Marine Marchande
Maurice : la partie avant du vraquier Wakashio remorquée et sabordée

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Maurice : la partie avant du vraquier Wakashio remorquée et sabordée

Marine Marchande

Le Wakashio s’était échoué au sud-est de l’île Maurice en percutant le platier corallien le 25 juillet avant de provoquer la pire catastrophe écologique de ce petit Etat insulaire de l'océan Indien. Après avoir commencé à fuir et à déverser une partie de son carburant, le 6 août, le vraquier qui naviguait à vide s’est brisé en deux, le 15 août. En conséquence, décision a été prise de remorquer la partie avant à 25 km de l’île environ pour y être sabordée par 3000 mètres de fond. L’opération a été réalisée par les remorqueurs et navires de lutte contre les incendies Boka Summit et Boka Expedition. SMIT Salvage, engagé au départ pour renflouer le navire, devait procéder au pompage du reste des hydrocarbures se trouvant encore à bord de la partie arrière. 

 

(© MOBILISATION NATIONALE WAKASHIO)

(© MOBILISATION NATIONALE WAKASHIO)

(© MOBILISATION NATIONALE WAKASHIO)

(© MOBILISATION NATIONALE WAKASHIO)

 

Un plan « validé et approuvé par trois experts envoyés par la France à Maurice », selon un communiqué du comité national de crise mauricien. Néanmoins, le ministre des Outre-Mer, Sébastien Lecornu, s’est inquiété du risque de fuites de l’épave pouvant à terme arriver sur les côtes réunionnaises sous forme de boulettes d’hydrocarbures. La France aurait privilégié un démantèlement du navire.

Zone sensible

Le Wakashio, un vraquier japonais de la compagnie Nagashiki kisen, affrété par MOL (Mitsui O.S.K Lines) battant pavillon panaméen s’est échoué sur le récif de la pointe d’Esny, le 25 juillet. A bord du navire de 299.50 mètres de long pour 50 de large, 200 tonnes de gasoil et 3800 tonnes de fioul. Après s’être montrées rassurantes, les autorités mauriciennes n’ont pu que constater qu’une brèche s’était ouverte dans le navire provoquant une marée noire dans le lagon. Une zone sensible à proximité de 22 hectares de mangroves, un site Ramsar (zone humide protégée d’importance internationale), qui sert de nurserie pour les poissons, mais aussi proche du parc marin de Blue Ray. Au moins 1000 tonnes de fioul se sont déversées, avant que le reste ne soit pompé.

 

Le Wakashio déversant son fuel quelques jours après son échouement

Le Wakashio déversant son fuel quelques jours après son échouement (© FAZSOI)

 

Une réponse trop lente

Les autorités mauriciennes ont été vivement critiquées pour leur manque de réactivité et accusées de négligence, plusieurs jours s’étant écoulés entre l’échouement et le début de la fuite d’hydrocarbures. Mais le Premier ministre, Pravind Jugnauth a refusé de présenter des excuses, estimant qu’il n’y avait pas eu d’erreur. Appelant la France à l’aide, il a admis que le pays ne disposait pas de l’expertise et des équipements nécessaires pour faire face.

Dans l’urgence face à la marée noire, des milliers de Mauriciens se sont mobilisés. Des barrages ont été déployés le long du littoral. Pour enrayer la catastrophe, la France a mobilisé, depuis la Réunion, un avion de transport Casa de l'armée de l'Air et le bâtiment de soutien et d'assistance outre-mer (BSAOM) Champlain pour acheminer des moyens techniques d’appui. Des équipes et du matériel de pompage ont été dépêchés, ainsi que des barrages flottants. L’Inde a envoyé une équipe de dix personnes de ses garde-côtes, le Royaume-Unis et le Japon ont également dépêché des experts.

 

Image d'archives du Champlain à La Réunion (© FRANCIS JACQUOT)

Image d'archives du Champlain à La Réunion (© FRANCIS JACQUOT)

Chargement d'un barrage flottant sur le Casa dépêché à Maurice (© FAZSOI)

Chargement d'un barrage flottant sur le Casa dépêché à Maurice (© FAZSOI)

 

Le capitaine arrêté

Pour quelles raisons le navire s’est-il échoué ? Les versions divergent. L’Autorité maritime du Panama a pointé les mauvaises conditions météo le jour de l’accident. En route entre la Chine et le Brésil, via Singapour, le Wakashio aurait réalisé plusieurs manœuvres pour changer sa trajectoire afin de s’adapter à la mer. « Toutes les manœuvres ont été supervisées par le capitaine et son second qui étaient au courant de la situation et des conditions météorologiques. A 19h25, alors qu’ils étaient sur la passerelle, le capitaine, le second et le chef mécanicien ont remarqué que le navire ne bougeait plus et qu’il était bloqué », explique l’autorité.

Mais les gardes-côtes mauriciens ont affirmé qu’ils avaient tenté en vain de joindre l’équipage pour l’alerter. Selon des médias locaux, le navire se serait approché de la côte pour capter du réseau de télécommunication terrestre à l’occasion d’un anniversaire. Le capitaine indien et son second sri-lankais ont été arrêtés le 18 août à Port Louis. Le capitaine a remis son téléphone portable pour examen. Ils sont accusés d’avoir mis en péril la sécurité de la navigation en vertu d’une loi sur la piraterie et la violence maritime. Dans un communiqué, MOL a confirmé l’arrestation sans pour autant se montrer solidaire de ses marins. La compagnie y ajoute qu’elle a envoyé une équipe sur place pour participer aux efforts de récupération du pétrole.

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NAGASHIKI SHIPPING)