Construction Navale
Meyer Werft finalise la reprise de Turku

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Meyer Werft finalise la reprise de Turku

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Annoncée cet été, la reprise du chantier de Turku, qui appartenait à STX Europe, filiale du groupe sud-coréen STX Offshore & Shipbuilding, est désormais effective. Le constructeur allemand Meyer Werft prend le contrôle de l’entreprise, dont il possède désormais 70% des parts, alors que l’Etat finlandais est entré à hauteur de 30% dans le capital. Le chantier a été rebaptisé Meyer Turku Shipyard et dispose d'un nouveau patron en la personne de Jan Meyer. Le fils de Bernard Meyer, président du groupe familial allemand fondé en 1795 et à la tête duquel six générations se sont déjà succédées, avait été nommé en mai 2012 à la direction générale du chantier de Papenburg.

 

Un chantier à redresser

 

Il a désormais la charge de remettre en ordre de bataille Tuku. Le chantier a en effet beaucoup souffert, ces dernières années, des atermoiements de STX, aux commandes depuis 2008 après le rachat d'Aker Yards. Manquant de stratégie industrielle et d’investissement dans l’outil de production, le site a connu plusieurs années déficitaires, réduisant considérablement sa trésorerie et, par là même, sa capacité à financer de nouveaux projets. Confronté à une réduction significative de son carnet de commandes, Turku a vu fondre de moitié ses effectifs, qui ne représentent plus aujourd’hui que 1350 salariés (contre 3100 pour Meyer Werft à Papenburg, auxquels s'ajoutent les 500 employés de Neptun Werft à Warnemünde). Avec une vraie problématique de renouvellement des générations et de transmission du savoir-faire. La moyenne d’âge des ouvriers est en effet très élevée et le chantier souffrirait, selon certains observateurs, d’une faiblesse au niveau de l’encadrement.

 

Le Mein Schiff 4 en construction à Turku (© : MEYER TURKU SHIPYARD)

Le Mein Schiff 4 en construction à Turku (© : MEYER TURKU SHIPYARD)

 

De possibles synergies entre les sites allemands et finlandais du groupe

 

Alors que l’an dernier, le site était clairement menacé de fermeture, ce qui a été le cas pour Rauma, l'autre grand chantier du pays appartenant à STX, le gouvernement finlandais s’est mobilisé pour trouver un repreneur solide capable de relancer la machine. C’est désormais chose faite avec Meyer Werft, qui profite de l’occasion pour compléter les capacités de son chantier de Papenburg, saturé pour plusieurs années. « Nous avons maintenant une chance de refaire de Turku un chantier fort. Ce ne sera pas facile, la concurrence sur notre marché demeurant intense », a déclaré Jan Meyer. Le nouveau patron se dit confiant dans le potentiel finlandais et pense que des synergies sont possibles avec les chantiers allemands du groupe : « Nous avons trouvé à Turku une équipe forte et compétente. De plus, il y a de nombreuses opportunités d’apprendre les uns des autres, pour le plus grand bénéfice de tous nos chantiers, à Papenburg, Warnemünde et Turku. Nous devons juste travailler dur sur nos objectifs et  améliorer constamment la productivité ».

 

Le Mein Schiff 3 à Turku fin 2013 (© : MEYER TURKU SHIPYARD)

Le Mein Schiff 3 à Turku fin 2013 (© : MEYER TURKU SHIPYARD)

 

Le soutien crucial de l’Etat finlandais

 

Meyer Werft a donc du pain sur la planche pour redresser Turku mais on peut faire confiance au pragmatisme allemand et à la prudence de la famille Meyer pour avoir préparé un plan de bataille adapté à la situation. Et le repreneur n’est pas seul. Il profite du soutien du gouvernement d’Helsinki, avec l’Etat désormais actionnaire, ce qui devrait faciliter l’élaboration de futurs montages financiers, via notamment Finnvera, la banque nationale de crédit à l’exportation. Turku pourrait, de plus, bénéficier d’aides afin de soutenir l’investissement dans la modernisation de son outil industriel. Pour Jan Vapaavuori, ministre finlandais de l’Economie, la pérennité de la construction navale est en tous cas une priorité : « «Le savoir-faire des chantiers finlandais est très important pour l’ensemble de l’industrie maritime en Europe. C’est une industrie high-tech et nous avons de grandes attentes suite à notre important investissement dans Turku ».

 

Le carnet de commandes se regarnit

 

En attendant, le carnet de commandes du chantier s’est regarni avec l’annonce de sa reprise par Meyer Werft. Ainsi, en quelques semaines, Turku a gagné quatre nouveaux paquebots de 99.300 GT et 1250 cabines, livrables entre 2016 et 2019 à la compagnie allemande TUI Cruises, filiale du voyagiste TUI et du groupe américain Royal Caribbean Cruises Ltd (RCCL). Ce dernier, qui est l’un des clients historiques de Meyer Werft, a été manifestement rassuré par le rapprochement germano-finlandais. De ce fait, il a décidé avec son partenaire TUI de prolonger avec quatre nouvelles unités la commande des deux premiers navires de cette série, le Mein Schiff 3 (livré en mai dernier par Turku) et le Mein Schiff 4 (en cours de construction pour une mise en service en 2015). Alors que le chantier finlandais peut espérer d’autres contrats dans le secteur de la croisière, notamment au niveau des paquebots géants trop grands pour Papenburg (une rumeur insistante évoque notamment un éventuel projet de 200.000 GT pour NCL), il conviendra également de voir quelle sera la stratégie de Meyer Werft sur les autres types de navires. Car Turku a aussi de belles références dans d’autres domaines, notamment celui des ferries. On se rappelle qu’il a par exemple livré, début 2013, le Viking Grace, premier grand navire de ce type doté d’une propulsion hybride fonctionnant au gaz naturel liquéfié.

 

Le ferry Viking Grace (© : VIKING LINE)

Le ferry Viking Grace (© : VIKING LINE)

 

Leader mondial sur le segment de la croisière

 

Avec les Finlandais, Meyer Werft renforce en tous cas sa position de premier constructeur sur le segment de la croisière, devançant l’Italien Fincantieri et STX France. Le carnet de commandes global du groupe atteint aujourd’hui 14 paquebots, livrables d’ici 2019 et dont la valeur cumulée est d’environ 7.6 milliards d’euros. Turku permet non seulement d’accroître les capacités du constructeur allemand, en éliminant au passage un concurrent, mais aussi d’intégrer au sein de Meyer Werft un outil capable de réaliser les plus grands paquebots. Alors que Papenburg est limité par la taille de sa forme de construction couverte, ainsi que le tirant d’eau et le gabarit des écluses de l’Ems, rivière par laquelle les bateaux qui y sont construits gagnent la mer du Nord, Turku est situé au bord de la Baltique et dispose d’une grande cale extérieure. Celle-là même où ont été construits les deux plus grands paquebots du monde, les Oasis of the Seas et Allure of the Seas, des navires hors normes longs de 361 mètres, présentant une jauge de 227.000 GT et disposant de 2700 cabines.

 

Le chantier de Papenburg (© : MEYER WERFT)

Le chantier de Papenburg (© : MEYER WERFT)

 

En plus des paquebots, et on l’oublie souvent, Meyer Werft est également un acteur majeur de la construction de navires de croisières fluviaux. C’est son site de Warnemünde, près de Rostock, qui s’est spécialisé sur ce segment d’activité et produit les bateaux comme des petits pains. Neptun Werft a notamment engrangé la commande de 42 unités du type Longship (135 mètres, 95 cabines) par son principal client, Viking River Cruises. La compagnie a pris livraison des 16 premiers en 2012 et 2013, alors que 14 autres doivent être mis en service cette année et 12 supplémentaires en 2015. 

 

Le chantier de Warnemünde (© : NEPTUN WERFT)

Le chantier de Warnemünde (© : NEPTUN WERFT)

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