Construction Navale
Merré vise l’international et songe à un deuxième site

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Merré vise l’international et songe à un deuxième site

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Depuis son changement de propriétaire, en mai 2012, la Société des Etablissements (SEE) Merré, dont le chantier est implanté à Nort-sur-Erdre, près de Nantes, a connu d’importantes évolutions et vu son plan de charge se regarnir. Après avoir été gérée pendant trois générations par la famille Merré, l’entreprise a été acquise par le groupe BMA, dirigé par Moun Bourjij et François Martin. « C’est un chantier presque centenaire puisque fondé en 1921. Il bénéficie d’une belle image et est réputé pour produire des bateaux de bonne facture, robustes et durables. Mais quand nous sommes arrivés, son image était exclusivement hexagonale, avec un réseau historique de clients français. Or, en 2012, le contexte était difficile pour l’industrie navale française et notre bilan fut qu’on ne pouvait pas rester sur le seul marché domestique. Il fallait impérativement développer la commercialisation à l’export, même si nous restons très attachés aux clients historiques et qu’en plus du soutien après-vente, lorsqu’ils nous sollicitent, nous répondons présents », explique François Martin.

 

La drague Fort Boyard, livrée en 2002 (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

La drague Fort Boyard, livrée en 2002 (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Vers le continent africain et le Moyen-Orient

Pour redresser la barre et ouvrir Merré à l’international, les dirigeants de BMA ont utilisé l’expérience qu’ils avaient acquise lorsqu’ils étaient à la tête de la société nazairienne Acmat, intégrée en 2006 au groupe Volvo. « Nous étions parvenus à redresser cette petite entreprise en difficulté avec beaucoup de succès en nous appuyant sur son développement à l’export, en particulier en Afrique et au Moyen-Orient. Avec Merré, nous avons eu la même démarche, en nous disant que les produits robustes et durables produits à Nort-sur-Erdre convenaient notamment au continent africain, en plein développement et qui avait besoin de bateaux, en particulier dans le domaine de la servitude et du dragage ».

Une stratégie qui se révèle payante puisque les actions menées de l’autre côté de la Méditerranée permettent au chantier ligérien de conquérir de nouveaux clients. Et son plan de charge est actuellement rempli jusqu’à la mi-2017.

Ces deux dernières années, Merré a livré différents bateaux allant du navire à passagers aux unités de servitude portuaire (remorqueurs, pousseurs, pilotines, vedettes de lamanage), en passant par le bac amphidrôme, la drague, la barge de transport de produits issus du dragage, le chaland « fendable » ou le ponton à pieux. « En termes de gamme de produits, nous restons fidèles à la vocation et au savoir-faire du chantier ».

 

Pilotines livrées cette année en Algérie (© SEE MERRE)

Pilotines livrées cette année en Algérie (© SEE MERRE)

 

Cinq bateaux livrés cette année en Algérie

2015 a été très active, trois gros contrats ayant été menés à bien pour des clients algériens : deux pilotines de 19.7 mètres réceptionnées en mai à Arzew puis deux remorqueurs de 14 mètres et 13 tonnes de capacité de traction qui ont rejoint en septembre le port d’Alger. Ce dernier vient également de recevoir une vedette multiservices de 16.6 mètres. En plus de ces cinq bateaux, une dizaine de petites unités de servitude portuaire ont également été livrées cette année, dont des vedettes de lamanage pour le port de Dakar au mois de février.

Pour la suite, SEE Merré travaille notamment sur un chaland fendable de 51 mètres de long. Ce navire, dont la coque s’ouvre et qui dispose de puits à déblais permettant de récupérer et claper du sable, des enrochements ou de la vase, sera livré au printemps 2016 en Afrique du nord.

Importants investissements pour rénover l’outil industriel

Construisant des bateaux en acier et/ou en aluminium, d’une longueur allant de 12 à 80 mètres, SEE Merré compte actuellement une cinquantaine de salariés, auxquels s’ajoutent des intérimaires pour les pics de charge, pendant lesquels les effectifs peuvent monter à 75 personnes. La reprise par BMA fut, notamment, l’occasion de moderniser le chantier. « L’outil industriel a été rénové, avec d’importants investissements sur les moyens de soudage et de manutention, ainsi que la mise en place d’un banc de découpe plasma pendant l’hiver 2014/2015 », souligne François Martin, qui précise au passage que l’entreprise a également lancé des actions de sensibilisation des personnels sur la sécurité lors des phases de construction. Une démarche habituelle dans les grandes sociétés mais que l’on voit moins dans les petites structures. « Pourtant, c’est tout aussi important pour les personnels d’avoir conscience qu’ils doivent faire attention à eux et à leur sécurité ».

 

Le chantier de Nort-sur-Erdre (© DR)

Le chantier de Nort-sur-Erdre (© DR)

 

Co-construction avec Saint-Nazaire

Le chantier ligérien, qui dispose d'un slipway de 160 tonnes et s'étale sur 70.000 m², dont 7200 m² d'ateliers, s’est donc modernisé mais il demeure assez contraint par sa position géographique. L’Erdre se jette bien dans la Loire, à Nantes, mais il faut composer dans sa phase finale avec un tunnel de petit gabarit passant sous la ville et une écluse s’ouvrant sur le fleuve. C’est pourquoi, depuis longtemps, certains gros bateaux commandés chez Merré sont au moins partiellement réalisés à Saint-Nazaire, où la société est depuis les années 90 actionnaire minoritaire de Mécasoud. « Cette participation offre une proximité suffisante entre les deux entreprises pour avoir des accords commerciaux et disposer d’une capacité ouverte chez Mécasoud. Nous discutons en bonne intelligence avec eux suivant les plans de charge de l’un et de l’autre ». Ainsi, il arrive que les coques soient réalisées à Saint-Nazaire et que les superstructures, fabriquées à Nort-sur-Erdre, prennent ensuite la direction de l’estuaire de la Loire par convois routiers. Le tout est ensuite assemblé et armé sur place. 

 

Le bac L'Ie Dumet, livré en 2013 (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le bac L'Ie Dumet, livré en 2013 (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Un projet de second chantier pour augmenter les capacités

Cette configuration, qui fut celle des nouveaux bacs de Loire Lola et L'île Dumet (livrés en 2012 et 2013 au Conseil général de Loire Atlantique) fonctionne. Mais ce n’est évidemment pas l’idéal, surtout que BMA compte bien voir l’activité du chantier se développer. Si le groupe n’a pas l’intention d’abandonner le site historique de Merré, il réfléchit clairement à une seconde implantation. « Nort-sur-Erdre sera toujours le site de Merré mais nous voudrions croître et si l’on a l’opportunité d’ouvrir ou de reprendre un second site qui a un accès à la mer et nous permet d’augmenter nos capacités, nous le ferons », explique François Martin, qui confie avoir des « pistes » pour un tel projet. Quant à l’implantation d’un deuxième chantier, elle devrait logiquement être assez proche de l’existant. 

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