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Marine nationale : Inquiétante réduction du nombre de patrouilleurs

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Marine nationale : Inquiétante réduction du nombre de patrouilleurs

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En métropole et surtout outre-mer, la flotte de patrouilleurs de la marine française diminue de façon inquiétante. Après le désarmement de La Fougueuse en 2009, remplacée aux Antilles par La Gracieuse ; d'autres P400 devraient cesser leur activité opérationnelle en 2010. Ainsi, il est envisagé de désarmer L'Audacieuse (Guyane) à l'été, ainsi que La Boudeuse (La Réunion) et La Glorieuse (Nouvelle-Calédonie) en fin d'année. Selon le scénario actuellement à l'étude, L'Audacieuse serait remplacée par La Gracieuse, transférée de Fort-de-France, où la frégate de surveillance Germinal doit être basée (en compagnie du Nivôse) à partir d'août 2010.

Le Malin à Toulon (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Le Malin à Toulon (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Pour succéder à La Boudeuse en océan Indien, la marine envisage de dépêcher depuis Toulon Le Malin. Cet ancien palangrier hondurien, pris en flagrant délit de pêche illicite au large des Kerguelen, en 2004, a été saisi par la justice française et remis à la marine. Arrivé à Toulon en mars 2006, il devait initialement remplacer le Poséidon comme bâtiment de soutien au commando Hubert. Mais, en raison d'un problème de pièces détachées, il n'a que très peu navigué depuis qu'il est armé par les militaires. Des solutions auraient néanmoins été trouvées, permettant d'envisager un déploiement du Malin à La Réunion.

Le Grèbe (© : MARINE NATIONALE)
Le Grèbe (© : MARINE NATIONALE)

Outre les Audacieuse, Boudeuse et Gracieuse, il est également question de désarmer le Grèbe (Toulon), qu'on pensait voir déployé outre-mer. Mais ce patrouilleur, réputé fragile depuis sa mise en service en 1991, pourrait prématurément terminer sa carrière.
Concernant les P400, soit 10 unités mises en service en 1987 et 1988, il ne resterait donc que 7 bâtiments opérationnels fin 2010. Ensuite, la marine envisage de désarmer deux patrouilleurs en 2011, deux autres en 2012 et les derniers survivants en 2013. Pour l'heure, on indique au ministère de la Défense qu'il ne s'agit « que d'études » et qu' « aucune décision n'est encore prise ». Le couperet devrait, en fait, tomber officiellement dans quelques semaines.
On notera que les P400 ne sont pas les navires les plus vieux de la flotte. Toutefois, leur exploitation dans les zones tropicales fait qu'ils s'usent plus vite, d'autant qu'ils ne bénéficient pas des mêmes facilités de maintenance qu'en métropole.

Le Batral Dumont d'Urville (© : MARINE NATIONALE)
Le Batral Dumont d'Urville (© : MARINE NATIONALE)

L'outre-mer dans l'attente du programme BATSIMAR

Avec les cinq (et bientôt six) frégates de surveillance, ainsi que les quatre derniers bâtiments de transport léger (le Francis Garnier devant être désarmé cette année), les P400 constituent l'essentiel des forces navales françaises déployées outre-mer. Arc caribéen, océan Indien, terres australes, Nouvelle-Calédonie, Polynésie, Saint-Pierre et Miquelon, Clipperton... Ils assurent des missions de souveraineté sur une immense zone économique exclusive, les territoires d'outre-mer regroupant la majeure partie des 11 millions de km2 de ZEE française. Il s'agit là du second domaine maritime mondial, après celui des Etats-Unis. Cet espace donne à la France une présence sur tous les océans et, par conséquent, des positions stratégiques et élargi sa sphère d'influence, tout en regorgeant de richesses naturelles. Pour surveiller, contrôler et défendre ces zones, les moyens actuels sont déjà limités, à l'heure où les ressources, à l'échelle mondiale, sont de plus en plus convoitées. Dans cette perspective, la perte progressive des P400 et Batral est d'autant plus problématique que le programme de remplacement de ces unités n'a toujours pas été lancé. Prévu sur la prochaine loi de programmation militaire (LPM 2015-2020) le projet BATSIMAR (Bâtiment de surveillance et d'intervention maritime) doit assurer une succession à ces navires, ainsi qu'au patrouilleur austral Albatros (1967). Cet ancien chalutier, notamment chargé de la surveillance des pêches dans les Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF), doit être désarmé en 2015. Mais, au mieux, la tête de série du programme BATSIMAR n'est pas attendue avant 2017.

L'Albatros à La Réunion (© : VINCENT GROIZELEAU)
L'Albatros à La Réunion (© : VINCENT GROIZELEAU)

Quasiment plus de réserves

Cela signifie donc que, durant plusieurs années, la marine va devoir, tant bien que mal, trouver des supplétifs pour « faire la soudure ». Mais, à force de rationaliser ses moyens depuis 20 ans, la flotte tourne aujourd'hui à flux tendus et n'a quasiment plus de marge de manoeuvre. Le jeu des chaises musicales entre les navires basés en métropole et outre-mer en dit long sur la situation et ne durera qu'un temps. Car les « réserves » sont en passe d'être épuisées. Après le départ du Malin, il ne restera guère à Toulon que le patrouilleur Arago. Cet ancien bâtiment hydrographique, datant de 1991 et transformé en patrouilleur en 2002, rend de précieux services dans le cadre du dispositif européen de lutte contre l'immigration clandestine en Méditerranée (agence FRONTEX).

L'Arago (© : MARINE NATIONALE)
L'Arago (© : MARINE NATIONALE)

Les PSP Flamant et Cormoran (© : MARINE NATIONALE)
Les PSP Flamant et Cormoran (© : MARINE NATIONALE)

Après le retrait de la Sterne (2009) et probablement du Grève cette année, les trois derniers patrouilleurs disponibles seront les PSP Flamant, Cormoran et Pluvier (1997). Mais ces unités, basées à Cherbourg, sont occupées à des missions de police des pêches et de surveillance en Manche et mer du Nord, l'une des plus importantes voies de communication mondiales.
Il reste, enfin, les 9 derniers avisos du type A69, reclassés en 2009 patrouilleurs hauturiers. L'un d'eux est déployé en permanence en océan Indien. L'Etat-major pourrait, le cas échéant, redéployer ces bâtiments, basés à Brest et Toulon, vers l'outre-mer. Opérationnels entre 1980 et 1984, les avisos, prévus pour être désarmés entre 2014 et 2019, pourraient assurer la transition avec les BATSIMAR, ce qui aurait aussi pour effet de dégarnir un peu plus les moyens métropolitains. Reste que ces bâtiments semblent devoir constituer l'ultime marge de manoeuvre. Après cela, la marine aura raclé tous les fonds de tiroirs.

L'aviso Commandant Ducuing (© : JEAN-LOUIS VENNE)
L'aviso Commandant Ducuing (© : JEAN-LOUIS VENNE)

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