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Marine nationale : Un hackathon autour du renseignement maritime

Media, forum, blogs, réseaux sociaux, sites institutionnels… Internet constitue la plus grande source d’informations que l’homme ait eu à sa disposition, et elle s’enrichit constamment. Une mine d’or en matière de renseignement, pour peu que l’on se dote des moyens adéquats afin de détecter, recueillir, analyser, caractériser, compiler et restituer les informations intéressantes plus ou moins noyées dans une somme considérable de données provenant de multiples supports et canaux. C’est l’une des grandes problématique de la gestion du big data par les services de renseignement, autour de laquelle la Marine nationale a initié une opération originale.

Développer à terme un outil exploitable pour les opérations

A l’occasion de la journée du marin, elle a en effet organisé un « hackathon » (historiquement un marathon de hackers) en partenariat avec l’école 42, fondée notamment par Xavier Niel, ainsi que Thales. Pendant 48 heures, du 15 au 17 mai, plusieurs équipes de développeurs et étudiants de 42 et de l’IEP Paris, mais aussi d’autres profils, comme des designers et géopoliticiens, ont concouru sur le thème du renseignement maritime. Une grande première qui visait, explique-t-on à l’état-major de la marine, à « explorer l’extraordinaire masse de données disponibles sur Internet et de systématiser l’analyse des signaux faibles, du niveau tactique (l’opérateur) jusqu’au niveau stratégique (le décideur) ». Avec dans l’idée, à terme, de développer un outil exploitable pour les opérations de la flotte, en profitant du laboratoire d’innovation que représente un hackathon. Les gagnants du concours auront en effet l’occasion de poursuivre leur projet à l’occasion d’un stage au Centre d’expertise des programmes navals de Toulon.

 

Pendant le Hackathon Marine (© MARINE NATIONALE)

 

Course contre la montre

Concrètement, les équipes, appuyées par des experts, ont réfléchi, échangé et débattu afin de proposer des idées cohérentes et les affiner, aboutissant à une mise en œuvre au travers d’un produit, dont il faut déterminer les caractéristiques et fonctionnali­tés. Commence ensuite la phase de « prototype » dans laquelle les équipes codent, implé­mentent des données, réalisent des designs pour pouvoir tester leur produit. Un jury intermédiaire permet de vérifier la bonne orientation des équipes et la qualité des projets avant la présentation le lendemain au jury final, qui désigne le lauréat. Un travail en forme de course contre la montre, qui peut faire passer aux participants une nuit blanche, mais qui fait partie intégrante des traditions du Hackaton, né dans les années 70 lorsque les développeurs cherchaient au travers de ces challenges à éprouver leur valeur technique et leur vitesse de travail auprès de leurs communautés de pairs, le travail collaboratif permettant de produire à plusieurs ce qui était impossible seul. Beaucoup d’émulation donc, d’entraide, de complémentarité des esprits et de compétition. C’est toujours le cas aujourd’hui, le Hackathon permettant grâce à son « format » de sortir des sentiers battus en constituant autour d’une problématique précise et au travers d’un processus chronométré des communautés constituées d’acteurs aux profils variés s’ignoraient jusqu’alors.  

Détenir la « supériorité informationnelle »

C’est via cette approche originale que la marine a souhaité enrichir ses réflexions sur un domaine hautement stratégique. Considéré comme le nerf de la guerre, le renseignement permet en effet de suivre et d’anticiper l’évolution d’une situation, de connaitre ses adversaires, leurs activités, moyens, forces et faiblesses, capacités et implantations, de détecter des signaux politiques, économiques ou militaires qui pourraient avoir des conséquences à plus ou moins long terme, de recouper, confirmer et compléter des informations... C’est une capacité essentielle pour les forces armées mais aussi le pouvoir politique puisque d’un bon renseignement dépend l’autonomie décisionnelle et la capacité à réagir. Assurant la fonction « connaissance et anticipation », le renseignement, qui combine différents moyens, humains et techniques, a connu ces dernières années une véritable révolution liée au développement du numérique. Une simple photo de bateau, diffusée sur Internet, permet par exemple de savoir où se trouve ce navire, observer d’éventuelles modifications dans ses équipements ou encore se faire une idée de son état général. Il s’agit parfois de petits détails, qui peuvent offrir, seuls ou compilés à d’autres, directement ou par déduction, de précieuses informations.

C’est dans ce contexte, et dans une toile qui ne cesse de grossir, que la flotte française, présente sur toutes les mers du globe et évoluant souvent dans des zones sensibles, souhaite se doter d’outils innovants : « C’est un enjeu majeur pour la marine : la maîtrise de l’information et la « supériorité informationnelle » constituent des exigences fondamentales pour les opérations navales ».

Le projet lauréat

Le projet qui a remporté le Hackathon Marine est basé sur l’analyse de tous les flux vidéo disponibles sur Internet et qui, par hasard ou par nécessité, sont tournés vers la mer. Grâce à des algorithmes d’intelligence artificielle, les meilleurs images seront étudiées pour faire ressortir les caractéristiques des navires filmés en mer, dans les ports ou dans les passages resserrées. Ces caractéristiques seront finalement croisées avec les données massives disponibles sur sur le net pour consolider la connaissance des activités maritimes.

 

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