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Meyer décroche trois paquebots géants pour P&O et Carnival Cruise Lines

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Les chantiers du groupe Meyer Werft en Allemagne et en Finlande ont remporté une nouvelle commande de grande ampleur : Le groupe américain Carnival Corporation a en effet conclu un accord portant sur la réalisation de trois paquebots géants de 180.000 GT et 2600 cabines dotés d’une propulsion au gaz naturel liquéfié. Deux de ces navires, destinés à la compagnie Carnival Cruise Lines, seront réalisés en Finlande par Meyer Turku en vue d’une livraison en 2020 et 2022. Le troisième, attribué à P&O Cruises, une autre filiale du groupe américain, sortira en 2020 du chantier Meyer Werft de Papenburg, en Allemagne.

Une base commune avec Costa et AIDA

Ces navires, dont le coût unitaire tourne autour du milliard de dollars, devraient adopter une architecture générale très proche de celle développée pour les quatre mastodontes de même gabarit (et également équipés d’une propulsion au GNL) déjà commandés par Carnival pour deux autres de ses filiales : la compagnie allemande AIDA et l’italienne Costa. La première verra ses deux paquebots construits par Papenburg, avec des livraisons annoncées lors de la conclusion du projet, l’an dernier, en 2019 et 2020. Quant à Costa, ses deux unités du projet Excellence, dont les détails techniques ont été révélés en 2015 (337 mètres de long, 42 mètres de large, 183.200 GT et 2605 cabines pour une capacité de 6600 passagers), sortiront de Turku en 2019 et 2021. Le second Excellence était au départ prévu en 2020 mais il a été décalé d’un an pour laisser la place au futur navire de P&O Cruises.

 

Le projet Excellence de Costa (© COSTA CROISIERES)

Le projet Excellence de Costa (© COSTA CROISIERES)

 

Le début de longues séries

On rappellera par ailleurs que, selon des informations que nous avions obtenues l’an dernier, les contrats signés initialement avec Papenburg et Turku, soit deux navires chacun pour AIDA et Costa, comprenaient des options pour trois unités supplémentaires dans chaque chantier. Avec les commandes annoncées hier, cela en laisserait donc encore trois à venir.

Quoiqu’il en soit, le groupe Meyer réalise là un superbe coup puisqu’il raccroche à son portefeuille de clients deux des plus importantes filiales de Carnival, dont les navires étaient depuis de longues années réalisés chez Fincantieri. On assiste d’ailleurs manifestement à la mise en place, cette fois en Allemagne et en Finlande, de la même politique de mutualisation des design qui a prévalu si longtemps dans les chantiers italiens, où Carnival déclinait une même base architecturale pour plusieurs marques. C’est ainsi que Costa et CCL partagent par exemple les mêmes coques depuis plus de 15 ans. Et si Carnival poursuit, ce qui devrait être le cas, sa politique habituelle de standardisation des flottes, CCL, P&O, Costa, AIDA et peut être à l’avenir d’autres branches du groupe devraient rester un bon moment dans les chantiers d’Europe du nord.

Un signal d’alerte pour Fincantieri ?

Alors que 61 des 73 paquebots livrés depuis 1990 par Fincantieri l’ont été au profit de Carnival, les chantiers italiens ont encore de solides relations avec le groupe américain, leader mondial de la croisière avec une centaine de navires en flotte. Sans parler de l’accord stratégique conclu avec Carnival et les chantiers chinois CSSC pour réaliser en Chine des paquebots destinés au marché asiatique, les sites italiens de Fincantieri doivent livrer à leur principal client, fin 2016 et en 2018, les unités de luxe Seabourn Encore et Seabourn Ovation (40.350 GT, 604 passagers), en 2017, 2019 et 2020 trois paquebots de 143.700 GT et 3650 passagers pour Princess Cruises, le Carnival Horizon (133.500 GT, 3954 passagers) de CCL et le Nieuw Statendam (99.500 GT, 2650 passagers) d’Holland America Line en 2018, ainsi que trois unités de 135.500 GT et 4200 passagers –  une pour P&O Cruises Australia et deux pour Costa Asia (filiale chinoise de Costa) - en 2019 et 2020. S’y ajoutent des commandes pour d’autres clients, comme Virgin Cruises (trois unités de 110.000 GT et 2800 passagers livrables entre 2019 et 2021) et MSC sur le projet Seaside (deux à trois unités de 154.000 GT et 4140 passagers à partir de 2017), ainsi qu’un très beau portefeuille dans le domaine des croisières de luxe avec Silversea  et Regent Seven Seas Cruises, mais aussi par le biais de Vard, filiale norvégienne de Fincantieri, les nouvelles unités de Ponant et Hapag-Lloyd Cruises.

22 navires de 165.000 à plus de 230.000 GT en commande

Mais la course au gigantisme se poursuit sur le segment principal du marché des croisières et, sur ce créneau, Fincantieri va devoir clairement réagir face à ses concurrents, non seulement Meyer Werft mais aussi Saint-Nazaire, dont les infrastructures permettent de réaliser des paquebots de plus grande taille. La tendance du marché est, d’ailleurs, désormais très nette puisque 22 géants de 165.000 à plus de 230.000 GT (dont 13 d’au moins 180.000 GT) doivent être livrés d’ici 2024, soit quasiment la moitié du nombre de navires de croisière en commande.

Meyer redresse Turku et consolide sa place de leader

C’est d’ailleurs dans cette perspective que Meyer Werft, dont les installations de Papenburg arrivent au maximum de leurs capacités avec les dernières unités de Royal Caribbean, NCL et AIDA, a décidé de racheter en 2014 le chantier de Turku et son immense forme de construction. Une reprise qui s’est révélée extrêmement judicieuse et a permis au constructeur allemand de consolider sa place de leader mondial de la construction de paquebots. Dans une situation très difficile au moment de son rachat, le chantier finlandais a vu son carnet de commandes se regarnir de façon spectaculaire avec, aujourd’hui, sept paquebots à livrer d’ici 2022 et 350 emplois créés depuis 2014. Un regain d’activité soutenu par un plan d’investissement de 75 millions d’euros dans l’outil industriel, dont un nouveau portique de forte capacité qui permettra d’optimiser la phase d’assemblage des coques.

Entre Papenburg et Turku, le groupe Meyer Werft dispose désormais d’un carnet de commandes fort de 18 paquebots livrables d’ici 2023 à AIDA, Costa, P&O, Royal Caribbean, NCL, TUI, Dream Cruises, Disney et Saga. L’ensemble représente une valeur de plus de 14 milliards d’euros.

Meyer Werft Meyer Turku (ex-STX FINLAND) Carnival