Construction Navale

Interview

Matthieu Gobert, Socarenam:«Nous ne nous interdisons rien»

Construction Navale

Une activité très soutenue dans ses trois chantiers, des investissements pour se développer en Bretagne, en particulier sur le marché de la pêche, une belle percée sur le segment militaire et du service public, avec de nouveaux bateaux pour la Marine nationale, la Douane et les marins-pompiers de Marseille...  Socarenam a le vent en poupe. Avec Matthieu Gobert, nous faisons le point sur l'activité et les projets du groupe, installé à Boulogne-sur-Mer, Etaples et Saint-Malo.

 

MER ET MARINE : Socarenam affiche une belle activité sur ses sites de Boulogne, de Saint-Malo et d’Etaples. Quel est l’état actuel du carnet de commandes ?

MATTHIEU GOBERT : L’activité est bonne en effet et les trois sites fonctionnent bien. A Boulogne, nous sommes actuellement en train de travailler sur les deux chalutiers commandés par les frères Sagot, qui sont patrons-pêcheurs à Dieppe. Ces bateaux de 25 mètres, le Tigers et le Sainte-Marie, ont la particularité de pouvoir travailler au chalut de fond et pélagique ainsi qu’à la senne danoise. Ils seront livrés en janvier prochain. Nous allons également réaliser le sistership du Maribelise, un chalutier de 22.5 mètres que nous avons récemment livré à l’Armement Cherbourgeois et qui sera fini en juin 2018. Il y a aussi un chalutier de 25 mètres pour notre client historique Jean Porcher et une unité de 12 mètres, le Ferrari, pour l’armement Eouzan que nous réalisons entièrement à Saint-Malo.

Nous travaillons aussi sur deux bateaux-pompes de 24 mètres d’une capacité de 1200 m3/h pour les marins-pompiers de Marseille que nous livrerons en avril et décembre prochain. C’est une belle commande puisqu’il a fallu imaginer les remplaçants d’unités assez anciennes et que c’est un type de bateau que l’on ne construit que rarement.

Par ailleurs, nous travaillons également sur la série de patrouilleurs de 28 mètres commandés par la Douane. Le premier vient d’être livré à Bastia. Les coques des deuxième et troisième viennent d’arriver de notre site de Saint-Malo, qui dispose d’un atelier alu, et nous travaillons sur leur armement. La coque de la 4ème et dernière est actuellement en cours de réalisation à Saint-Malo.

Enfin à Etaples, nous continuons notre série de VLI pour la Marine Nationale. Après une première tranche de dix unités, nous sommes désormais dans la deuxième tranche de sept et la dernière de quatre vient de nous être confirmée.

Vous enregistrez une belle constante de commandes à la pêche. Est-ce une des priorités de votre stratégie commerciale ?

La pêche, c’est notre histoire, c’est là d’où vient le chantier. Depuis que la Socarenam a été créée en 1969, c’est le cœur de notre activité. Même si nous avons diversifié notre carnet de commandes, la pêche en représente un tiers. Et nous voulons absolument la garder, parce que nous aimons travailler avec les patrons pêcheurs : chaque bateau est différent et pour faire un bon bateau il faut comprendre comment les pêcheurs travaillent. C’est à la fois difficile et passionnant. Donc oui, la pêche reste au cœur de notre stratégie industrielle d’autant qu’il y a beaucoup de demandes actuellement. Avec un gas-oil bas et un poisson qui se vend à un bon prix, les pêcheurs sont actuellement plus sereins quand il s’agit de prévoir une construction neuve.

Vous construisez beaucoup pour des armements de la Manche et de la mer du Nord. Souhaitez-vous étendre votre zone de prospection ?

Nous avons déjà construit pour d’autres régions, récemment nous avons livré le Breizh pour un patron lorientais. Il est évident qu’il va y avoir beaucoup de renouvellement de flotte en Bretagne. Comme nous savons à quel point les patrons pêcheurs apprécient la proximité du chantier de construction de leur bateau, nous comptons davantage investir notre site de Saint-Malo.

Nous sommes actuellement en train d’y réaliser notre premier bateau de A à Z, le futur navire de 12 mètres de l’armement Eouzan. Nous sommes en train de re-construire, à Saint-Malo, un réseau de sous-traitants qui nous faisait défaut jusqu’ici et qui nous obligeait à systématiquement remorquer la coque à Boulogne pour l’armement. Désormais nous allons pouvoir réaliser des bateaux intégralement en Bretagne.

Et cela pourra nous être utile dans la mesure où nous sommes parfois limités par les infrastructures de Boulogne où l’environnement portuaire n’est plus vraiment adapté à la construction navale : le bassin d’armement est de plus en plus orienté vers la plaisance et les outils de manutention laissent à désirer.

Vous visez l’ensemble des bateaux de pêche, du côtier à l’hauturier ?

A Saint-Malo, nous pouvons construire jusqu’à 90 mètres, donc cela ouvre des possibilités pour les très grands navires usines. Mais, il est vrai que la plus forte demande est actuellement sur le segment de 12 à 17 mètres. Un secteur que nous connaissons bien, où nous dessinons nous-même les bateaux, sur-mesure. Mais nous pouvons travailler dans tous les secteurs.

Vous construisez beaucoup de bateaux de service publics, vous venez de décrocher un nouveau contrat avec la Marine nationale pour un patrouilleur destiné aux Antilles. Quelles sont vos perspectives sur ce marché ?

Nous sommes très heureux d’avoir réussi cette diversification et à répondre aux critères exigeants des cahiers des charges pour les bateaux gris ou de service public. Nous comptons bien sûr poursuivre dans cette voie et nous répondons aux appels d’offres. Nous voyons aussi qu’il y a une forte demande à l’étranger, où nous souhaitons désormais nous positionner. Nous avons prouvé que nous pouvons être compétitifs donc nous regardons de plus en plus vers l’export.

Vous venez de remporter un beau chantier de réaménagement sur le navire d’expédition Polarfront, un nouvel axe de développement ?

Nous sommes très fiers et contents de participer à l’aventure du Polarfront. En ce qui concerne ces nouveaux marchés, nous avons coutume de dire que nous ne nous interdisons rien, tout nous intéresse sur l’eau et sur les fleuves où nous avons déjà pas mal travaillé également. La seule chose que nous n’envisageons pas, pour le moment, c’est la plaisance.

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Propos recueillis par Caroline Britz, © Mer et Marine, octobre 2017

 

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