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Marine nationale : La flottille amphibie a 70 ans

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Regroupant les engins de débarquement mis en œuvre par les bâtiments de projection et de commandement (BPC) Mistral, Tonnerre et Dixmude, la Flottille amphibie (Flophib) fête cette année ses 70 ans.

De tout temps, les opérations de débarquement ont fait partie des activités de la marine, mais des unités réellement spécialisées et dotées de moyens adaptés ne sont nées qu’après la deuxième guerre mondiale. C’est en effet pendant ce conflit que les opérations amphibies ont pris leur essor et que des capacités dédiées furent développées, en particulier pour soutenir la campagne de reconquête du Pacifique menée par l’US Navy. Les opérations de débarquement se sont alors multipliées, jusqu’en Afrique du nord et en Europe.

En France, la naissance d’une première composante amphibie remonte à 1947, lorsque la Brigade Marine d’Extrême Orient est dissoute et que nait la Force Amphibie Marine d’Indochine (FAMIC). Celle-ci est rapidement scindée en deux entités, la Flottille amphibie d’Indochine du Sud et la Flottille amphibie d’Indochine du Nord. La fourragère aux couleurs de la croix de guerre des théâtres d’opération extérieurs de la Flophib est d’ailleurs un héritage de cette période. Ces flottilles avaient pour mission la préparation et la constitution de groupes occasionnels que l’on appelait à l’époque Divisions Navales d’Assaut (DINASSAU).

 

(© MARINE NATIONALE)

(© MARINE NATIONALE)

 

Dès 1947, six DINASSAU voient le jour et totaliseront pas moins de 18 citations à l’ordre de l’armée de mer, cinq d’entre elles gagnant le port de deux à trois fourragères (croix de guerre, médaille militaire, voire légion d’honneur). Pendant la guerre d’Indochine, ce sont les engins à fond plat de ces unités (LCI, LCVP, LCM) qui se révèlent les plus adaptés pour couvrir les 41.000 kilomètres du réseau fluvial vietnamien afin de briser les offensives Viet Minh. Les DINASSAUT assurent de multiples patrouilles et permettent des opérations combinées avec les commandos marine et l’armée de terre. Elles consistent en particulier en des attaques surprise sur des points d’appui du Viet Minh, impliquant la libération de nombreux villages. La flotte fluviale a donc, comme le rappelle la Marine nationale, joué un rôle essentiel pour la conquête, la possession et la défense de l’Indochine française.

 

Tests de débarquement par chalands d'engins chenillés en 1949 à Arzew (© FLOTTILLE.AMPHIBIE.FREE.FR)

Tests de débarquement par chalands d'engins chenillés en 1949 à Arzew (© FLOTTILLE.AMPHIBIE.FREE.FR)

 

En parallèle, naît en Algérie le Centre d’Intervention des Opérations Amphibie (CIOA), une structure interarmées. En 1952, ce centre d’entraînement et d’expérimentation de nouveaux matériels atteint un effectif de 800 personnes, issues à part égale de la marine et de l’armée de Terre.

Alors que le CIOA participe activement à la « pacification » du secteur d’Arzew, au lendemain de la guerre d’Algérie, une force permanente et totalement indépendante voit le jour : la Force Amphibie d’Intervention. A sa tête se trouve un contre-amiral, appelé « ALPHIB », la FAI comptant 700 hommes. Elle sera dissoute pour former le groupement amphibie en 1986. C’est, enfin, en 1993 qu’est créée la Flottille Amphibie telle qu’on la connait aujourd’hui.

 

CTM débarquant des véhicules dans le radier d'un BPC (© MARINE NATIONALE)

CTM débarquant des véhicules dans le radier d'un BPC (© MARINE NATIONALE)

 

Actuellement forte de 110 marins, commandés depuis juillet 2016 par le capitaine de frégate Bertrand de Cacqueray-Valmenier, la Flophib compte trois équipes de reconnaissance de plage et arme 13 engins de débarquement, répartis en deux types. D’abord les chalands de transport de matériel (CTM). Longs de 24 mètres pour une largeur de 6 mètres et un déplacement de 150 tonnes en charge, ils peuvent atteindre la vitesse de 8.5 nœuds. Equipés d’une rampe à l’avant et offrant une surface de pont de 70 m2 (90 tonnes de capacité d’emport), ils sont conçus pour projeter sur une plage des troupes et des véhicules, y compris des blindés.

 

Trois CTM avec le BPC Mistral (© MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

Trois CTM avec le BPC Mistral (© MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Mis en œuvre par 4 marins et équipés de mitrailleuses de 12.7mm pour leur auto-défense et l’appui-feu des troupes débarquées, ces engins en acier peuvent être employés depuis un port ou, surtout, à partir des BPC. Le radier de ces bâtiments de 199 mètres de long et 21.000 tonnes de déplacement en charge, permettent de loger jusqu’à 4 CTM, soit deux fois moins que les anciens transports de chalands de débarquement (TCD), conçus prioritairement pour les opérations amphibie alors que les BPC ont intégré le développement d’autres capacités, en particulier aéromobiles.

 

CTM (© MER ET MARINE - FRANCIS JACQUOT)

CTM (© MER ET MARINE - FRANCIS JACQUOT)

CTM transportant un VBCI (© MER ET MARINE - FRANCIS JACQUOT)

CTM transportant un VBCI (© MER ET MARINE - FRANCIS JACQUOT)

 

Une vingtaine de CTM ont été livrés entre 1982 et 1992 afin de remplacer une première série de chalands identiques datant de 1966/67 et qui ont été désarmés entre 1998 et 2006.

A ce jour, la Flottille amphibie n’a conservé que 9 CTM. « Certes un peu anciens et lents », reconnait la marine, « leur rusticité simple et solide en font cependant des serviteurs loyaux et polyvalents ».

 

EDAR et BPC (© MARINE NATIONALE)

EDAR et BPC (© MARINE NATIONALE)

 

En plus des CTM, la Flophib dispose de quatre engins de débarquement amphibie rapides (EDAR) de nouvelle génération, livrés en 2011 et 2012. Conçus par CNIM et réalisés chez Socarneam à Boulogne-sur-Mer, ces bateaux en aluminium de 30 mètres de long pour 12 mètres de large disposent en leur centre d’une plateforme élévatrice de 126 m² et d’une capacité d’emport de plus de 100 tonnes. Lors des phases de transit, la plateforme est en position haute, permettant à l’EDAR de se transformer en catamaran, avec une vitesse à vide de 30 nœuds et en charge de 18 nœuds.

 

EDAR transportant des véhicules de l'armée de Terre (© MER ET MARINE - FRANCIS JACQUOT)

EDAR transportant des véhicules de l'armée de Terre (© MER ET MARINE - FRANCIS JACQUOT)

 

 

EDAR débarquant des véhicules de l'armée de Terre (© MER ET MARINE - FRANCIS JACQUOT)

EDAR débarquant des véhicules de l'armée de Terre (© MER ET MARINE - FRANCIS JACQUOT)

 

A l’intérieur des radiers des BPC et lorsque les engins s’apprêtent à plager, la plateforme est en position basse, l’EDAR se comportant alors comme un engin à fond plat. Armé par 7 marins et disposant de plusieurs mitrailleuses (dont deux de 12.7mm), ce nouvel outil présente l’avantage, par rapport aux CTM, d’être plus rapide et d’offrir une capacité d’emport supérieure. Il accélère donc les opérations amphibies, tout en améliorant les conditions de navigation et en pouvant lancer des opérations plus loin des zones de débarquement, ce qui permet au BPC de rester à une certaine distance de sécurité. Des qualités qui ont aussi été très utiles, en mars 2015, lorsqu’un EDAR du Dixmude a été employé pour une mission d’évacuation de ressortissants au Yémen.

Initialement, la Marine nationale devait se doter de 8 EDAR afin de remplacer complètement son parc de CTM. Toutefois, seules les quatre unités en service ont pour l’heure été commandées, l’état-major ayant choisi de panacher la batellerie des BPC avec une composante standard constituée pour chaque bâtiment d’un EDAR et de deux CTM.

 

CTM débarquant des véhicules de l'armée de Terre (© MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

CTM débarquant des véhicules de l'armée de Terre (© MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Concernant les bâtiments porteurs de chalands, la France a d’abord mis en œuvre d’anciennes unités cédées par les Etats-Unis : à y a ainsi eu 12 LST à la fin des années 40 (rebaptisés Adour, Cheliff, Golo, Laita, Liamone, Odet, Orne, Paillotte, Rance, Vire et Vulcain). Ces bâtiments de débarquement de chars de 100 mètres de long pouvaient emporter un chaland de type LCT. C’est sur ce modèle qu’ont ensuite été réalisés en France les BDC Argens, Bidassoa, Blavet, Dives et Trieux, mis en service en 1960/61 et désarmés entre 1985 et 1988. Le premier TCD français fut comme les LST un ancien bâtiment américain, l’ex-USS Dagger, cédé pendant sa construction en 1943 à la Royal Navy. Devenu HMS Oceanway, ce LSD de 140 mètres de long pour 21 mètres de large, qui participa au débarquement de Normandie, fut restitué en 1947 aux Etats-Unis, qui le transférèrent à la Grèce, avant une cession à la marine française en 1952. Remis en service l’année suivante sous le nom de Foudre, il participe à la fin de la guerre d’Indochine, à l’intervention à Suez en 1956 puis intègre le CIOA en Algérie avant de partir vers la Polynésie pour soutenir les campagnes de tirs nucléaires entre 1966 et 1968, année où le bâtiment est retiré du service.

 

Le premier TCD Foudre (© L9020.FOUDRE.FREE.FR)

Le premier TCD Foudre (© L9020.FOUDRE.FREE.FR)

 

 

Le second TCD Foudre (© MARINE NATIONALE)

Le second TCD Foudre (© MARINE NATIONALE)

 

La relève est constituée par les Ouragan et Orage, deux TCD de 149 mètres de long, 23 mètres de large et 8500 tpc mis en service en 1963 et 1967. Désarmés en 2007, ils avaient été complétés en 1990 et 1998 par deux unités supplémentaires de 168x23.5 mètres et 12.000 tpc, les Foudre et Siroco. Derniers TCD de la Marine nationale, ils furent vendus au Chili pour le premier (en 2011) et au Brésil pour le second (en 2015). La forme de projection amphibie et aéromobile de la flotte française repose désormais sur les BPC Mistral, Tonnerre et Dixmude, respectivement mis en service en 2006, 2007 et 2012. 

 

- Photos et historique de la Flophib sur le site flottille.amphibie.free.fr

- Voir un très bon article sur l'histoire des moyens amphibies sur le Forum Marine

 

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