Nautisme
Maud Fontenoy : Guerre d'usure dans le Pacifique

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Maud Fontenoy : Guerre d'usure dans le Pacifique

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C'est dans une guerre d'usure que s'est lancée il y a 102 jours Maud Fontenoy à bord de son L'Oréal Paris. Une guerre d'usure contre les éléments, contre sa propre volonté d'aller jusqu'au bout du voyage, de son rêve. Cette guerre a généré des blessures mais n'a pas entamé la détermination de la navigatrice qui peut se réjouir d'avoir accompli à ce jour les deux tiers de son tour du monde à contre courant. Après avoir laissé des plumes au passage de la Tasmanie, elle fait cap au nord sous les côtes sud-est de l'Australie en attendant le prochain coup de tabac. Le troisième et dernier grand cap de son périple, le Cap Leeuwin, n'est plus qu'à quelques jours de navigation. « Je suis un peu fatiguée. J'ai atteint les limites de mon petit corps qui en a marre et qui est un peu usé », a-t-elle confié d'emblée à la vacation de jeudi dernier. La semaine dernière, la navigatrice a payé le prix fort son passage entre la pointe de la Nouvelle-Zélande et la Tasmanie. Dans cette énième tempête, elle a du réparer une brèche dans son ballast qui menaçait de déverser ses trois tonnes d'eau à l'avant du bateau, et se résoudre à de multiples ascensions dans le mât pour réparer ses chariots de grand-voile cassés. Résultat : une tendinite à chaque bras. « J'ai mes forces qui s'amenuisent, la météo ne m'a pas laissé de répit ». Mais Maud Fontenoy reste convaincue de la supériorité de l'esprit sur le corps et surmonte chaque coup dur grâce à une méthode pleine de bon sens, qui consiste à penser « qu'il y a bien un moment où ça va s'arrête ». « Je n'aime pas trop quand c'est mon corps qui commande. Je préfère quand c'est ma tête. Mon cerveau ordonne à mon corps de faire des choses. Je sais qu'il va râler mais je pense au moment où ça ira mieux. Il y a toujours un moment où l'on peut se reposer. » Ces moments difficiles, la navigatrice tente de les exorciser en se remémorant des blagues de Coluche, quand ils ne sont pas radoucis par la contemplation de la nature, comme la vision fugace d'un ciel étoilé.

L'Oréal Paris devrait doubler le Cap Leeuwin cette semaine

Et puis il y a aussi cette jubilation à repousser ses propres limites, à aller jusqu'au bout de la mission que l'on s'est imposée : « Ce que je vous raconte n'est pas toujours idyllique mais c'est aussi pour moi une façon de valoriser le goût de l'effort. J'en bave un peu mais ça me force à sortir de moi. Tout ça est une question de volonté, pas de gros bras. » Progressant à 7 noeuds sous les côtes de l'Australie - à la hauteur de Melbourne- la navigatrice a les yeux rivés et l'esprit tendu vers son nouvel objectif : le Cap Leeuwin. Situé à la pointe sud-ouest de l'Australie, il est le troisième grand cap que franchissent tous les circumnavigateurs. Pour Maud, ce sera la porte de sortie, celle d'une navigation dans des latitudes moins hostiles de l'Océan Indien, cap à l'ouest, en route vers son point de départ et d'arrivée, l'Ile de la Réunion. « Le 1er février, à la prochaine vacation, j'espère avoir passé le cap, ou en tout cas, être sur le point de le passer. Quant à mon arrivée, j'aimerai parfois que ce soit demain, mais j'imagine que ce sera pour la fin du mois de février ». Avant de laisser ses interlocuteurs, Maud Fontenoy a tenu, jeudi dernier, à saluer la mémoire de Jean François Deniau, diplomate, ministre, académicien et navigateur, décédé la veille.
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