Défense
Marine nationale : quatre chantiers pour le programme des patrouilleurs océaniques
ABONNÉS

Actualité

Marine nationale : quatre chantiers pour le programme des patrouilleurs océaniques

Défense

Pas moins de quatre chantiers français vont être impliqués dans la conception et la réalisation des 10 futurs patrouilleurs océaniques (PO), a appris Mer et Marine. Selon nos informations, un premier contrat de cadrage va être prochainement notifié par la Direction Générale de l’Armement (DGA). Il portera sur l’organisation du programme et, surtout, le début des études de conception des bâtiments. Celles-ci seront pilotées par Naval Group, dont les bureaux d’études de Lorient vont être mobilisés pour développer une nouvelle plateforme adaptée aux besoins de la Marine nationale. Mais le leader français du naval militaire ne sera pas le seul dans ce programme. L’Etat et les industriels intéressés par ce projet se sont en effet mis d’accord pour que la construction des bâtiments, livrables en 2025 et 2030, soit confiée à trois autres chantiers : CMN, Piriou et Socarenam. Ce marché atypique comprendra différents contrats, celui portant sur la construction du prototype étant attendu vers la fin 2022 d’après nos sources. La répartition des bateaux entre chantiers n’est pas encore actée, ce qui est logique puisqu’elle dépendra de la charge de travail prévisionnelle dans les différents acteurs du groupement au moment de la commande.

Pas de traditionnel appel d’offres

C’est pour mémoire le 10 juin dernier que Florence Parly, ministre des Armées, a entériné en comité ministériel d’investissement le lancement du programme PO, prévu par la loi de programmation militaire 2019-2025. Avec la volonté de l’Hôtel de Brienne de mettre en place un marché présenté comme « innovant ». La première innovation consiste en l’absence d’un traditionnel appel d’offres, le ministère ayant choisi un processus permettant d’éviter une procédure classique, comme cela avait encore été le cas pour les six patrouilleurs d’outre-mer (POM) commandés à Socarenam en décembre 2019 à l’issue d’une compétition entre plusieurs industriels.

Pour faire l’impasse sur la procédure d’appel d’offres traditionnelle et surtout éviter une ouverture du marché au niveau européen, l’Etat se retranche derrière l’ombrelle des intérêts militaires stratégiques du pays, qui lui donnent le droit de restreindre son marché public au niveau national, et même de choisir directement ses fournisseurs. C’est ce qui se pratique couramment pour de nombreux équipements militaires sensibles, dont toutes les unités de combat de premier rang de la Marine nationale.

L’argument de la participation à la sûreté des SNLE

Or, les PO seront des bâtiments de second rang relativement peu armés et dont l’essentiel des missions relèvera plutôt de l’action de l’Etat en mer (surveillance des espaces maritimes, lutte contre les trafics illicites, police des pêches, assistance aux navires en difficulté…) Mais il en est une autre qui fait toute la différence, et c’est là que réside la subtilité permettant à la France de conserver ce programme en national. Les futurs patrouilleurs océaniques seront en effet équipés d’un sonar de coque pour contribuer au dispositif de lutte ASM et ceux qui seront basés à Brest contribueront directement au dispositif de sécurisation des départs et retours de patrouilles des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE). Une mission que remplissent déjà les unités du type A69, que les PO vont notamment remplacer.

Maximiser les retombées sur plusieurs chantiers français

Le second enjeu de ce programme est d’en faire bénéficier au maximum l’industrie navale française, dans le cadre notamment d’une politique affichée par le ministère de soutien à la relance économique par la commande publique. Cela, en respectant des contraintes budgétaires fortes pour conserver la cible visée par le programme (10 bâtiments) et permettre à ceux-ci d’être aussi bien équipés que possible avec les moyens financiers disponibles. Une ambition qui passait par la possibilité de mettre autour de la table la plupart des chantiers français intéressés par de tels bateaux, et d’éviter qu’une nouvelle fois le champion national rafle la mise. La DGA a donc opté pour ce qui s’apparente à une procédure de dialogue compétitif. Et, après de longs mois de discussions, un compromis a donc été trouvé.

Meilleure compétitivité des « petits » chantiers

Naval Group, en manque de commandes à l’export sur le marché des bâtiments de surface, n’a pas pu croquer seul la pomme. Mais il est désigné pour piloter le programme et surtout le développement d’un nouveau bâtiment (en collaboration pour certains points avec certains de ses partenaires), ce qui va apporter une charge de travail bienvenue aux bureaux d’études de Lorient. CMN (Cherbourg), Socerenam (Boulogne et Saint-Malo pour la réalisation de coques) et Piriou (Concarneau) vont de leur côté gagner une importante activité de production, et de la visibilité sur plusieurs années. Tout cela en permettant à l’Etat de bénéficier, grâce à ces trois « petits » chantiers, de coûts de production plus

Marine nationale | Toute l’actualité de la marine française Euronaval 2020 - Euronaval-Online