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Marseille : Reprise de l'activité dans l'amertume

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Marseille : Reprise de l'activité dans l'amertume

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Après trois semaines de grève, le travail a finalement repris sur l'ensemble du port autonome de Marseille. Ce conflit, qui est le plus important depuis 15 ans, n'a pas été sans conséquences économiques. Alors que le mouvement aurait coûté des dizaines de millions d'euros aux industries pétrolières et aux armements dont les pétroliers, chimiquiers et gaziers sont restés bloqués sur rade, il a également touché le secteur du transport conteneurisé. Pendant huit jours, les terminaux de Fos et Marseille ont en effet été bloqués, contraignant les compagnies à décharger leurs marchandises à Gênes, Barcelone et Valence. Alors que l'Europe du sud a énormément investi dans ses infrastructures portuaires, ce repli vers l'Espagne et l'Italie démontre bien que la Cité Phocéenne n'est plus incontournable. Toute grève bénéficie directement à ses concurrentes, qui avaient déjà bien profité des conflits de 2005. « A l'étranger, ce comportement est incompréhensible. On regarde Marseille comme si on ne vivait dans un autre monde », déplore un armateur. Un de ses collègues dénonce quant à lui « un manque de courage politique. Franchement, mettre un port en l'air pour cinq postes, c'est totalement ahurissant ».

Instabilité sociale et manque de performance

Industriels, clients, fournisseurs ou transporteurs, dans les milieux économiques, l'agacement et la lassitude sont plus présents que jamais. Même Jacques Saadé, le président de CMA CGM, dont le siège est à Marseille, s'en est ouvert cette semaine dans les colonnes du Monde. « Avant ce nouveau conflit, nous avons connu près de dix-huit mois de paix sociale qui ont permis un essor de l'activité portuaire de Marseille-Fos. Tout est à recommencer. Le handicap majeur du port demeure son instabilité sociale et la faible performance de ses installations. Alors que les ports chinois enregistrent sur les porte-conteneurs un taux d'activité de 320 mouvements par heure, il est de 120 au Havre et de 50 à Marseille ». Et le patron de la première compagnie française d'enfoncer le clou : « Le port de Marseille est avant tout un port de distribution régional avec un arrière-pays plus limité que le port du Havre. Marseille, dans le circuit du commerce international, est devenue une déviation. Ce n'est plus un point de passage obligé pour les navires. Le port de Marseille-Fos est incontournable uniquement pour les conteneurs à destination du sud de la France ». Le message est donc clair, pour que les projets de Fos 2XL et 3XL soient une réussite, la place devra se montrer fiable.

Vers un report de certains investissements ?

Conséquence directe de cette nouvelle crise sociale, beaucoup craignent que certains groupes diffèrent leurs investissements sur le port et ses environs. Après avoir retrouvé une certaine paix sociale, Marseille-Fos a enregistré de nombreux projets ces deux dernières années. En tout, le port autonome attend la création de 7000 emplois et un supplément de 20 millions de tonnes de trafic dans les toutes prochaines années. « Les conséquences de ce conflit mais aussi les conditions dans lesquelles la grève s'est terminée risquent de dévaloriser l'image du Port et d'handicaper son avenir. En effet, après celui de 2005, ce mouvement a une nouvelle fois perturbé l'activité du port, déstabilisé son fonctionnement, coûté de l'argent à ses clients et mis en danger l'avenir de certaines entreprises portuaires », regrette Christian Garin. Le président du PAM appelle « les agents et les dirigeants à se mobiliser à nouveau pour que l'ensemble de l'activité portuaire retrouve sa sérénité et son efficacité au service des clients du port ».
Déclenché à l'initiative de la CGT, le conflit portait sur le nouveau terminal méthanier de Fos-Cavaou, dont l'ouverture est prévue début 2008. Le syndicat réclamait que les agents du port assurent le branchement et le débranchement des navires. Gaz de France avait catégoriquement refusé, arguant que seuls ses personnels pouvaient mener à bien ces opérations très complexes et dangereuses. Face à la menace d'une pénurie d'essence et devant l'enlisement du conflit, à trois semaines des élections, il semble que GDF ait été invité, par le gouvernement, à lâcher du lest. Le groupe a finalement accepté de réserver cinq postes aux agents du port, pour lesquels il va falloir maintenant trouver les montages juridiques adéquats pour garantir la responsabilité financière et la sécurité de l'exploitation du terminal.

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