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Marseille : la réparation navale face aux mouvements sociaux

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Marseille : la réparation navale face aux mouvements sociaux

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Alors que le bras de fer se poursuit entre gouvernement et syndicats sur la réforme des retraites, les ports français sont sérieusement touchés par les mouvements sociaux depuis le mois de décembre. Et pas seulement l’activité sur les terminaux. A Marseille, c’est aussi le cas de la réparation navale, qui se retrouve dans cette situation difficile au pire moment, celui où elle doit mener à bien un chantier majeur sur lequel elle n’a pas le droit à l’erreur. Il s’agit de la rénovation du paquebot Norwegian Spirit. Le navire de la compagnie américaine Norwegian Cruise Line (NCL) est arrivé tout début janvier et a été mis au sec dans la forme 10 des bassins phocéens pour une cure de jouvence complète représentant un investissement de 100 millions de dollars pour l’armateur. Ce qui en fait le projet le plus important mené jusqu’ici dans le secteur de la croisière par Chantier naval de Marseille.

Cet arrêt technique de très grande ampleur, qui associe CNdM et de nombreuses entreprises mandatées directement par l’armateur, est prévu pour durer un mois et a entrainé par NCL l’affrètement de deux ferries de la compagnie italienne GNV, l’Allegra et le Rhapsody (ex-Napoléon Bonaparte) qui servent à loger l’équipage du paquebot mais aussi les sous-traitants employés directement par NCL pour la rénovation du Norwegian Spirit.  

Or, les travaux avancent avec beaucoup de difficulté compte tenu des mouvements sociaux, qui se traduisent notamment par des blocages des accès au port. Salariés, fournisseurs et matériels ne peuvent donc pas accéder tous les jours aux formes. « On fait ce qu’on peut mais c’est très compliqué et le client est extrêmement préoccupé », reconnait Jacques Hardelay, directeur de CNdM. Son objectif est de finir coûte que coûte cette rénovation, et cela dans les temps. L’enjeu est crucial pour l’entreprise, tant sur le plan financier que pour son image et l’avenir de son activité. En particulier avec le groupe américain NCLH, qui est un important client puisqu’il s’agit non seulement de la maison-mère de Norwegian Cruise Line, mais aussi des compagnies Oceania Cruises et Regent Seven Seas, qui envoie régulièrement depuis plusieurs années des paquebots en arrêt technique à Marseille. « Les Américains ne comprennent pas ce genre de conflit et pourquoi un mouvement national ne peut pas trouver des solutions locales ». Le risque, au-delà du seul contrat du Norwegian Spirit, est de savoir si cette situation aura un impact à court et moyen termes sur la fréquentation des cales marseillaises. « C’est un marché basé sur la confiance, les armateurs veulent de la fiabilité et que leurs bateaux soient traités dans les temps. Or, l’image négative est en train de se propager. Nous avons des clients inquiets qui appellent pour savoir s’il y aura encore des problèmes dans les mois qui viennent, même ceux dont les navires sont prévus tard dans l’année. Evidemment nous faisons tout pour les rassurer clients mais on ne maîtrise pas la situation et on peut donc être confronté à des annulations de slots, c’est possible, tout comme des répercussions à plus longue échéance. Il faut que les gens comprennent que les clients qui ne viendraient pas cette année ne seront probablement pas là l’année prochaine, ce qui nous mettrait dans une situation compliquée. Et si l’on perd des commandes, il y aura des conséquences. Nous n’en sommes heureusement pas encore là mais il ne faut pas que cela dure ».

Jacques Hardelay, comme bon nombre de dirigeants d’entreprises installées sur les ports français ou travaillant directement de l’activité portuaire, déplore le pourrissement du conflit et ses conséquences qui deviennent de plus en plus périlleuses économiquement et socialement : « Il y a un conflit autour de la réforme des retraites, chacun pense ce qu’il veut et les gens ont le droit de manifester. Mais il faut avoir conscience qu’en mettant en difficulté nos clients on met aussi en difficulté nos entreprises. C’est pourquoi nous appelons tous les acteurs concernés à négocier pour trouver une solution permettant de débloquer la situation. Le gouvernement doit en particulier prendre les choses en main car jusqu’à présent, si on a beaucoup entendu parler de la SNCF et de la RATP, personne ne semble s’occuper de la situation dans les ports ».

Une constatation d’autant plus amère à Marseille, où au conflit des retraites s’ajoute un autre mouvement, avec le blocage des ferries de La Méridionale et de Corsica Linea desservant la Corse. Cela, au moment où le port phocéen, qui trainait depuis des décennies une image peu glorieuse, était enfin parvenu à redorer son blason et impulser une belle dynamique de développement. Y compris la réparation navale, qui a bien failli péricliter dans les années 2000 et qui, à l’instar de l’ensemble de la place portuaire, est parvenue au prix de gros efforts à se redresser. « Ce qui est terrible c’est que l’on revient en arrière. Tout le travail accompli pendant des années avec les collaborateurs et les organisations syndicales est en train d’être détruit en quelques semaines ».

Le constat du patron de CnDM est dur, pour autant il ne veut « pas baisser les bras ». Pour l’heure, la priorité est donc à l’achèvement de la rénovation du paquebot de NCL, dont la remise en eau doit selon le calendrier initial intervenir le 4 février. Mais aussi la fin de l’arrêt technique du méthanier français Global Energy, qui serait déjà sur le départ s’il n’y avait pas eu de blocage. Le retard pour ce navire approche maintenant d’une semaine. Et puis il y a évidemment la suite, avec trois gros arrêts techniques programmés début février sur le paquebot Mein Schiff 4 et deux ferries de GNL qui doivent être notamment équipés de scrubbers (systèmes de lavage des fumées) à Marseille. « Cette période est pour nous critique car sur le premier semestre, nous devons réaliser les deux tiers de notre chiffre d’affaires annuel », dont une grande partie au premier trimestre.

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