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MAWS : où en est le projet de PATMAR franco-allemand ?
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MAWS : où en est le projet de PATMAR franco-allemand ?

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Alors que le système de combat aérien futur (SCAF) connait actuellement des turbulences, un autre projet franco-allemand, moins exposé médiatiquement mais néanmoins stratégique, entre dans une phase cruciale. Connu sous le nom de MAWS (Maritime Airborne Warfare System), il vise à remplacer, à partir de 2030, les avions de patrouille maritime Atlantique 2 de l’aéronautique navale française et les P-3C Orion de la marine allemande. Un premier contrat d’étude a été notifié fin 2020 mais les Allemands ont, récemment, finalement choisi de ne pas moderniser leurs Orion, qui vont être retirés du service à partir de 2025, avant donc que MAWS puisse voir le jour. Pour autant, cette décision, bien que complexifiant le calendrier et imposant une solution temporaire côté allemand alors que les Français modernisent pour la sixième fois leurs ATL2, n’a pas torpillé le projet. Les travaux se poursuivent comme prévu entre les deux pays, l’objectif étant toujours d’aboutir au lancement d’un programme commun en 2025. Explications.

 

Un P-3 allemand (© : BUNDESWEHR)

Un P-3 allemand (© : BUNDESWEHR)

 

La lutte anti-sous-marine comme cœur de mission

C’est en 2017 que la France et l’Allemagne ont initié une coopération pour le renouvellement de leurs capacités de patrouille maritime (PATMAR). Cela a abouti à la rédaction d’un HLCORD (High Level Command Operations Requirements Document) qui a servi de base à un accord-cadre formalisé par une lettre d’intention signée par les ministres français et allemand en avril 2018. « C’est un document fédérateur qui précise ce que doit être MAWS et son objectif principal : traiter la menace sous-marine post-2030. Il est spécifié que MAWS est un système centré sur une plateforme habitée dont le cœur de mission est la lutte anti-sous-marine de haute intensité. Cette plateforme doit ensuite pouvoir être connectée à d’autres systèmes et capteurs: drones, satellites, stations sol… », explique à Mer et Marine le capitaine de vaisseau Olivier Roussille, ancien pilote et commandant de flottille d’Atlantique 2, en charge aujourd'hui des programmes de patrouille maritime à l’état-major de la Marine nationale.

Le cœur du système est donc un avion avec équipage, ainsi que des systèmes et armements taillés pour détecter, classifier et attaquer des sous-marins adverses. « Ce triptyque auquel nous tenons beaucoup doit être assuré par une plateforme unique, mais il doit s’agir d’un avion multi-missions capable d’assurer également la lutte antisurface, des missions renseignement et, comme c’est le cas aujourd’hui des Atlantique 2, pouvoir opérer au-dessus de la terre. Il faut donc de l’espace pour les senseurs, les opérateurs et les capacités, ainsi que de puissants moyens de communication ». Ce qui n’est possible qu’avec un avion suffisamment gros pour embarquer assez d’opérateurs afin de gérer les missions, ainsi que tous les capteurs et capacités offensives nécessaires aux missions dévolues à la PATMAR. A titre d’exemple, l’Atlantique 2, considéré comme une « frégate volante » dans la Marine nationale, est un appareil de 31.7 mètres de long pour 37.5 mètres d’envergure et 46 tonnes de masse maximale au décollage. Armé par un équipage comprenant jusqu’à une petite quinzaine de marins, il peut voler pendant 14 heures, est équipé de nombreux capteurs (radar, système électro-optique, détecteur d’anomalie magnétique – MAD, guerre électronique…) peut déployer un grand nombre de bouées acoustiques et dispose d’une grande soute. Celle-ci permet d’abriter jusqu’à six torpilles MU90 ou deux missiles antinavire Exocet AM39, ou encore quatre bombes de 250 kg (employées contre des cibles terrestres).

 

l'A320neo MPA (© : AIRBUS)

l'A320neo MPA (© : AIRBUS)

 

Le choix doit se faire sur la base d’un avion européen existant

Il est intéressant de noter que l’accord franco-allemand stipule clairement que l’avion servant de base à MAWS doit être choisi parmi « une plateforme européenne existante ». Ce qui élimine d’entrée de jeu un certain nombre de plateformes étrangères, comme le P-1 du groupe nippon Kawasaki. Les principaux candidats en lice sont connus, avec d’un côté Airbus qui propose l’A320neo MPA, une version dédiée à la patrouille maritime de son biréacteur commercial, et de l’autre Dassault Aviation, qui promeut une solution plus légère basée sur la famille d’avions d’affaires Falcon, déjà déclinés pour la surveillance maritime (dont le futur

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