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Marins sans Frontières envoie une troisième vedette de sauvetage à Madagascar

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Marins sans Frontières envoie une troisième vedette de sauvetage à Madagascar

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Marine Marchande

Ancienne vedette de deuxième classe de la Société Nationale de Sauvetage en Mer (SNSM), la Norma a embarqué hier, dans le port de La Rochelle-La Pallice, à bord du MN Calao, l’un des rouliers de la Maritime Nantaise affrétés par le ministère des Armées. Direction l’océan Indien, où elle va rejoindre Madagascar et renforcer les moyens de secours en mer d’une île qui en manque cruellement.

Longue de 10.22 mètres pour une largeur de 3.65 mètres, l'ex-SNS 230 Philippoise est équipée de deux moteurs Iveco de 200 cv. Déclassée au sein de la SNSM, elle a été reprise par Marins Sans Frontières. Entièrement révisée, équipée d'un radar et repeinte à ses couleurs à Palavas-les-Flots, la vedette a rejoint La Rochelle via le Canal du Midi, sous la conduite de Gérard d'Aboville, vice-président de l'association.

 

La vedette Norma

La vedette Norma (© MARINS SANS FRONTIERES)

 

Débarquement à Mayotte avant de rejoindre Tolaria

Le MN Calao débarquera le bateau à Mayotte, d’où il partira pour Madagascar. Réceptionné à  Mahajanga, il sera officiellement remis par l’association, dans le cadre d'une convention de mise à disposition établie pour une période initiale de 5 ans (renouvelable), à l'Agence Portuaire Maritime et Fluviale (APMF). Il s'agit de l'établissement public en charge de tout le trafic maritime malgache, qui en assurera l’exploitation.  

Norma aura pour port d’attache Tolaria, situé sur le canal du Mozambique, à hauteur du tropique du Capricorne. La vedette aura comme missions le sauvetage en mer dans les eaux territoriales malagasys, en coopération avec le CROSS Réunion dans le cadre de la Convention de Hambourg sur les opérations de recherche et de sauvetage maritimes, qui a été ratifiée par Madagascar. Dans cette zone très dangereuse où de nombreuses personnes ont péri ces dernières années, elle réalisera également des opérations d’assistance médicale et évacuations sanitaires, de prévention de la pollution, de surveillance et la sécurisation des manifestations nautiques. La vedette sera par ailleurs employée pour les missions de sécurité, contrôle, surveillance maritime et inspection en mer qui incombent à l’APMF.

Seulement deux embarcations pour 7200 kilomètres de côtes

Prenant le nom du célèbre opéra de Bellini, Norma est la troisième ex-vedette de la SNSM restaurée et mise à disposition des autorités de Madagascar par Marins Sans Frontières. Les deux premières, Aïda et Tosca, baptisées en hommage aux œuvres de Verdi et Puccini, sont respectivement arrivées en 2011 à Majunga et en 2015 à Nosy Be. Et l’association va poursuivre et amplifier son action puisqu’une ancienne vedette de 1ere classe de la SNSM arrivera en 2018 sur l'ile Sainte Marie, au nord-est de Madagascar. Une autre vedette, cette fois de seconde classe, est ensuite prévue pour renforcer les moyens de sauvetage à Morondava, dans le canal du Mozambique. A terme, Marins Sans Frontière souhaite déployer 10 vedettes le long du littoral du pays. « Madagascar compte 7200 kilomètres de côtes où vit une très nombreuse population et, parmi elle, une multitude de petits pécheurs. Ceux-ci pratiquent leur métier sur des pirogues taillées dans des troncs d'arbre et qui n'offrent aucune sécurité. Et il n'y a en tout et pour tout que deux vedettes de sauvetage, l'une à Mahajanga, l'autre à Nosy Be, qui appartiennent toutes les deux à Marins Sans Frontières. A titre de comparaison, la France, avec un peu plus de 5000 kms de côtes, dispose via la SNSM de plus de 250 engins de sauvetage. C’est dire que, si dans notre pays la sécurité maritime est bien assurée, c'est loin d'être le cas à Madagascar », explique Jean Ducluzeau, président de Marins Sans Frontières.

 

L'Aïda est arrivée à Madagascar en 2011 (© MARINS SANS FRONTIERES)

L'Aïda est arrivée à Madagascar en 2011 (© MARINS SANS FRONTIERES)

 

A Mahajanga et Nosy Be, de nombreuses vies déjà sauvées 

L’association se bat depuis plusieurs années pour que cette question de sécurité soit prise en compte par les autorités locales qui en ont la responsabilité, à savoir l’APMF et sa tutelle, le ministère malgache des Transports. Marins Sans Frontières est en lien étroit et permanent avec l'un et l'autre et les nombreuses discussions que son président a eues avec ces autorités ont déjà permis de déployer les deux premières vedettes. « Les responsables de l'APMF à Mahajanga et à Nosy Be qui disposent chacun d'une de nos vedettes s'en félicitent tous les jours et nous disent qu'aujourd'hui ils ne pourraient plus s'en passer : les rapports trimestriels qui nous sont adressés montrent combien elles sont utiles. Elles ont permis de sauver de la noyade un nombre important de personnes, principalement sur des bateaux de pêche et des boutres. Elles permettent également à l’APMF, qui les exploite, d'assurer sa mission de contrôle du trafic maritime et, pendant la période des fêtes, le contrôle des plages ».

 

Nosy Be (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Nosy Be (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Nosy Be (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Nosy Be (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Placer judicieusement 8 unités supplémentaires

Jean Ducluzeau explique qu’un examen attentif de la carte de Madagascar, réalisé conjointement avec les autorités locales, a permis de montrer qu'il faudrait au moins 8 vedettes de sauvetage supplémentaires pour couvrir les premiers besoins en matière de sécurité maritime. Les ports d’attache identifiés sont Antsiranana (Diego Suarez), Morondavia, Tulear, Fort Dauphin, l'ile Sainte Marie, la baie d'Antongil, Antalaha et Sambava. « La SNSM, avec laquelle nous avons un accord de partenariat, est prête à mettre à notre disposition, au fur et à mesure de ses réformes, les vedettes dont Madagascar aurait besoin », assure le président de l’association. Mais celle-ci butte sur l'éternelle question du financement car ces bateaux ont un coût. « Il faut compter environ 35.000 euros par vedette entre le prix de rachat, aussi minime soit-il, la révision complète et la peinture, les frais de préacheminement jusqu'au chantier puis vers le port français où elles embarquent (souvent Toulon), ainsi que les frais de post acheminement depuis Mayotte ou La Réunion jusqu'à Madagascar ».

Des fonds internationaux pour les forces navales mais pas pour le sauvetage

Ces 8 nouvelles unités représenterait un coût global d’environ 280.000 euros. C'est une somme, certes, mais Chez Marins Sans Frontières on fait volontiers remarquer les montants de certains investissements internationaux au profit de Madagascar : « Le prix de nos vedettes est dérisoire lorsque l'on sait que la Banque Mondiale a fait don à l'Etat Malgache de 4 vedettes rapides armées par sa marine nationale pour la surveillance des trafics illicites et qui ont coûté 150.000 euros l'unité, ou si l’on compare le prix de nos bateaux de sauvetage aux 800.000 dollars qu'a coûté la vedette de 11 mètres que le gouvernement américain vient de remettre aux forces navales malgaches de Nosy Be, toujours pour lutter contre les trafics clandestins. L'enjeu pour la sécurité et la vie de la population est pourtant, à nos yeux, aussi important que la lutte contre les trafics et serait très profitable vis à vis de la population, notamment côtière, qui est souvent isolée et soumise aux aléas de la mer ». 

Pour poursuivre le développement des moyens de sauvetage le long des côtes de Madagascar, l’association en appelle donc aux instances nationales et internationales, au gouvernement français ainsi qu’à la générosité du grand public. 

La SNSM prête à céder rapidement trois unités

Car après la livraison de Norma, Marins Sans Frontières compte bien envoyer rapidement d’autres unités sur place. « Aujourd'hui la SNSM nous propose trois vedettes : deux de 2e classe de 8.9 mètres et 10.5 mètres qui sont disponibles immédiatement et qui ont fait l'objet d'une expertise de l'un de nos techniciens pour examiner leur état et déterminer les travaux à y faire avant de les expédier sur Madagascar. S’y ajoute une vedette de 1ere classe de 13.3 mètres qui ne sera disponible qu’à la fin du premier trimestre 2018 ». Selon les projets de l’association, une vedette de seconde classe pourrait être affectée à Antsiranana, la vedette de première classe serait réservée pour l'île Sainte Marie, où la mer est très dure et les accidents nombreux. « L’APMF, qui est intéressée par ces vedettes, souhaite que nous nous rendions très rapidement au ministère des Transports pour arrêter les conditions de leur mise à disposition. Ces vedettes qui correspondent aux besoins spécifiques de Madagascar ont, pour nous, l’avantage d’être basées dans des stations du sud France, donc pas trop éloignées de Toulon, port de leur embarquement pour La Réunion ou pour Mayotte. Leur préacheminement sur Toulon serait donc d’un coût très inférieur à celui que nous aurions si les vedettes étaient situées  sur la côte atlantique ou sur la Manche ».

Une mise à disposition subordonnée à des engagements

On notera que l’emploi des vedettes par les autorités malgaches est subordonnée, dans le cadre de la convention de mise à disposition, à un double engagement de la part de l’APMF. Celle-ci doit assurer continuellement l'exploitation des bateaux, ce qui suppose qu’elle soit en mesure de disposer en permanence d'équipages compétents et disponibles. L’agence s’engage en outre à assurer leur maintenance, qu'il s'agisse de l’entretien courant, d’un carénage annuel et, lorsque cela s'avérera nécessaire, du remplacement des anodes. Dans des mers chaudes comme c'est le cas à Madagascar, il s’agit en effet d’une question vitale pour la survie des vedettes.

Marins Sans Frontières souligne que le développement envisagé de la flotte de sauvetage nécessitera, le moment venu, la création au sein de l’APMF « d'un service spécifique dirigé par un responsable technique compétent, en mesure de superviser la gestion des vedettes, leurs missions et d’harmoniser dans les différents ports leurs procédures d’entretien. Ceci indépendamment des engagements que la République Malgache a pris dans le cadre de la Convention de Hambourg sur la recherche et le sauvetage en mer et qui sont gérés par le JRCC en liaison avec le CROSS Réunion ».

 

Bateau de l'association sur le fleuve Tsiribihina

Bateau de l'association sur le fleuve Tsiribihina (© MARINS SANS FRONTIERES)

 

Bientôt 20 ans d'action au profit des populations malgaches

L'association, qui intervient depuis 1998 à Madagascar, poursuit par ailleurs les actions mises en place depuis deux décennies afin, via la mer et les cours d'eau, d'aider les populations locales et soutenir le développement économique des zones enclavées. Il s'agit par exemple de  liaisons qui peuvent servir à des échanges commerciaux mais aussi, et surtout, à permettre l'intervention, dans des villages qui ne sont pas accessibles par la route, de médecins locaux. Ceux-ci mènent des campagnes de vaccinations et effectuent des visites médicales au profit des habitants. Actuellement, Marins Sans Frontières compte deux bateaux sur le fleuve Tsiribihina, grâce auxquels l'association Ar Mada mène 7 missions annuelles de 12 jours auprès des 30.000 habitants de 8 villages isolés en situation sanitaire critique, réalisant 23.000 consultations chaque année. Une autre mission permet de déployer sur le canal des Pangalanes une petite navette médicale fluviale qui se rend dans 4 villages. Dépourvus jusqu'ici de toute infrastructure hospitalière, ils vont bénéficier, grâce à l'association Side, de la construction d'un centre de santé, la navette ayant acheminé cette année un conteneur rempli de matériel médical et de mobilier scolaire. 

 

Le canal des Pangalanes (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le canal des Pangalanes (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

De l'Afrique à l'Asie

C'est en 1984 que Marins sans Frontières a été créée. Basée à Brest et comptant une antenne à Paris, cette association spécialisée dans les actions de solidarité internationale compte une dizaine de membres actifs et plusieurs centaines d'adhérents et sympathisants venant de différents horizons maritimes (marins au commerce, anciens de la Marine nationale, plaisanciers, portuaires, amoureux de la mer...) Sa vocation, comme elle l'explique, est de « porter assistance et secours aux populations isolées par la mer ou par le fleuve, afin d'améliorer leurs conditions de santé et de vie en facilitant les échanges humains, techniques et économiques ». Selon les besoins propres à chaque mission, l'association rassemble des professionnels de la mer et de la santé, des logisticiens, des techniciens et formateurs. Elle intervient à la demande des autorités nationales, provinciales ou locales, ainsi que des populations mais, dans ce cas, toujours en accord avec les autorités. Sa logistique maritime et fluviale constitue également une aide précieuse à d'autres organisations humanitaires qui interviennent sur les mêmes terrains et auxquelles elle apporte son appui. 

 

L'un des villages du lac Tonle Lap, au Cambodge (© MARINS SANS FRONTIERES)

L'un des villages du lac Tonle Lap, au Cambodge (© MARINS SANS FRONTIERES)

 

En dehors de Madagascar, Marins Sans Frontière a mené des actions au Mozambique (un bateau entre 1987 et 1997), à Haïti (3 bateaux entre 1994 et 1997) et en Thaïlande (aide à la construction de 85 bateaux de pêche en 2005 et 2006). En 2010, elle a participé à la construction d'une pirogue pour l'association de médecins ANIMA, qui intervient toujours sur les îles de la basse Casamance, au Sénégal, permettant de réaliser 1800 consultations chaque année. Plus récemment, Marins Sans Frontières a aussi fait son retour en Asie, cette fois au Cambodge. Trois bateaux ambulances motorisés ont ainsi été construits en 2015/2016 au profit des villages lacustres du lac Tonle Sap, où absence d’hôpital de proximité entrainait plusieurs décès par an faute de transport. Cette année, deux bateaux supplémentaires doivent être réalisés pour assurer la même mission auprès des habitants de 5 autres villages cambodgiens. 

- Plus d'informations sur le site de Marins Sans Frontières

 

Sauvetage et services maritimes