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Marseille : Le port pousse au développement de services d’avitaillement GNL

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Pas encore de projet concret mais une volonté clairement affichée et des discussions intenses avec les acteurs concernés en vue d’y aboutir à partir de 2019. Lundi, le port de Marseille-Fos a réaffirmé son engagement en faveur de la mise en place de services d’avitaillement pour des navires dont la propulsion fonctionne au gaz naturel liquéfié. « Economiquement compétitif, le GNL permet d’éliminer la quasi-totalité des émissions de soufre (SOx) et de particules, de réduire de plus 80 % des émissions d’oxyde d’azote (NOx) et jusqu’à 25 % les émissions de dioxyde de carbone (CO2) par rapport aux carburants maritimes actuels. Par conséquent, le GNL représente pour l’industrie maritime une alternative disponible immédiatement et répondant aux enjeux environnementaux actuels », rappelle l’autorité portuaire, qui fait du GNL l’une des priorités de ses priorités en faveur de la transition énergétique et la réduction des émissions polluantes. En la matière, Marseille-Fos veut également développer le courant quai, déjà en place pour les ferries de La Méridionale, et réfléchit à l’acquisition de scrubbers mobiles.

Le durcissement de la réglementation internationale sur les rejets atmosphériques, à partir du 1er janvier 2020, devrait booster les projets en faveur de navires moins polluants. Mais, pour ce qui concerne le GNL, si certains ports, comme Barcelone, ont déjà acté l’ouverture de services d’avitaillement suite à des accords avec des armateurs, rien n’a encore émergé à Marseille. C’est en fait la problématique de l’œuf et de la poule : les compagnies attendent la mise en place d’un service fiable par les distributeurs et ces derniers ne souhaitent pas se lancer dans de coûteux investissements sans engagement ferme des opérateurs pour un volume minimal et des perspectives de croissance assurant la viabilité économique du service.

Afin de surmonter ce blocage « naturel » et accélérer le mouvement, le Grand Port Maritime de Marseille a constitué cette année un groupe de travail réunissant tous les acteurs de la filière. « Entre mars et juillet 2018 le groupe de travail GNL a élaboré un schéma directeur détaillant les investissements requis, leur phasage et les modes d’exploitation possibles. Il a réuni les armateurs ayant manifesté un intérêt pour la filière GNL au départ de Marseille/Fos, les responsables des deux terminaux GNL établis à Fos (Elengy et Fosmax LNG), un fournisseur de GNL (Total Marine Fuels Global Solutions) ainsi que la plateforme GNL carburant marin et fluvial ».

 

L'AIDAnova, premier paquebot GNL, entrera en service en décembre (© : MEYER WERFT

L'AIDAnova, premier paquebot GNL, entrera en service en décembre (© : MEYER WERFT)

 

Parmi les armateurs intéressés, il y a notamment les compagnies de croisière. Actionnaire de Chantier Naval de Marseille, le groupe Costa mettra en service en décembre son premier paquebot GNL, l’AIDAnova, et en octobre 2019 un second, le Costa Smeralda (trois autres au moins suivront d’ici 2022). Des navires équipés de trois réservoirs totalisant plus de 3500 m3 de GNL. Ils seront appelés à être exploités en Méditerranée, Marseille allant même être un port d’embarquement hebdomadaire pour le Costa Smeralda. Il ne s’y avitaillera cependant pas, Carnival, maison-mère de Costa, ayant conclu un accord avec Shell pour effectuer à Barcelone les opérations de soutage de ses paquebots GNL (9 doivent être livrés d’ici 2023 à AIDA, Costa, P&O Cruises et Carnival Cruise Line). Mais les navires sillonnant la Méditerranée seront amenés à réaliser leurs arrêts techniques dans le chantier phocéen, engendrant par conséquent un besoin d’avitaillement en GNL.

Plus régulier devrait être le futur trafic généré par MSC Cruises, qui souhaite la mise en place d’une solution d’avitaillement à Marseille pour ses futurs géants du projet World Class, dont la tête de série sera livrée par les chantiers de Saint-Nazaire en 2022. Les autres entreront en flotte en 2024, 2025 et 2026, sachant que le cinquième paquebot de la classe Meraviglia, prévu pour 2023, fonctionnera lui aussi au gaz.

 

Les futurs World Class de MSC Cruises (© : CHANTIERS DE L'ATLANTIQUE

Les futurs World Class de MSC Cruises (© : CHANTIERS DE L'ATLANTIQUE)

 

Alors que ce mode de propulsion est appelé à se développer dans l’industrie de la croisière, d’autres compagnies passant au GNL pourraient bien entendu être intéressées par sa disponibilité à Marseille. Mais le seul marché des paquebots n’est pas suffisant pour déclencher la mise en place d’un service de soutage. D’autres types de navires doivent, et vont, s’y ajouter. On pense évidemment aux bateaux de commerce, comme les porte-conteneurs. CMA CGM, dont le siège est à Marseille et qui a participé au groupe de travail, est le premier armateur à avoir commandé des navires de ce type équipés d'une propulsion GNL, en l’occurrence neuf unités de 22.000 EVP dont l’entrée en flotte est prévue à partir de 2020.

 

Esquisse du futur navire avec le réservoir GNL à l'avant (DROITS RESERVES)

Esquisse du futur navire avec le réservoir GNL à l'avant (DROITS RESERVES)

 

Ils seront exploités entre l’Asie et l’Europe du nord, sans passer normalement par Marseille. Mais ce sera sans nul doute le cas à l’avenir pour ces bateaux, ou d’autres, car ils ne resteront pas seuls de leur genre. On notera de plus que CMA CGM a choisi pour leur avitaillement le groupe Total, qui va certes l’assurer depuis Rotterdam pour les premières unités GNL de l’armateur, mais s'intéresse aussi au développement du soutage à Marseille. Un service pourra donc facilement voir le jour si CMA CGM développe sa flotte fonctionnant au gaz et décide d’intégrer le port provençal dans leurs rotations.

 

Ferry et remorqueur à Marseille (© : EMMANUEL BONICI

Ferry et remorqueur à Marseille (© : EMMANUEL BONICI)

 

Un autre gros potentiel réside évidemment dans les ferries, nombreux à fréquenter Marseille et constituant un trafic très régulier. Les principaux opérateurs, à commencer par Corsica Linea, ont des projets de constructions neuves intégrant une propulsion GNL. Il y aussi des réflexions pour les services portuaires, dont le remorquage. Boluda explique réfléchir depuis longtemps au gaz mais, au-delà de l’avitaillement, dit se heurter pour le moment à un prix plus élevé des remorqueurs GNL par rapport aux coques conventionnelles. Une problématique de coût qui touche en réalité de nombreuses compagnies, d’autant que la plupart ont toujours des difficultés à effectuer des emprunts pour construire de nouveaux bateaux. La mise en place par le gouvernement de mesures spécifiques, comme le dispositif de suramortissement pour les navires utilisant des propulsions propres à partir de 2019 et pour trois ans, pourrait inciter des armateurs à franchir le pas.

L’autre gros frein au développement du GNL réside toujours dans les contraintes règlementaires hexagonales, très complexes et qui ont jusqu’ici, pour les rares projets menés en France dans ce domaine, requis des dérogations via des autorisations ad hoc. Heureusement, les choses sont apparemment en train de bouger : « Il y a eu une très forte mobilisation des acteurs concernés pour faire évoluer la règlementation afin de permettre le développement du GNL. Même si les réponses ne sont pas encore toujours à la hauteur des attentes, globalement nous avons maintenant de la part des pouvoirs publics et des administrations une très forte écoute. La situation s’améliore et nous progressons dans le bon sens », assure Frédéric Moncany de Saint-Aignan, président du Cluster Maritime Français.

Les étoiles semblent donc être en train de s’aligner progressivement, mais non sans effort, pour permettre au soutage GNL de voir le jour à Marseille.

Dans le cadre du groupe de travail constitué par le port, les acteurs ont confirmé la faisabilité, dans un calendrier restreint, de développer une chaîne logistique d’avitaillement à Marseille et à Fos. Elle consisterait dans un premier temps à développer une solution rapide, basée sur des camions chargés de servir les nouveaux ferries fonctionnant au GNL. Viendrait s’y ajouter, dans un second temps, un ou plusieurs navires avitailleurs. Ces petits méthaniers sont la seule solution possible pour les paquebots, porte-conteneurs et autres très grands navires compte tenu des volumes de leurs cuves. Ces souteurs, une fois disponibles, seraient aussi employés pour les ferries, sachant que l’option d’un avitaillement par camions resterait proposée, afin de servir de petites unités ou assurer une redondance en cas d’indisponibilité des navires avitailleurs.

On notera que ces derniers pourront non seulement travailler entre Marseille et Fos, mais aussi être mutualisés au profit d’autres ports qui ne disposent pas localement d’un terminal méthanier ou n’ont pas un trafic suffisant pour envisager leur propre service de soutage GNL. On peut par exemple penser à Toulon, qui est notamment le principal port de Corsica Ferries.

Quoiqu’il en soit, les acteurs marseillais se préparent déjà à ces échéances : Fosmax LNG investit notamment sur le terminal de Fos Cavaou afin de l’adapter aux escales des navires méthaniers, qui pourraient être les souteurs du port. Ce service sera disponible à l’été 2019 (50 créneaux annuels). Quant à Elengy, il étudie une prolongation de l’activité de terminal de Fos Tonkin centrée sur le chargement de petites unités, avec la mise à disposition de 100 créneaux annuels dès 2021.

 

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