Construction Navale
Meyer Werft construira un paquebot de 150.000 GT pour Star Cruises

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Meyer Werft construira un paquebot de 150.000 GT pour Star Cruises

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Le chantier allemand a confirmé hier la commande  d’un paquebot livrable fin 2016 par la compagnie asiatique Star Cruises. Un très gros navire, puisque sa jauge atteindra 150.000 GT et qu’il comptera 1682 cabines. C’est le double du Superstar Leo et du Superstar Virgo (75.300 GT, 935 cabines), livrés en 1998 et 1999 par Meyer Werft à Star Cruises.

 

 

Un partenariat de longue date

 

 

Le choix de la compagnie asiatique de poursuivre un partenariat de longue date avec le chantier allemand est tout à fait logique. Cela fait en effet 15 ans que l’armateur travaille avec Papenburg. Après les Superstar Leo et du Superstar Virgo, il avait commandé deux unités plus importantes (92.000 GT, 1120 cabines) dans le cadre du projet Sagitarius. Ces navires avaient toutefois été réattribués à la compagnie américaine Norwegian Cruise Line (numéro 3 mondial de la croisière) après la prise de contrôle de celle-ci par Star Cruises en février 2000, suite à une OPA lancée à l’automne 1999. Alors que les deux Sagitarius devinrent les Norwegian Star et Norwegian Dawn, livrés en 2001 et 2002 par Meyer Werft, le Superstar Leo avait été versé en 2004 à NCL, où il est toujours exploité sous le nom de Norwegian Spirit. Compte tenu du développement considérable de la croisière aux Etats-Unis et en Europe, Star Cruises a fait le choix, à l’époque, de concentrer ses investissements sur NCL, qui lors de sa reprise disposait d’une flotte disparate et vieillissante. Une nouvelle série de trois paquebots, version améliorée des ex-Sagitarius, sera réalisée en Allemagne entre 2005 et 2007 (Norwegian Jewel, Norwegian Pearl et Norwegian Gem), ainsi qu’un sistership, le Pride of Hawaii (2006), destiné à la marque NCL America. Le Pride of Hawaii sera transféré en 2008 dans la flotte NCL et rebaptisé Norwegian Jade  suite à la restructuration de NCL America, qui s’est transformée en gouffre financier pour la compagnie.

 

 

Le Superstar Virgo (

Le Superstar Virgo (© STAR CRUISES)

 

 

12 ans d’investissements concentrés sur NCL

 

 

Après avoir réalisé ces sept paquebots chez Meyer Werft, NCL (et derrière elle Star Cruises) a fait des infidélités au chantier allemand en 2006, année où elle a confié à STX France (alors Alstom Marine) la réalisation du projet Freestyle 3 de NCL, qui devait initialement porter sur trois unités géantes. Finalement, seule la tête de série, le Norwegian Epic (153.000 GT, 2109 cabines), sortira de Saint-Nazaire en juin 2010, son premier sistership étant annulé en 2008 et l’option portant sur le troisième navire jamais affermie. Entretemps, Star Cruises, confrontée aux importantes pertes financières de sa filiale américaine, avait en effet cédé en 2007 50% de NCL au fonds d’investissement Apollo Management. Ce dernier, après un vaste audit de la compagnie, a mené à bien une importante restructuration et une remise à plat des projets, ce qui s’est traduit par la réduction du projet F3, jugé trop risqué compte tenu de son aspect extrêmement innovant.

Ce n’est qu’en 2011, une fois la situation financière de NCL assainie, que la compagnie a été autorisée à lancer de nouveaux investissements, qui se sont traduits par un retour en Allemagne avec la commande de deux unités de 146.600 GT et 2014 cabines, les Norwegian Breakaway et Norwegian Getaway, le premier ayant été livré par Meyer Werft en avril dernier alors que le second le sera en janvier prochain. Plus « sages » dans leur conception que le Norwegian Epic, ces deux unités seront suivies par deux paquebots plus gros. Les futurs Norwegian Escape et Norwegian Bliss (163.000 GT, 2100 cabines) sortiront de Papenburg en 2015 et 2017.

 

 

Le Norwegian Breakaway (

Le Norwegian Breakaway (© NCL)

 

 

Une version dérivée du Norwegian Breakaway ?

 

 

Il est d’ailleurs permis d'imaginer que le nouveau paquebot de Star Cruises pourrait être dérivé des Norwegian Breakaway. Le gabarit est en effet voisin bien que le prix soit plus élevé (700 millions d’euros contre 620). Un écart qui pourrait tenir à l’adaptation du design pour un navire conçu spécifiquement pour le marché asiatique. A cet effet, il faut notamment prévoir un très vaste casino, activité dont on rafale énormément en Asie du sud-est, ou encore différentes salles privées. Pour cela, des espaces pourraient être récupérés en supprimant des cabines. Ce qui expliquerait le gap entre les 2109 cabines du Breakaway et les 1682 du futur Star Cruises. L’hypothèse consistant à adapter le design de NCL parait en tous cas logique dans une perspective de réduction des coûts grâce à l’effet de série, qui jouerait alors à plein sur les parties communes, tout en prenant en compte les impératifs de calendrier, la livraison en octobre 2016 laissant somme toute peu de temps pour développer et réaliser un prototype entièrement nouveau. Mais cela reste aussi une possibilité. Réponse dans quelques mois lorsque les premières vues du futur navire de Star Cruises seront révélées.

 

 

Le Superstar Pisces (

Le Superstar Pisces (© STAR CRUISES)

 

 

Enfin du neuf chez Star Cruises

 

 

La compagnie asiatique va, en tous cas, connaître un bond capacitaire très important avec l’arrivée de ce nouveau paquebot, bien que cette construction neuve, la première pour Star Cruises depuis le Superstar Virgo, se traduira peut être par des sorties de flotte. L’outil naval de la compagnie asiatique est en effet vieillissant, le Superstar Virgo étant l’unité la plus récente. Les cinq autres navires de Star Cruises ont, quant à eux, entre 20 et 25 ans. Il s'agit du Superstar Libra (1988, 42.285 GT, 709 cabines), du Superstar Aquarius (1993, 51.300 GT, 756 cabines), du Superstar Gemini (1992, 50.700 GT, 765 cabines), du Superstar Pisces (1990, 40.000 GT, 590 cabines) et du petit Genting World (1989, 3370 GT, 33 cabines).

 

 

Le Superstar Libra (

Le Superstar Libra (© STAR CRUISES)

 

 

Filiale du groupe Genting Hong Kong, Star Cruises rencontre aujourd’hui un beau succès sur le marché asiatique, où elle a su développer un produit répondant aux besoins et contraintes de la clientèle locale (offre culinaire dédiée, vastes casinos, nombreuses salles pour des évènements privatifs et surtout mini-croisières d’une ou deux nuits s’adaptant aux très courtes périodes de congés des Asiatiques). La compagnie, qui ambitionne notamment de se développer en Chine, compte y baser son nouveau paquebot. Celui-ci devrait être exploité via sa filiale Chinese Dream. Il restera enfin, à voir, si un second navire sera construit. Pour le moment, Meyer Werft n’évoque pas d’option au contrat.

 

 

Meyer Werft redevient leader sur le marché des paquebots

 

 

Après cette commande, le chantier allemand conforte sa place de leader mondial de la construction de paquebots. Du moins en capacités et en valeur, avec 28.300 lits (en base double, soit deux passagers par cabine) pour 7 gros paquebots, d’une valeur cumulée de 5.6 milliards d’euros. S’il reste en tête en nombre de navires (9), le groupe italien Fincantieri se fait largement distancer en capacité (20.429 lits) et en valeur de carnet de commandes (3.55 milliards d’euros).

 

 

Vue du futur Quantum of the Seas (

Vue du futur Quantum of the Seas (© RCI)

 

 

Entre 2014 et 2017, le site de Papenburg sortira uniquement des paquebots géants, soit trois pour NCL et un pour Star Cruises, mais aussi trois unités encore plus imposantes, de la classe Quantum of the Seas (167.800 GT, 2090 cabines), destinées à l'armateur américain Royal Caribbean International. Affichant complet pour les trois années qui viennent, Meyer Werft cherche désormais à remplir sa cale de construction pour 2017, afin de prendre la relève de son dernier paquebot en commande, le Norwegian Bliss. Le constructeur allemand est probablement en pourparlers avec RCI pour une quatrième unité du type Quantum of the Seas, voire un nouveau design, qu’il avait proposé à la compagnie américaine lorsque celle-ci était en discussion pour la commande d’un troisième Oasis of the Seas (227.000 GT, 2700 cabines), trop gros pour Papenburg (finalement commandé à Saint-Nazaire pour une livraison au printemps 2016, avec une option pour un sistership livrable en 2018). Meyer Werft convoite aussi probablement la prochaine série de navires destinée à Celebrity Cruises, filiale comme RCI de Royal Caribbean Cruises Ltd, dont il a réalisé la précédente classe, celle des Celebrity Solstice (cinq unités de 122.000 à 126.000 Gt et de 1426 à 1515 cabines mises en service entre 2008 et 2012). Enfin, on sait que le chantier allemand a approché MSC, jusqu’ici fidèle à STX France, afin de ravir à son concurrent français le projet Vista, portant sur de nouveaux navires de 2000 cabines. Et il y a sans doute d’autres prospects dans les coursives… 

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