Vie Portuaire
Marseille : Le blocage du port provoque une belle pagaille

Actualité

Marseille : Le blocage du port provoque une belle pagaille

Vie Portuaire

Braséros sur les quais, bateaux immobilisés, canots de sauvetage dans les passes, blocus forcé à coup de lances à incendie... La tension était forte et on constatait hier, sur le port de Marseille, une certaine escalade. Lancé mardi par les grévistes de la SNCM, le blocage du port a presque totalement paralysé le trafic commercial dans les bassins phocéens. Hier encore, les passes sud et nord étaient barrées par des manifestants au moyen de canots de sauvetage, dans le but d'empêcher toute entrée ou sortie de navire. Derrières les digues, de nombreux bateaux étaient à quai. C'était le cas du Baltic Amber, le nouveau ferry de LD Lines exploité entre Marseille et la Tunisie, ou encore du roulier français Eider, du cargo-mixte français Kalliste, du paquebot maltais Atlantic Star, du fréteur tunisien Ulysse, des cargos Tebessa (Algérie), Padna (Malte) et Princess Sira (Géorgie), du porte-conteneurs Boltentor (Gibraltar), du tanker français FS Clara ou encore du navire sismique norvégien Bergen Surveyor. Sans compter, bien évidemment, la présence des navires de la SNCM : Paglia Orba, Monte d'Oro, Pascal Paoli, Corse, Méditerranée, Ile de Beauté.

Trois navires forcent le blocus

Malgré la présence des canots de sauvetage dans les passes, plusieurs navires ont décidé, hier, de forcer le blocus. Le porte-conteneurs Marfret Méjean, le vraquier norvégien Astrea et le roulier maltais Neptune Ithaki sont, ainsi, parvenus à quitter Marseille. Passé par la passe nord, le Méjean semble être sorti sans encombre. Ayant choisi la passe sud, l'Astrea a, en revanche, forcé le passage à coup de lance à incendie, son étrave repoussant les canots lui barrant le chemin, sous les cris de protestation des grévistes présents à bord des embarcations et copieusement arrosés. Troisième à avoir tenté la sortie (par le nord), le Neptune Ithaki a, selon des témoignages, été confronté à une résistance plus virulente, certains individus tentant de le bloquer en jetant des amarres dans les hélices. Malgré tout, le roulier est parvenu à s'échapper et à gagner le large en fin de journée, cap sur Barcelone. Même si ces bateaux ont forcé le blocus à très petite vitesse, les manoeuvres comportaient évidemment des risques. Pour un acteur du port, de telles actions illustrent l'agacement face aux mouvements de grève qui perturbent régulièrement Marseille : « Les gens en ont plein le dos de voir ça depuis des années et de constater que le port est en train de mourir ». Cette lassitude semblait partagée dans les couloirs de l'autorité portuaire, où on regrette que « l'activité (soit) une nouvelle fois prise en otage ».

Plus de ravitaillement phocéen pour la Corse

Alors que les ferries de la SNCM sont bloqués à quai depuis 39 jours, le ravitaillement de la Corse depuis Marseille était assuré, jusque là, par La Méridionale, vers laquelle la SNCM invitait ses clients à se reporter. Le cargo-mixte Girolata, qui devait entrer en arrêt technique le 7 mars, a d'ailleurs été maintenu en service pour faire face au surcroît d'activité. Mais, depuis hier, la flotte de l'armateur marseillais est totalement paralysée. Dans les bassins phocéens, les opérations de chargement du Kalliste ont été bloquées, un braséro étant allumé à l'arrière du navire, dont la rampe a vu son accès barré. Partis la veille d'Ajaccio et de Propriano, les Girolata et Scandola avaient, quant à eux, été déroutés sur Toulon. Mais l'accueil dans le port varois n'a pas été bon. Les dockers toulonnais ont, en effet, refusé de débarquer les camions du Girolata. Seuls les passagers et leurs voitures ont retrouvé la terre ferme. Quant au Scandola, arrivé peu après, il a purement et simplement reçu l'ordre de repartir, la préfecture du Var, craignant des « troubles à l'ordre public », interdisant son accostage. Le Scandola a donc rejoint Fos, où il a pu accoster, mais où les dockers, par solidarité avec le mouvement marseillais, ont refusé le déchargement des remorques, y compris lorsque celles-ci étaient tractées. Les 49 pièces de fret du Scandola sont donc restées à bord. Quant au Girolata, il était au mouillage, hier soir, en rade de Toulon, avec une centaine de remorques à bord. « Nos navires sont totalement paralysés car plus personne ne veut nous accueillir. C'est une situation très grave, notamment pour la Corse, qui n'est plus ravitaillée », expliquait-on hier à La Méridionale.

Le patronat appelle le préfet à déloger les grévistes

Déjà malmenés par les mouvements sociaux liés à la réforme des ports, de nombreux professionnels se disent « excédés » par les derniers développements de cette nouvelle grève. Craignant que le conflit dégénère, le patronat local demande au préfet des Bouches-du-Rhône de faire intervenir les forces de l'ordre pour déloger les manifestants et débloquer les accès du port. « Une minorité de personnes met en péril l'ensemble de l'activité du Grand Port Maritime de Marseille. Sans remettre en cause le droit de grève, rappelons que ce droit ne doit pas entraver la liberté au travail d'autrui », estime l'Union Pour les Entreprises. L'UPE 13 va même plus loin en réclamant la mise en place d'un service minimum sur les liaisons maritimes entre Marseille et la Corse, aussi bien pour les marchandises que pour les passagers. Le patronat s'appuie notamment sur le fait que les liaisons exploitées par la SNCM et La Méridionale le sont dans le cadre d'une délégation de service public dont la mission est d'assurer la continuité territoriale entre l'île et le continent.

La CGT réclame l'intervention de l'Etat

Après 38 jours de conflit, tous les navires de la SNCM demeurent bloqués. La CGT et le Syndicat Autonome des Marins de la Marine marchande (SAMM) dénoncent toujours la réduction de la flotte de la compagnie à 9 navires, contre 10 auparavant. Mais la direction de la SNCM, qui a augmenté le nombre de traversées à Marseille pour compenser le retrait, durant la période estivale, de l'un des deux navires positionnés auparavant à Nice, ne souhaite pas revenir sur ses positions. Il s'agit, pour elle, d'adapter son outil naval à l'évolution du marché et à la décision des autorités niçoises de diminuer le nombre d'escales en été afin de réduire les nuisances pour les riverains du port. Les dernières rencontres entre la direction et les syndicats n'ayant rien donné, la CGT et le SAMM en appellent de nouveau à l'Etat, actionnaire à 25% de la compagnie. « Toutes les propositions faites par nos deux organisations syndicales pour clarifier les graves menaces qui pèsent sur l'emploi et le format de la flotte SNCM, ont été balayées et c'est l'opacité qui règne (...) Au vu de tous ces éléments, nous réclamons (une) réunion avec les ministres des Transports et des Finances, l'actionnaire Veolia (qui possède 66% de la société, ndlr), les représentants de l'actionnariat salarié et nos deux organisations syndicales », indique la CGT dans une lettre adressée au préfet.

DERNIERE MINUTE : Les forces de l'ordre sont intervenues ce jeudi matin pour lever le blocage du port

Port de Marseille