Croisières et Voyages

Reportage

Marseille : Sur le chantier du MSC Orchestra

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Vie Portuaire

Nous vous proposons aujourd’hui une immersion exceptionnelle dans la gigantesque forme 10 des bassins phocéens, qui avec ses 465 mètres de long pour 85 mètres de large, est la plus grande cale sèche de Méditerranée et l’une des plus imposantes au monde.

Elle est actuellement occupée par le paquebot MSC Orchestra, premier navire à y être mis au sec depuis 17 ans. Arrivé le 24 octobre, le navire, livré en 2007 par Saint-Nazaire à la compagnie MSC Cruises, doit être remis à l’eau dans les jours qui viennent, marquant l’aboutissement du premier arrêt technique conduit par Chantier Naval de Marseille dans cette forme 10 construite en 1975 et fraîchement remise en service. Emmanuel Bonici a pu suivre pour Mer et Marine cet évènement, en particulier lors de la première partie des travaux. 

 

(© EMMANUEL BONICI)

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(© EMMANUEL BONICI)

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Une double première

Ce contrat est d’autant plus important pour CNdM que le MSC Orchestra a bénéficié, pendant cet arrêt technique, de l’intégration de systèmes de lavage des fumées (scrubbers) afin de traiter ses émissions d’oxyde de soufre (SOx). Une première localement.

Cette opération majeure est conduite sous la responsabilité de STX France, le chantier nazairien, en tant que concepteur et constructeur du paquebot, ayant été chargé par l’armateur d’étudier et de gérer l’intégration de scrubbers, les travaux étant effectués en sous-traitance par CNdM. Ces systèmes, qui permettent de laver les fumées d’échappement pour en extraire les résidus sulfurés, sont en effet des équipements très lourds posant des contraintes d’encombrement mais aussi de stabilité, étant donné leur position allant jusque dans les hauts du navire. Les ingénieurs doivent donc vérifier que leur intégration n’engendre pas de dégradation des performances nautiques du bateau.

Trois moteurs sur cinq équipés

Pour un navire neuf, l’intégration dès la conception de dispositifs de traitement des fumées rend possible l’installation d’un système unique pour l’ensemble des moteurs, reliés à un même scrubber à entrées multiples. Mais s’il s’agit d’un ajout ultérieur à la construction, comme c’est le cas ici, il faut généralement placer un scrubber pour chaque moteur. Pour l’Orchestra, seules trois des cinq machines permettant d’alimenter la propulsion et le bord en électricité sont en fait équipées d’un tel système. Cela s’explique par le fait que le navire n’atteint que très rarement sa puissance maximale et pour ainsi dire jamais dans les zones où les émissions de SOx sont règlementées, à commencer par les ports.

L’Orchestra a reçu trois scrubbers fournis par la société française Lab, filiale du groupe CNIM dont les bureaux d’études sont situés à Lyon et les facilités de production d’équipements à Caen. L’entreprise avait déjà travaillé en sous-traitance de STX France pour installer des scrubbers sur les Pont Aven, Armorique et Mont St Michel de Brittany Ferries (les Barfleur, Normandie et Cap Finistère étant dotés de systèmes fournis par la société suédoise Yara Marine).

Un système hybride pour éviter les rejets d’eau acide

Chaque scrubber installé sur le MSC Orchestra mesure 15 mètres de haut pour un diamètre de 3 mètres et un poids de 140 tonnes. Trois pompes y pulvériseront 800 à 1000 m3 d'eau de mer par heure sur les fumées d'échappement des moteurs qui vont être concentrées dans un réseau complexe à l'intérieur de chaque scrubber. L'alcalinité de l'eau de mer va alors transformer les oxydes de soufre en sulfites. Ensuite, deux possibilités sont envisageables sur le scrubber hybride choisi par MSC. En boucle ouverte, le mélange eau de mer-sulfite sortant du scrubber après traitement est rejeté à la mer. En boucle fermée, il est centrifugé par un hydrocyclone, l’eau est traitée et, par concentration, les résidus sont compressés et stockés sous forme de briquettes pour être débarqués à terre, où ils sont retraités, normalement dans une filière spécialisée. Alors que la première génération de scrubbers, née au début des années 2010 et équipant de nombreux navires fonctionne, uniquement en boucle ouverte, les nouveaux systèmes offrent l’avantage de pouvoir éviter des rejets d’eau très acide en mer, ce qui n’est pas interdit mais n’est évidemment pas formidable d’un point de vue environnemental.  

 

L'un des trois scrubbers (© EMMANUEL BONICI)

 

En lieux et place des anciens silencieux

La mise en place des trois scrubbers sur l’Orchestra, intervenue la semaine dernière, a nécessité la découpe d’une partie de la cheminée, qui a été déposée puis remise en place et soudée après l’installation des nouveaux équipements. Les dispositifs ont ensuite été placés dans les puits d’échappement, en lieu et place des anciens silencieux, dont ils ont le même diamètre tout en étant un peu plus longs. De ce fait, l’intégration n’a pas engendré de modification structurelle importante. Il a en revanche fallu installer de nombreux tuyaux, soit 800 mètres en tout, entre les moteurs et les parties hautes des scrubbers, logées entre les ponts 9 et 14. De nombreuses découpes ont été faites dans la coque pour accéder directement aux locaux techniques concernés et ainsi faciliter les manutentions de matériels.

 

La cheminée avec sa partie avant démontée (© EMMANUEL BONICI)

 

 

(© EMMANUEL BONICI)

 

La mise en place de ces scrubbers aboutira, selon l’armateur, à réduire de 97% les émissions de SOx. En revanche, contrairement à ce qui avait été évoqué lors de son arrivée à Marseille, le navire ne sera pas doté d’un dispositif permettant de diminuer les rejets de particules fines.

Carénage, visites techniques et réfection de locaux

En dehors du lavage des fumées, le MSC Orchestra a bénéficié chez CNdM d’un arrêt technique complet permettant d’assurer la visite technique de nombreux équipements et de réaliser le carénage de la coque. Des travaux de réfection ont, par ailleurs, été menés à bord dans les locaux publics. Pour tenir les délais, les équipes se sont relayées 7 jours/7, H24. Environ 200 personnes du chantier, plus de 500 personnels de MSC et 200 sous-traitants ont été mobilisés pour cet arrêt technique, qui va maintenant s’achever. Le navire doit reprendre du service la semaine prochaine.

 

(© EMMANUEL BONICI)

 

 

(© EMMANUEL BONICI)

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(© EMMANUEL BONICI)

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(© EMMANUEL BONICI)

 

Pas de scrubber pour le Magnifica

Pour la suite, MSC Cruises a prévu d’effectuer les mêmes travaux d’installation de scrubbers sur deux des trois autres paquebots de cette série. Le MSC Poesia, mis en service en 2008, est attendu à Marseille du 19 octobre au 10 novembre 2018. Le MSC Musica, sorti des chantiers nazairiens en 2006, lui succèdera en 2019. La dernière unité de cette classe, le MSC Magnifica, opérationnel depuis 2010 et qui est lui-aussi à Marseille actuellement pour un arrêt technique classique, ne sera quant à lui pas adapté. Il avait en effet bénéficié de différentes améliorations par rapport à ses aînés, notamment une importante extension du buffet sur les ponts supérieurs et l’ajout d’une verrière pour couvrir l’une de ses piscines. Ces modifications ont entrainé l’alourdissement des hauts du navire par rapport à ses prédécesseurs, ne laissant pas suffisamment de réserves de masse pour installer des scrubbers. Afin de se conformer aux nouvelles règlementations sur les émissions polluantes, il devra donc consommer du gasoil et non pas du fuel lourd.

 

Le MSC Orchestra et le MSC Magnifica (© EMMANUEL BONICI)

 

 

Deux paquebots de Costa à suivre

Concernant la forme 10, celle-ci, après le départ du MSC Orchestra, va rapidement être de nouveau occupée. Deux paquebots de Costa Croisières, actionnaire de CNdM à hauteur de 33.3%, vont en effet s’y succéder. Le Costa Magica du 15 au 24 novembre, puis le Costa Pacifica du 27 novembre au 6 décembre. Tous deux sont déjà équipés de scrubbers mais le premier, en plus des travaux traditionnels lors des arrêts techniques réguliers, bénéficiera d’un programme de réfection assez important, avec en particulier la réfection de son centre de bien-être et d’un restaurant club.

 

Le Costa Pacifica (© VINCENT GROIZELEAU)

 

Port de Marseille MSC Cruises