui succèdent aux SNA du type Rubis (73 m, 2385 t), aux frégates, avec le remplacement des F70 (139 m, 4900 tpc) par les nouvelles FREMM (142 m, 6000 tpc), puis des La Fayette (125 m, 3800 tpc) par les FDI (121 m, 4460 tpc), les futurs bâtiments ravitailleurs de forces (194 m, 31.000 tpc) qui succèderont aux bâtiments de commandement et de ravitaillement (157 m, 18.000 tpc)… Et bien sûr le ou les porte-avions de nouvelle génération (PANG), dont le gabarit sera de l’ordre de 280 mètres et 70.000 tonnes de déplacement, contre 261 mètres et 42.500 tpc pour le Charles de Gaulle.

 

Vue des futurs RP30/RPC30 (© : PIRIOU)

Vue des futurs RP30/RPC30 (© : PIRIOU)

 

Une architecture spécifique à cause des porte-avions et sous-marins

Le porte-avions actuel et sa succession sont d’ailleurs l’un des principaux facteurs dimensionnants des nouveaux remorqueurs portuaires de la Marine nationale. Ce explique le choix architectural basé sur une passerelle très étroite, afin de permettre les manœuvres flanc contre flanc avec des bâtiments très évasés du fait de la présence d’encorbellements et bien sûr d’un pont d’envol se déportant largement de l’axe de la coque.

 

RPC12 manoeuvrant avec le Charles de Gaulle (© : BERNARD PREZELIN)

RPC12 manoeuvrant avec le Charles de Gaulle (© : BERNARD PREZELIN)

 

Cette passerelle panoramique, dont l’architecture et l’ergonomie ont fait l’objet d’un développement spécifique avec la DGA via une maquette virtuelle, sera largement vitrée, y compris sur sa partie supérieure, afin d’améliorer la visibilité. Parmi les autres caractéristiques des futurs remorqueurs de la marine, on notera la présence sous la ligne de flottaison de protections spécifiques pour venir se coller aux sous-marins (SNLE et SNA) et effectuer des manœuvres à couple.

Equipés d’une propulsion diesel-électrique, les RP30/RPC30 seront dotés de deux moteurs diesels, d’un propulseur azimutal situé à l’arrière (Azimuth Stern Drive) et d’un propulseur en tunnel à l’avant. Ils pourront atteindre la vitesse de 12.5 nœuds en transit et disposeront de treuils à l’avant et à l’arrière, ainsi qu’un système de lutte contre les incendies (FiFi). Un mode de gestion de l’énergie, par bus à courant continu, alimentera le propulseur d’étrave, les treuils ainsi que les pompes FiFi.  

 

Vue des futurs RP30/RPC30 (© : PIRIOU)

Vue des futurs RP30/RPC30 (© : PIRIOU)

 

Deux variantes : RP et RPC

Quinze de ces nouveaux remorqueurs seront donc des RP30. Armés par quatre marins, ils sont conçus pour réaliser des opérations en zones portuaires, à la journée, tandis que les cinq RPC30 pourront naviguer en haute mer avec des locaux vie adaptés ainsi qu’une autonomie en vivres et carburant pour 5 jours de mission. Leur équipage sera de six marins. Les RPC30 seront capables de réaliser des opérations hauturières, par exemple pour contribuer à la sécurisation et au remorquage vers un port d’un navire en avarie, en complément des BSAM, BSAOM mais aussi pour la métropole des puissants remorqueurs d’intervention, d’assistance et de sauvetage (RIAS) affrétés à Bourbon par la Marine nationale, les Abeille Languedoc, Abeille Liberté, Abeille Bourbon et Abeille Flandre stationnés à Boulogne, Cherbourg, Brest et Toulon.

 

Vue des futurs RP30/RPC30 (© : PIRIOU)

Vue des futurs RP30/RPC30 (© : PIRIOU)

 

En métropole et outre-mer

Les nouveaux remorqueurs portuaires et côtiers seront affectés dans les bases navales de Toulon (7 RP et 1 RPC), Brest (6 RP et 1 RPC), Cherbourg (2 RP et 1 RPC), Fort–de-France (1 RPC) et Papeete (1 RPC). Les deux premiers, considérés comme des prototypes et sur la base desquels, après essais, des modifications pourront être apportées sur la série, seront livrés à Toulon et Brest.

Compléter des programmes déjà lancés pour renouveler la servitude portuaire

Les 20 nouveaux RP30/RPC30 s’inscrivent dans un plan de renouvellement des moyens de servitude de la marine déjà bien engagé. Avec d’abord le programme des remorqueurs-pousseurs du type RP10, attribué en janvier 2017 par la DGA à un groupement constitué des chantiers CMN de Cherbourg et Merré de Nort-sur-Erdre, près de Nantes. En tout, 29 de ces bateaux de 12x5 mètres et 10 tonnes de poussée et traction doivent être livrés d’ici 2023 afin de succéder aux vieux pousseurs des types PS4 (une quarantaine produits entre 1973 et 1997, plusieurs ont déjà été désarmés ou cédés à d’autres marines, 23 étant encore en service fin 2019) ainsi qu’aux deux derniers PSS6 qui avaient été spécialement réalisés en 1970 pour soutenir les SNLE de première génération. Les RP10 vont aussi probablement succéder aux quatre RPP10 (Morse, Otarie, Loutre et Phoque) plus récents puisque mis en service en 2005 mais qui n’avaient pas donné satisfaction (ils se sont révélés inutiles pour le soutien des SNA à Toulon, mission pour laquelle ils avaient été initialement construits).

 

L'Aigrette, premier des 29 RP10  (© : JEAN-CLAUDE BELLONNE)

L'Aigrette, premier des 29 RP10  (© : JEAN-CLAUDE BELLONNE)

Le Macareux du type RP10 (© : MICHEL FLOCH)

Le Macareux du type RP10 (© : MICHEL FLOCH)

 

Livraisons en cours des RP10

Les trois premiers RP10 (L’Aigrette, Le Goéland, Le Puffin) ont été livrés en 2018 et sont stationnés à Dakar pour le premier et Toulon pour les autres. Les quatre suivants (Le Macareux, Le Gravelot, La Mouette, Le Vanneau) sont sortis en 2019 et sont basés à Brest, Cherbourg (2) et Dakar. Quatre de plus (L’Océanite, Le Chevalier, Le Pingouin, Le Fou) doivent être achevés cette année pour Toulon, Brest (2) et Cherbourg. Six doivent s’y ajouter en 2021, six en 2022 et les six derniers en 2023. Ces remorqueurs-pousseurs sont ou seront basés à Brest (6), Toulon (5), Cherbourg (5), Papeete (2), Nouméa (2), Fort-de-France (2), La Réunion (2), Mayotte (1), Dakar (2) et Djibouti (2).

 

l'Atipa, premier des sept nouveaux PC6 (© : MARINE NATIONALE)

l'Atipa, premier des sept nouveaux PC6 (© : MARINE NATIONALE)

 

Les PC6

S’y ajoute le programme des 7 nouveaux pousseurs du type PC6, qui contribuent eux aussi au renouvellement des vieux PS4. La DGA a notifié le contrat en décembre 2017 au chantier Gléhen de Douarnenez. Longs de 11 mètres pour une largeur de 4.5 mètres, les PC6 offrent une capacité de poussée de 6 tonnes et de traction de 2 tonnes. La tête de série, l’Atipa, a été livrée en 2019 et est basée à Dégrad-des-Cannes, en Guyane. Doivent suivre cette année la Vive et le Corb, qui seront stationnés à Brest, puis en 2021 les Loup, Sar, Sprat et Orphie, les deux premiers pour la base navale de Toulon et les deux derniers pour celle de Cherbourg.

D’ici 2027, la quasi-totalité des moyens portuaires de la Marine nationale aura ainsi été renouvelée, dont l’ensemble des remorqueurs et pousseurs, à l’exception des plus grosse unités de la flottille, les Esterel et Luberon du type RPC50 (36x11.6 mètres, 50 tonnes de traction) mis en service en 2002 à Toulon. Il conviendra aussi de voir ce que deviendront les quatre pousseurs du type PSS10 spécialement conçus pour les SNLE du type Le Triomphant et datant de 1997.

Autres moyens de remorquage et de servitude renouvelés

Pour ce qui est des moyens hauturiers, en dehors des navires affrétés par la Marine nationale (quatre RIAS et quatre BSAA), le remplacement des remorqueurs de haute mer Tenace (1973-2018) et Malabar (1976-2016), ainsi que du remorqueur-ravitailleur Revi (1984-2016) a déjà été assuré par les nouveaux BSAM (Loire et Seine à Toulon, Rhône et Garonne à Brest). Ceux-ci succèdent également aux anciens bâtiments de soutien de région Chevreuil (1977-2018), Gazelle (1978-2018) et Elan (1978-2019). Le seul ancien BSR encore opérationnel est la Taape (1992), basée à Toulon et reclassée en 2019 en tant que chaland remorqueur d’ancrages (CRA), fonction qu’occupe à Brest le vieux Telenn Mor (1985).

Les moyens de servitude portuaire ont aussi été rajeunis avec huit nouveaux chalands multi-missions (CMM) livrés entre 2017 et 2020 par le chantier iXblue de La Ciotat. Ils remplacent de vieux chalands automoteurs et vedettes.

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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