Vie Portuaire
Marseille-Fos : « Il y en a ras-le-bol », dit le président du Conseil de surveillance

Actualité

Marseille-Fos : « Il y en a ras-le-bol », dit le président du Conseil de surveillance

Vie Portuaire

Le président du Conseil de surveillance du Grand Port Maritime de Marseille n'y est pas allé par quatre chemins, vendredi. « Maintenant, ça suffit, il y en a ras-le-bol. Le port, notre région, les entreprises qui travaillent avec le port, la population ne peuvent être éternellement otages d'un petit groupe d'individus qui sont traités de façon très privilégiée », a affirmé Patrick Daher, alors que le blocage des terminaux pétroliers de Fos et Lavéra entre ce lundi dans son 29ème jour. Depuis près d'un mois, le secteur du pétrole est paralysé, la CGT contestant la création par le GPMM d'une filiale dévolue aux activités pétrolières, dans laquelle les personnels du port seraient détachés. Il ne s'agit pourtant pas d'un véritable transfert au privé. Les salariés conserveront tous leurs avantages et, en cas de scénario catastrophe (fermeture de trois raffineries), le port s'est engagé à conserver la masse salariale. De plus, si jamais la filiale, baptisé Fluxel, se porte mal, les personnels pourront revenir dans le giron du GPMM et ce jusqu'à leur retraite. «Tout a été donné, le personnel est protégé à vie. Que peut-on donner de plus ?», se demande Patrick Daher.

Le port a multiplié les garanties

La création de cette filiale n'est pas consécutive à une initiative locale mais résulte de la mise en oeuvre de la loi de 2008 portant réforme des anciens ports autonomes. De Dunkerque à Nantes Saint-Nazaire en passant par Le Havre, Rouen, La Rochelle, Bordeaux et Marseille-Fos, partout, le régime est le même : Cession des outillages et transfert de l'exploitation des terminaux à des opérateurs privés. Pourtant, sur les terminaux pétroliers de Fos et Lavéra, les personnels ont déjà bénéficié d'un traitement de faveur, probablement concédé par le gouvernement en raison du contexte local. Fluxel ne sera en effet pas détenue majoritairement par des intérêts privés, mais par le GPMM, qui possèdera 60% du capital. «Nous sommes allés au-delà de ce que nos tutelles voulaient nous voir aller », reconnait le président du Conseil de surveillance. Malgré toutes ces assurances, la CGT reste campée sur ses positions, ce qui fait bondir une bonne partie de la place portuaire, très inquiète pour l'avenir du port et les conséquences du conflit, qui aurait déjà coûté des centaines de millions d'euros. « Nous avons pris nos responsabilités de dirigeants du port, à eux de dire s'ils veulent garder un port leader dans le monde du pétrole », estime Patrick Daher.

Syndicalement contreproductif ?

Le conflit aux terminaux pétroliers a, en tous cas, d'ores et déjà dépassé en longueur le mouvement de 2007, qui avait vu le blocage du port durant trois semaines. A l'époque, les syndicats réclamaient des postes sur le nouveau terminal méthanier de Fos-Cavou, alors même que GDF n'emploie sur ses sites, depuis plus de trente ans, que ses propres personnels (pour des questions de sécurité). Ce conflit, surréaliste, s'était soldé par un accord prévoyant la création de quelques postes pour les agents du port sur ledit terminal. Mais, surtout, il avait abouti à l'effet inverse du combat mené par la CGT, puisque cette grève fut à l'origine de la décision de Nicolas Sarkozy de lancer la réforme des ports, qui s'est traduite par le transfert aux opérateurs privés de l'ensemble des terminaux portuaires français (sans d'ailleurs que les potes à Fos-Cavaou voient le jour).
Aujourd'hui, devant la tournure très inquiétante prise par le conflit, un nouveau retour de bâton n'est pas à exclure pour les responsables syndicaux. Vendredi, le président du Conseil de surveillance du GPMM a clairement évoqué un abandon du montage envisagé pour Fluxel avec le maintien d'un participation majoritaire du port : «Si les blocages devaient continuer, un retour à une stricte application de la loi devrait être envisagé ».

Port de Marseille