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Marine : Un troisième BPC pour remplacer la Jeanne d'Arc ?

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Marine : Un troisième BPC pour remplacer la Jeanne d'Arc ?

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Célèbre dans le monde entier, le porte-hélicoptères Jeanne d'Arc, navire école de la marine, subit actuellement son dernier grand carénage chez DCNS, à Brest. En 2010, le bâtiment, admis au service actif en 1964, sera désarmé après 46 ans de bons et loyaux services. Alors que la question de son remplacement se pose depuis plusieurs années, la Rue Royale étudie l'opportunité d'acquérir un troisième navire du type Bâtiment de Projection et de Commandement (BPC) pour prendre sa relève. « Il faut trouver un bâtiment où les midships et leurs homologues étrangers se regroupent et se côtoient. C'est ce qui va forger l'esprit de corps dans la marine », indique-t-on à la Marine nationale, où le remplacement de la « Jeanne » est présenté comme une nécessité. L'Etat-major ne souhaite pas, pour autant, n'importe quel type de bateau. Certains projets, comme la transformation d'un navire civil en bateau école, sont visiblement mal perçus, notamment parcequ'ils n'offrent pas les même capacités militaires et aériennes : « L'entraînement doit être réalisé sur des unités de combat car il ne s'agit pas de faire une croisière autour du monde. De plus, il est souhaitable d'obtenir une utilisation durable du bâtiment, qui puisse intervenir sur d'autres missions, qu'elles soient militaires ou humanitaires. Dans ces conditions, le concept du BPC correspond aux besoins », explique un officier supérieur.

Différentes pistes envisagées

Différentes pistes sont, ou ont été, étudiées pour assurer la succession de la Jeanne d'Arc. Ce fut notamment le cas du « groupe Jeanne d'Arc », un concept basé sur le regroupement de plusieurs unités de la flotte, une à deux frégates et un bâtiment logistique. Cette solution, à laquelle la marine a eu recours pour la campagne 1997/1998 pour cause d'indisponibilité de son porte-hélicoptères, présente un problème de budget. Il faut, notamment, disposer de suffisamment de bâtiments pour embarquer, en plus des équipages, 100 à 130 élèves : « Déployer plusieurs bâtiments de combat qui ne sont pas conçus pour cette mission coûte très cher. De plus, les effectifs de la flotte sont calculés au plus juste et on ne peut pas mobiliser chaque année des bateaux exclusivement pour la formation ». Si « tendre vers une formation maritime européenne » est une priorité pour la marine, la constitution d'un groupe école avec plusieurs membres de l'UE pose également problème, chaque pays disposant d'un mode de formation très différent. Ce concept paraît difficilement envisageable à court terme. Reste donc l'option d'un navire spécialement dédié et, en ce sens, la construction d'un BPC ne manque pas de pertinence. Bâtiment de grande taille (199 mètres pour 21.500 tonnes) et de conception modulaire, ce type de navire dispose d'importantes capacités d'hébergement, permettant l'accueil d'officiers élèves, de leurs formateurs et de l'équipage, sans oublier les locaux destinés aux cours. Les nombreux logements, prévus pour 150 marins et 450 soldats sur une longue période, serviraient également aux troupes de l'armée de Terre en cas d'utilisation du navire en dehors de sa mission d'école.

Un impératif : Réduire la facture au maximum

Les Mistral et Tonnerre, livrés en 2006 et 2007, ont déjà démontré leur important potentiel en matière de projection de forces, d'opérations humanitaires et d'évacuation de ressortissants (Opération Baliste au Liban en 2006). Conçu par DCNS et les Chantiers de l'Atlantique (désormais Aker Yards) aux normes civiles, le BPC présente par ailleurs des coûts d'exploitation très réduits, avec une forte automatisation et un équipage relativement faible (160 marins contre 600 sur la Jeanne d'Arc). La marine est très sensible à son taux de disponibilité, grâce à l'amélioration de la maintenance. L'activité annuelle des BPC atteint 5000 heures, contre 2600 pour les générations précédentes de Transports de Chalands de Débarquement (TCD). Cela représente 210 jours de mer, pouvant être porté à 350 en cas de besoins, une marge de manoeuvre très utile pour des opérations imprévues et parfois durables. Enfin, sur la question budgétaire, dans la mesure où les deux premiers navires de la série ont coûté 580 millions d'euros au ministère de la Défense (études comprises), la marine peut espérer faire baisser la facture d'une troisième plateforme entre 150 et 200 millions d'euros, soit deux à trois fois moins que le prix d'une frégate neuve. A titre de comparaison avec le secteur civil, dans sa fourchette basse, ce budget est à peine plus important (20%) que le prix d'un ferry neuf ou des navires de ce type actuellement proposés sur le marché de l'occasion.

Une ambassade et une capacité d'intervention itinérante

Véritable ambassade flottante, la Jeanne d'Arc parcoure le monde depuis 43 ans, visitant chaque année une douzaine de pays. Avant même le porte-avions Charles de Gaulle, c'est sans doute le navire français le plus connu à l'étranger. Cette fonction de représentation, très importante pour entretenir les relations militaires, politiques et économiques avec les autres pays, est doublée d'une hausse des missions « opérationnelles » réalisées ces dernières années par le Groupe Ecole d'Application des Officiers de Marine (GEAOM). Ainsi, en 2004, la Jeanne a participé à l'opération Carbet, déclenchée suite aux troubles qui ont secoué Haïti. Début 2005, le porte-hélicoptères, arrivant en océan Indien, a été dépêché en Indonésie pour soutenir les populations sinistrées par le tsunami. Le GEAOM a d'ailleurs constitué une très grande partie de l'aide militaire apportée par la France. On notera qu'à cette occasion, en raison de la destruction des infrastructures côtières, une capacité amphibie du porte-hélicoptères aurait été des plus utiles. Au cours de la dernière campagne, le navire école a, de nouveau, été utilisé à Madagascar en mars 2007 pour acheminer des médicaments et du matériel suite au passage du cyclone Indala.

Un navire pour les marins... Et l'armée de Terre

Ces quelques opérations démontrent l'intérêt de disposer d'un grand bâtiment doté de capacités importantes, notamment aériennes, naviguant six mois par an sur toutes les mers de la planète, notamment dans les régions à risques. Elles expliquent également l'intérêt des marins pour le BPC. Capable d'embarquer quatre chalands de débarquement, 16 hélicoptères et plusieurs milliers de personnes sur de courtes périodes (comme pendant les évacuations au Liban), le Bâtiment de Projection et de Commandement dispose d'un vaste hôpital embarqué, parfait pour les opérations humanitaires, ainsi que d'impressionnants hangars pouvant permettre le stockage de vivres, de matériels et de véhicules. A l'heure ou les évolutions géostratégiques laissent entrevoir une multiplication des interventions à l'étranger, un tel bateau pourrait compléter utilement les capacités de la Défense, et notamment de l'armée de Terre, pour se déployer sur les théâtres extérieurs.
Cette dernière, qui embarque de plus en plus fréquemment sur les navires amphibies de la marine, pourrait également bénéficier d'un navire école du type BPC pour assurer la formation des ses personnels, notamment des pilotes de l'Aviation Légère de l'Armée de Terre. La Jeanne d'Arc embarque d'ailleurs chaque année des éléments de l'ALAT, avec leurs hélicoptères Gazelle et Puma.

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